Qui sont les Pahlavi ? La dernière dynastie des chahs d’Iran qui conclut 2 500 ans d’existence de l’Empire perse

Alors que les émeutes se poursuivent en république islamique d’Iran à l’encontre du régime des mollahs, certains Iraniens scandent le nom du prince héritier Reza Pahlavi, fils du dernier chah d’Iran. Le nom du chah Mohammad Reza Pahlavi évoque les souvenirs d’une Iran prospère. Il ne fut que le deuxième chah de la dynastie Pahlavi, établie en 1925, une goutte d’eau dans l’histoire de l’Empire perse, fondé vers -550.

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L’Empire perse est ses dynasties depuis -550

L’empereur Mohammad Reza Pahlavi bénéficie d’une aura exceptionnelle. Au regard des atrocités commises par le régime qui lui a succédé, certaines de ses actions les plus sombres sont aujourd’hui oubliées. Cela fait plus d’une semaine que des manifestations sanglantes ont lieu dans plusieurs provinces d’Iran et les États-Unis menacent le régime d’intervenir. La diaspora organise aussi des manifestations partout dans le monde et des pancartes à la gloire du prince héritier Reza Pahlavi sont brandies par les expatriés iraniens.

À Paris, ce 4 janvier 2026, des manifestants de la diaspora iranienne brandissent des drapeaux de l’Empire d’Iran et des pancartes avec le visage du prince héritier Reza Pahlavi (Photo : Maya Vidon-White/UPI/ABACAPRESS.COM)

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En 1979, l’empereur d’Iran est renversé et il est contraint à l’exil, partant vers l’Égypte avec son épouse, l’impératrice Farah et leurs enfants. Le dernier chah d’Iran est mort l’année suivante au Caire. Toute l’attention s’est concentrée sur son épouse, l’impératrice Farah, âgée de 87 ans, qui s’exprime avec grande sagesse. Quant à leur fils aîné, le prince héritier Reza Pahlavi, 65 ans, il vit aujourd’hui à Washington. Depuis le cœur des institutions américaines, le prince milite sans relâche pour le bien de son pays. Le prince héritier Reza Pahlavi bénéficie d’un soutien considérable des exilés iraniens et certains le perçoivent comme le futur roi d’un pays qu’ils espèrent bientôt libre.

À Berlin, ce 3 janvier 2026, les manifestants demandent le retour de Reza Pahlavi (Photo : Michael Kuenne/PRESSCOV/Sipa USA/SIPA)

Les progrès sociétaux significatifs qui ont eu lieu durant la période des Pahlavi ont contribué au culte que porte la population vis-à-vis de l’ancienne famille impériale. Cette dynastie est pourtant très récente et fut plutôt brève. L’Empire perse est officiellement fondé en l’an 522 avant Jésus-Christ, lorsque Cyrus, issu du clan Achéménide, devient roi de ce nouveau territoire, grâce à la victoire du peuple perse contre les Mèdes. À l’apogée de l’Empire, son territoire s’étend du Maroc actuel jusqu’au nord de l’Inde actuelle. La dynastie des Achéménides régnera sur la Perse jusqu’à son effondrement en -330, absorbée par le nouveau grand empire d’Alexandre le Grand.

À la fin de la période hellénistique, un Empire perse revoit le jour en -247, il sera connu comme l’Empire parthe ou arsacide. Cet Empire sera celui en place à la naissance du Christ et sera suivi, en l’an 224, par l’Empire sassanide. Durant cette période, la dynastie Sassan élève à nouveau les Perses au rang des grandes civilisations. Cette dynastie est la plus longue de l’histoire de l’Empire perse, en place durant quatre siècles. L’Empire des Sassanides s’achève avec la conquête arabe en 651 et l’assassinat du roi Yazdgard III. Durant la période du Califat, les Perses islamisés sont alors appelés les Persans.

Situation des empires vers 632, à la mort du prophète Mohammed. Ses héritiers vont étendre son califat et notamment absorber l’Empire perse des Sassanides (Image : Histoires Royales)
En moins de dix ans, la partie occidentale de l’Empire perse est devenue le Califat (Image : Histoires Royales)
En 651, l’Empire perse a totalement disparu (Image : Histoires Royales)

En 1258, Bagdad est prise par les Mongols de Hülegü, petit-fils de Gengis Khan, et cela signe la chute du Califat. Les Mongols vont dominer la région iranienne, pendant un temps mais cette région traversera deux siècles et demi de fragmentation politique, de bouleversements religieux et de recompositions culturelles.

Ismaïl 1er, considéré comme le fondateur de la Perse moderne, devient chah de Perse en 1501 après plus de deux siècles troubles (Image : Wikimedia Commons)

En 1501, Ismail, poussé par le soufisme, devient le chah de Perse. Il est le fondateur de la dynastie des Séfévides et il installera le chiisme duodécimain dans son pays, pour contrer la domination des Ottomans sunnites. La dynastie Séfévides a pris fin suite aux révoltes afghanes à l’est et en raison de des pertes des territoires occidentaux. Après une période trouble entre 1722 et 1736, les Afcharides vont brièvement régner sur la Perse, vient ensuite la dynastie Zand et enfin, vient la dynastie Qadjar. Cette dynastie d’origine turkmène a régné de 1789 jusqu’à 1925, lorsque les Pahlavi sont arrivés au pouvoir.

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Les origines de la dynastie Pahlavi

En mars 1878, Reza Savad-Kuhi voit le jour dans un village d’une province montagneuse du Nord de l’Iran. Ses ancêtres paternels sont des militaires et sa mère est une Géorgienne musulmane, dont la famille a été chassée du Caucase en 1828. Son père a au moins sept épouses avec lesquelles il a eu de nombreux enfants. Reza n’a que huit mois lorsque son père meurt. Sa mère, toujours considérée comme une étrangère, est chassée du village par sa belle-famille et elle prend la route vers Téhéran avec son fils. Reza perd sa mère à sept ans et il est pris en charge par son oncle paternel, Hakim Ali, médecin personnel du gouverneur de Téhéran, ce qui lui assurera une vie décente. Comme ses ancêtres, Reza deviendra militaire, intégrant une brigade cosaque persane. Il gravira les échelons et, profitant d’une réorganisation de la brigade cosaque par les Britanniques en charge à Téhéran, il deviendra le commandant de la brigade en 1920.

Reza en tant que chef de brigade cosaque persane vers 1921 (Photo : Wikimedia Commons)

Le chah Ahmad Qadjar est un monarque faible, monté sur le trône à 11 ans, ce qui permettra aux Britanniques de se servir de la Perse comme point de départ pour son offensive contre les Russes. Une grande instabilité règne dans l’Empire et les pouvoirs politiques déplorent la lente évolution de la démocratisation du pays, quinze ans après la révolte constitutionnelle qui exigeait une meilleure répartition des pouvoirs, dans le but d’affaiblir les chahs de la dynastie Qadjar. Profitant d’un affaiblissement du pouvoir du chah, Reza fomente un coup d’État en février 1921. Sans effusion de sang, avec l’aide de ses 2 000 cosaques, il parvient à imposer Seyyed Zia’eddin Tabātabāi comme nouveau premier ministre. Reza s’approche donc des plus hauts cercles du pouvoir. Non sans complications et revirements de situations, Reza devient « généralissime » et ministre de la Guerre. Reza va mater des soulèvements, mener de nombreuses batailles victorieuses, réorganiser l’armée et lui trouver des financements.

Ahmad Chah Qadjar en 1916, dernier chah de la dynastie Qadjar (Photo : Wikimedia Commons)

Le 28 octobre 1923, la chambre basse nomme Reza Khan Premier ministre. Le 5 novembre 1923, le chah Amhad Qadjar se rend en France pour des raisons de santé. Selon différentes versions, il semblerait que le chah ait été forcé par Rezah Pahlavi à organiser ce voyage. Au même moment, une loi pensée par son prédécesseur oblige tous les citoyens à s’enregistrer administrativement avec un prénom et un patronyme, ce qui était jusqu’alors réservé à l’aristocratie. Le nouveau Premier ministre se doit de donner l’exemple. Venant d’un milieu rural, Reza ne possède pas véritablement de nom et tout au long de sa vie, il est connu par différents sobriquets et appellations, notamment Reza Savad-Kuhi, en référence à sa région d’origine. Il est aussi connu comme Reza Khan, khan étant le titre de son grade à l’armée. Il choisit alors d’adopter le patronyme de Pahlavi. Ce nom rappelle phonétiquement le mot Pahlavan, qui est le clan d’origine de son père. Il s’agit en réalité du nom de la langue pehlevi, la langue indo-européenne de moyen-persan parlée par les Perses entre le 3e et le 10e siècle. Le mot signifie aussi « glorieux ». Ce choix indique la volonté de Reza de rappeler le passé glorieux de l’Empire perse antique, avant son islamisation.

Reza Khan en tant que ministre de la Guerre, peu de temps avant de monter sur le trône (Photo : Wikimedia Commons)

La situation politique trouble et la position internationale de la Perse vont conférer un grand pouvoir à Reza Pahlavi, un pouvoir renforcé par ses actions victorieuses. Sa victoire contre le mouvement séparatiste du cheikh Kazal, pourtant soutenu par les Britanniques, va accélérer son ascension. Reza Pahlavi pense fonder une république, en s’inspirant des réformes d’Atatürk, mais le pouvoir politique et la classe aristocratique ne sont pas prêts à abandonner le système monarchique. Le 31 octobre 1925, le Majilis, équivalent du parlement, destitue le chah Ahmad, totalement impuissant, qui se trouve à Nice depuis deux ans. Reza prend la tête du pays de façon transitoire, confronté à un problème constitutionnel, puisque seul un souverain né de mère persane pouvait monter sur le trône. Le 12 décembre 1925, les parlementaires désignent Reza Pahlavi comme nouveau souverain, choisissant d’élever une nouvelle dynastie pour contourner les questions constitutionnelles liées à la dynastie précédente. L’empereur, qui sera couronné le 25 avril 1926, devient Reza Chah Pahlavi. Ainsi est fondée la nouvelle dynastie Pahlavi. En 1932, le nouveau chah modifie le nom de son pays, passant de l’État impérial de Perse à État impérial d’Iran. Le nom Iran est adopté par les instances internationales en 1934.

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L’installation de la nouvelle dynastie Pahlavi

Cet article n’a pas pour vocation d’énumérer les très nombreuses réussites de Reza Pahlavi ainsi que les nombreuses critiques et décisions impopulaires du monarque. En éludant les étapes dans la vie politique du pays, qui a traversé de nombreux troubles et des guerres, notons que sur le plan monarchique, Reza Pahlavi a voulu installer sa dynastie de façon pérenne. Il fut donc question d’avoir une descendance capable de lui succéder.

En 1923, alors qu’il est ministre de la Guerre, Reza Khan prend Esmat Dowlatshahi pour quatrième épouse. Celle-ci a un profil différent des précédentes. Esmat est issue de l’aristocratie, descendante du chah Fath-Ali de la dynastie Qadjar. Lorsque Reza Pahlavi devient le chah, son épouse Esmat prend le titre de reine consort. Le chah Reza et son épouse Esmat ont eu cinq enfants. Cependant, par son appartenance à la famille Qadjar, aucun des enfants issus de ce mariage n’est considéré comme dynaste, selon les nouvelles règles de succession de la dynastie Pahlavi.

Reza Chah Pahlavi le jour de son couronnement en 1926, assis sur le trône du Paon (Photo : Wikimedia Commons)

Le 28 janvier 1926, peu de temps avant sa cérémonie de couronnement, Reza Chah Pahlavi nomme prince héritier l’un de ses fils, Mohammad Reza Pahlavi. En 1915, Nimtaj Khanoum Ayromlou, fille d’un général d’armée, avait croisé la route de Reza, qui a l’époque était un jeune cosaque brillant, en pleine ascension et déjà veuf de sa première épouse qui lui avait donné une fille. Elle deviendra sa deuxième épouse. Ensemble, ils ont eu quatre enfants : une fille d’abord, puis des jumeaux, Mohammed Reza et Ashraf, et un dernier fils, Ali-Reza. Mohammed Reza est donc le fils aîné de Reza Chah Pahlavi et il remplissait les conditions pour devenir son héritier.

En Égypte, le sultan Fouad prend le titre de roi et cherche un mariage prestigieux pour sa fille Faouzia. C’est ainsi que le prince héritier Mohammed Reza Pahlavi épousera en mars 1939 la princesse Faouzia, fille du roi Fouad 1er d’Égypte et sœur du roi Farouk, alors qu’ils ne s’étaient jamais rencontrés et parlaient le français pour communiquer entre eux. En 1941, en pleine Seconde Guerre mondiale, les Alliés envahissent l’Iran, où le chah est suspecté de progermanisme. Le chah est contraint d’abdiquer et son fils, Mohammad Reza Pahlavi devient le nouveau chah d’Iran.

Peu de temps avant de succéder à son père, Mohammad Reza a une fille avec son épouse Faouzia mais ce mariage est un échec. Faouzia retourne en Égypte et demande le divorce en 1945. En 1951, le chah Mohammad Reza se remarie. Il épouse Soraya Esfandiari Bakhtiari. Après sept ans de mariage, Soraya ne parvient toujours pas à lui donner un enfant, ce qui commence à tracasser l’empereur, d’autant plus que son frère, Ali-Reza, qui était jusqu’ici son héritier, est mort dans un accident d’avion en 1954. La question se pose de modifier la constitution afin qu’un demi-frère de l’empereur puisse lui succéder. On envisage aussi qu’il prenne une deuxième épouse. Le divorce sera le choix final, malgré l’amour qui lie toujours l’empereur à Soraya.

Mariage de l’empereur Mohammad Reza Pahlavi et Farah Diba en 1959 (Photo : marka/eps, Universal Images Group North America LLC / Alamy / abacapress)

En mai 1959, alors qu’il se rend à une réception organisée à l’ambassade d’Iran à Paris pour y rencontrer des étudiants iraniens, l’empereur Mohammad Reza croise le regard de l’étudiante en architecture Farah Diba. Par l’entremise de la princesse Shahnaz, la demi-sœur de Mohammad Reza, et des concours de circonstances, l’empereur recroisera Farah Diba et ils se marièrent le 21 décembre 1959. Le 31 octobre 1960, Farah donne naissance à son premier enfant, Reza Pahlavi, un fils, ce qui offre une perspective à la dynastie. Le couple a eu quatre enfants.

La dynastie Pahlavi, fondée en 1925 et déchue en 1979 (Image : Histoires Royales)

En 1967, le chah fait un geste symbolique qui a fait sensation en conférant le titre de chahbanou à Farah. Cette féminisation du titre de chah fait d’elle l’égale de son époux, que l’on traduit par impératrice. Chah est une contraction de chahanchah, soit le « roi des rois », d’où sa traduction habituelle d’empereur. Les précédentes épouses et reines mères d’Iran se contentaient du titre de reine ou reine consort. Jamais dans cette région du monde, l’épouse d’un souverain n’avait jusqu’ici reçu un tel honneur. L’impératrice Farah incarnera l’image d’un Iran moderne, devenant une icône mondiale de la condition féminine.

Une manifestante demande le retour de la famille Pahlavi sur le trône. Sur son affiche figurent le prince héritier Reza, son épouse, la princesse Yasmine, et leur fille aînée, la princesse Noor, héritière dynastique de son père (Photo : SEVGI/SIPA)

Là aussi, passons l’histoire politique qui a mené à sa chute. L’empereur Mohammad Reza Pahlavi a été renversé lors de la révolution islamique. Le 16 janvier 1979, il est contraint à l’exil et la fin de la monarchie est proclamée le 11 février. L’ayatollah Rouhollah Khomeini a installé une théocratie chiite totalitaire, transformant l’Iran en république islamique d’Iran. À la mort de Khomeini en 1989, Ali Khamenei devient le nouveau Guide suprême. L’homme de 86 ans pourrait être le dernier ayatollah à diriger le pays. Le prince héritier Reza est aujourd’hui le chef de la famille impériale et mène de nombreuses actions pour la liberté des Iraniens depuis l’étranger. Un retour à la monarchie est-il envisageable ? Reza Pahlavi récupérera-t-il le trône du Paon que son père a dû abandonner ? Reza Pahlavi et son épouse Yasmine sont parents de trois filles. Sa fille aînée, la princesse Noor est perçue comme son héritière dynastique, une position soutenue par l’impératrice Farah ainsi que par plusieurs princes de la famille. Pourrait-on envisager qu’une femme règne un jour sur ce pays qui suit depuis 46 ans des lois islamiques ?

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Nicolas Fontaine

Rédacteur en chef

Nicolas Fontaine a été concepteur-rédacteur et auteur pour de nombreuses marques et médias belges et français. Spécialiste de l'actualité des familles royales, Nicolas a fondé le site Histoires royales dont il est le rédacteur en chef. nicolas@histoiresroyales.fr