Le roi Gyanendra Shah, ancien roi du Népal, a pris l’habitude de prononcer un discours le 19 février, à l’occasion de la Journée de la démocratie. Cette prise de parole était d’autant plus attendue cette année, qu’elle a lieu à quelques jours d’élections législatives cruciales au Népal.
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Le message du roi Gyanendra Shah pour la 75e Journée de la démocratie
Le 7 Falgun, soit le septième jour du onzième mois de l’année du calendrier népalais, est la Journée de la démocratie, célébrée au Népal depuis 1951. Cette journée rappelle la date du retour d’exil du roi Tribhuvan Shah. Le roi avait été démis de ses fonctions pendant trois mois (de novembre 1950 à février 1951) et avait trouvé refuge en Inde. Il a lutté contre l’oligarchie de la dynastie Râna, qui exerçait un pouvoir absolu sur le Népal, en fournissant une lignée héréditaire de premiers ministres depuis 1857, alors que la dynastie Shah est celle de la famille royale. Le roi Tribhuvan était le grand-père du roi Gyanendra, le dernier roi du Népal, détrôné en 2008.

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À l’occasion de la Journée de la démocratie, l’ancien roi Gyanendra Shah, 77 ans, a partagé, comme chaque année, un message aux Népalais et à ses sympathisants. Alors que les partisans monarchistes sont de plus en plus nombreux à demander la restauration du roi, le message de l’ancien souverain revêt une importance particulière. Cette année-ci, le contexte politique est un peu particulier. Les Népalais attendent le 5 mars pour se rendre aux urnes afin d’élire les 275 députés de la Chambre des représentants. Lors des dernières élections législatives en 2022, le parti royaliste Rastriya Prajatantra, qui demande le retour de la monarchie, avait obtenu 14 sièges sur 275, ce qui en faisait le cinquième plus important parti au parlement.
Depuis que le Népal est devenu une république, il y a près de 18 ans, déjà 14 gouvernements différents se sont succédé. Les gouvernements tombent, les uns après les autres, et le Népal est enlisé dans un marasme politique, sans parler de la corruption qui gangrène le pays. Aujourd’hui, les Népalais sont de plus en plus nombreux à souhaiter le retour de la monarchie. Le roi Gyanendra Shah a été détrôné en 2008. C’est pourquoi, la prise de parole de l’ancien chef d’État avait un poids d’autant plus important cette année.
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Discours du roi Gyanendra Shah dans un climat d’incertitude politique avant les élections du 5 mars
« J’adresse mes salutations les plus chaleureuses à tous les Népalais », a commencé le roi Gyanendra Shah, dans son message vidéo partagé à l’occasion de la Journée de la démocratie. « Nous rendons hommage à nos ancêtres, en particulier au roi Tribhuvan, dont la générosité et la vision ont permis l’instauration de la démocratie, et nous lui témoignons notre respect. Nous honorons également la mémoire des martyrs, connus et inconnus, qui ont donné leur vie pour la démocratie, ainsi que celle de tous ceux qui ont œuvré activement à son développement. »

Le roi Gyanendra Shah a ensuite remercié la population pour l’accueil chaleureux qu’il a reçu il y a quelques jours. Après plusieurs mois passés à Jhapa, l’ancien roi était rentré à Katmandou vendredi dernier et avait été accueilli et acclamé par des milliers de Népalais amassés autour de l’aéroport. « L’amour et la bienveillance dont j’ai bénéficié en ces moments difficiles m’ont profondément touché et ont nourri en moi un profond sens du devoir. »
« Le Népal est aujourd’hui plongé dans une crise sans précédent. Chaque Népalais patriote sent que l’identité et l’existence même de la nation sont menacées. Tout au long de l’histoire, des mouvements et des luttes ont eu lieu au nom du changement, mais il est temps à présent de réfléchir à ce que ces changements ont réellement apporté au Népal et à son peuple.
Nos véritables adversaires sont la pauvreté et l’instabilité, et pourtant, nous avons entretenu une culture néfaste où un Népalais perçoit un autre comme un ennemi. Cette culture a conduit le pays à l’un des moments les plus douloureux de son histoire. En ces temps difficiles, nous devons mettre fin à la politique de la haine et des conflits, et promouvoir une culture politique fondée sur la bienveillance et l’unité.
Dans une démocratie, les institutions et les processus étatiques doivent fonctionner conformément aux principes constitutionnels. Si les élections périodiques pour élire les représentants sont une composante naturelle d’un système démocratique, le sentiment dominant au sein de la population est que les élections ne devraient avoir lieu qu’après la résolution des problèmes nationaux. Organiser des élections sans un tel consensus risque d’engendrer des conflits et des troubles post-électoraux ; seule une approche coordonnée et inclusive peut garantir la voie à suivre.
Dans le contexte actuel, marqué par la tendance à revendiquer des droits sans reconnaître ses devoirs, ce n’est pas par un esprit égoïste – « Je prendrai ma part en premier » – mais par un sens partagé des responsabilités – « Travaillons ensemble » – que le pays pourra retrouver son élan. En démocratie, les citoyens doivent être vigilants et proactifs au service de la société et de la nation, plutôt que d’être soumis à un système coercitif exigeant l’approbation d’autrui.
Seul un système et une structure adaptés à la géographie et au caractère social du pays peuvent engendrer des résultats durables et positifs. Un système démocratique garantissant le bien-être général de la population et renforçant le rayonnement du Népal dans le monde est ce qui convient à notre nation. De tout système, il nous faut conserver ce qui est bon et rejeter ce qui est nuisible.
De nombreuses nations à travers le monde font progresser la démocratie en donnant la priorité à leur pays, à leur peuple et à leurs besoins fondamentaux. De même, nous devons adopter une démocratie ancrée dans nos réalités, en la mettant constamment à l’épreuve, en la perfectionnant et en l’adaptant. Avec l’unification, la démocratisation et la modernisation du Népal, il est essentiel de prendre en compte l’évolution des besoins et des aspirations de la population et de mettre en œuvre des réformes opportunes qui facilitent le quotidien et le rendent plus accessible à tous les citoyens.
La démocratie doit s’appuyer sur la diversité des idées et des traditions. Une démocratie socialement durable et solide se nourrit du respect mutuel et d’une action concertée. Nous ne devons pas devenir dépendants des autres au point de perdre notre propre initiative », a conclu l’ancien souverain, lui-même déchu en 2008 suite à des manifestations provoquées en raison du rétablissement progressif du pouvoir royal absolu.