Les princes de Monaco et leur fidélité aux papes et à la religion catholique

La principauté de Monaco s’apprête à vivre un moment historique : le premier voyage apostolique d’un souverain pontife sur le Rocher. Dans cette principauté, où le catholicisme est religion d’État, cette visite vient consolider la fidélité d’une population et de son souverain au Saint-Siège. Si les princes de Monaco ont entretenu des relations étroites avec les papes au fil des siècles, le prince Albert II démontre une proximité particulière avec Léon XIV.

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Le rocher génois de Monaco était déjà chrétien avant l’arrivée des Grimaldi

Au 12e siècle, quelques pêcheurs et paysans vivaient au pied d’un rocher donnant sur la Méditerranée. En 1192, l’empereur du Saint-Empire romain germanique, Henri VI, confia la souveraineté de cette communauté à la ville de Gênes. Le 6 décembre 1247, jour de la Saint-Nicolas, le pape Innocent IV, qui était en conflit avec l’empereur Frédéric II, fit construire une église et créa une paroisse dans la localité. Nous sommes un demi-siècle avant l’arrivée des Grimaldi.

Ce 28 mars 2026, le prince Albert II recevra à Monaco le pape Léon XIV. Photo prise lors de la visite du prince Albert au Vatican, en janvier 2026 (Photo : Mario Tomassetti/Vatican Media/ABACAPRESS.COM)

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Les Grimaldi sont des descendants d’un consul de Gênes. Cette grande famille génoise appartient au parti guelfe, favorable à la suprématie temporelle du pape sur l’empereur romain germanique. À la fin du 13e siècle, les Grimaldi sont en conflit avec les autorités génoises et s’installent dans plusieurs localités du pourtour méditerranéen. L’un d’entre eux, François Grimaldi s’empara de la forteresse du rocher de Monaco, appartenant aux Génois, au nom de son cousin Rainier, le 8 janvier 1297. Déguisé en moine franciscain, il demanda l’asile pour la nuit afin d’y pénétrer, avant d’ouvrir les portes à ses soldats. Son cousin Rainier deviendra le premier seigneur de Monaco. Les armoiries actuelles de la Principauté rendent hommage à cette prise légendaire de la forteresse, reprenant l’écu de Grimaldi, entouré de deux moines armés. Sa devise est « Deo juvante » (« Avec l’aide de Dieu »).

Les conflits entre l’autorité des papes et celle des empereurs seront constants, et les seigneurs de Monaco seront aussi balancés entre la souveraineté milanaise ou génoise. En 1524, le Saint-Empire donne son indépendance à Monaco et le 19 février 1524, le pape Clément VII reconnaît à son tour la souveraineté de Monaco, qui était encore une seigneurie. À cette époque, la seigneurie de Monaco est dirigée par Augustin Grimaldi, évêque de Grasse, qui assurait la régence durant la minorité de son neveu Honoré 1er.

Augustin Grimaldi, proche du pape Clément VII, choisit de placer la seigneurie de Monaco sous la protection de Charles Quint, un souverain catholique espagnol qui fut couronné empereur par le même Clément VII. L’empereur Charles Quint se rendit lui-même en visite à Monaco en 1530. Quatre-vingts ans plus tard, Monaco est toujours sous protection espagnole. Le roi d’Espagne Philippe III élève la seigneurie de Monaco au rang de principauté, faisant d’Honoré II, petit-fils d’Honoré 1er, le premier prince de Monaco. En septembre 1641, le prince Honoré II change de position et signe un traité avec la France, ennemie de l’Espagne. Monaco passe alors sous protection française.

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Le prince Louis 1er devient ambassadeur du roi de France auprès du pape

Louis 1er, le successeur d’Honoré II, proche du roi Louis XIV, s’est vu confier une mission d’une grande ampleur. Le Roi Soleil nomma le prince monégasque ambassadeur de France à Rome. En 1699, il prend ses fonctions au palais Corsini et continuera à administrer sa principauté depuis Rome, où il meurt moins de deux ans plus tard.

Si la visite d’une journée du pape Léon XIV est la première visite apostolique d’un souverain pontife à Monaco, il ne s’agit pas d’une première visite d’un pape. En 1538, le pape Paul III a logé dans le palais de Monaco, alors qu’il se rendait dans la région pour signer le traité de paix de Nice. La visite la plus insolite d’un pape fut certainement celle de 1802. Pie VI, mort emprisonné à Valence en 1799, put rejoindre Rome en 1802, après que la République française a normalisé ses relations avec le Saint-Siège en signant le Concordat. La dépouille en route vers Rome, fit escale à Monaco en raison d’une tempête.

Quelques années plus tard, le 11 février 1814, c’est le pape Pie VII, qui passa par Monaco, à sa sortie de captivité de Fontainebleau. Monaco avait été annexé à la France après la Révolution française et la principauté retrouvera son indépendance après la période napoléonienne. Le prince Honoré V demanda à cette occasion, une nouvelle fois, la création d’un diocèse monégasque, comme l’avait déjà fait son ancêtre au 18e siècle, en raison d’ingérences de l’évêque de Nice. Malheureusement, les demandes des princes n’ont jamais abouti. Il faudra attendre le 30 avril 1868 pour que le pape Pie IX crée une abbaye nullius diocesis, dédiée à saint Nicolas et saint Benoît. À cette date, le diocèse de Monaco est directement placé sous l’autorité du Saint-Siège mais Rome vacillera peu de temps après. En 1870, les États pontificaux sont absorbés par le nouveau royaume d’Italie et le pape perd ses territoires. Malgré cette période compliquée pour l’Église, le prince Charles III de Monaco maintient sa fidélité au pape.

Suite à la reconnaissance du diocèse de Monaco, il fallut un édifice religieux digne de ce nom. L’église Saint-Nicolas, première église construite au 13e siècle, fut démolie en 1874 pour construire sur ses fondations un nouvel édifice plus prestigieux. La construction débute en 1875 et se termine en 1903. La cathédrale Notre-Dame-Immaculée fut consacrée en 1911.

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D’un diocèse à un archidiocèse

Entretemps, le 15 mars 1886, le pape Léon XIII publie la bulle papale « Quemadmodum sollicitus pastor » dans laquelle Monaco est élevé en évêché. Le premier évêque du nouveau diocèse de Monaco sera Mgr Theuret. En 1947, Monaco reçoit une visite « presque » papale, puisque le cardinal Angelo Roncalli est envoyé en Principauté par le pape Pie XII pour le représenter à la cérémonie d’intronisation du prince Louis II. Angelo Roncalli deviendra le pape Jean XXIII en 1958.

Le pape Jean-Paul II avec le prince Rainier III et la princesse Grace (Photo : ZUMA Press, Inc. / Alamy / Abacapress)

En 1962, le prince Rainier III confirme sa fidélité à l’Église, en inscrivant dans la constitution monégasque le catholicisme comme religion d’État. Le 25 juillet 1981, le pape Jean-Paul II élève par convention le diocèse au rang d’archidiocèse, avec pour premier archevêque Charles-Amarin Brand. La dernière visite de haute importance d’un représentant du Saint-Siège date de 2021, lorsque le secrétaire d’État du Vatican s’était rendu à Monaco pour célébrer le 40ᵉ anniversaire de l’archidiocèse de Monaco.

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Une visite apostolique dans une principauté fidèle à la religion catholique

Les princes de Monaco ont effectué de nombreuses visites au Vatican, que ce soit pour des visites officielles, dans un cadre privé ou pour assister aux funérailles et cérémonies d’intronisation des différents papes. En janvier 2026, le prince Albert II s’était rendu au palais apostolique pour rencontrer le pape Léon XIV et échanger à propos de la visite apostolique de ce 28 mars. Il ne s’agit pas d’une visite d’État, donc cette visite n’a pas de caractère politique entre deux chefs d’État. Il s’agit d’une visite apostolique, soit religieuse, comme le sont les visites canoniques. Le terme apostolique confirme le caractère exceptionnel du déplacement.

Le prince Albert et la princesse Charlène lors de la messe d’intronisation du pape Léon XIV en mai 2025 (Photo : Eric Vandeville/ABACAPRESS.COM)

Sur le site papemonaco2026.mc, créé spécialement pour cette visite, le prince Albert II rappelle : « Le catholicisme est au cœur de notre histoire, de notre identité et de notre avenir ». Le souverain précise : « Respectueuse de la liberté de culte et soucieuse de l’épanouissement de chacun, engagée dans la préservation de la Planète et tournée vers la modernité, la Principauté de Monaco a toujours été porteuse d’une spiritualité et d’une éthique qui nous inscrivent dans le temps long et inspirent nos actions, dans notre organisation comme dans notre action internationale. »

Les trois principautés européennes, Monaco, le Liechtenstein et Andorre, ont un lien plus particulier avec l’Église. L’article 37 de la Constitution liechtensteinoise indique que « l’Église catholique romaine est l’Église nationale et, à ce titre, elle bénéficie de la pleine protection de l’État ». L’article 9 de la Constitution monégasque indique que « la religion catholique, apostolique et romaine est religion d’État ». La troisième principauté du continent, celle d’Andorre, dont le co-prince est pourtant l’évêque d’Urgell, accorde sa protection à la religion catholique sans pour autant la nommer religion d’État. Le catholicisme est aussi la religion d’État à Malte.

Cette reconnaissance de religion d’État a une incidence, par exemple, dans le choix des jours fériés calqués sur certaines fêtes religieuses, la participation du chef d’État à des cérémonies religieuses lors d’événements officiels ou encore, la participation d’un prêtre ou de l’archevêque qui apportent leur bénédiction lors d’événements officiels. Cette reconnaissance a aussi des répercussions dans certaines décisions politiques. L’année dernière, le prince Albert II a apporté son veto à la loi sur l’avortement, « au regard de la place qu’occupe la religion catholique dans notre pays », avait alors justifié le chef de l’État.

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Nicolas Fontaine

Rédacteur en chef

Nicolas Fontaine est un journaliste spécialisé dans les familles royales et l'histoire des monarchies européennes et mondiales. Nicolas Fontaine a fondé Histoires Royales, le premier média en ligne dédié à l'actualité des têtes couronnées en 2019. nicolas@histoiresroyales.fr