La princesse Laurentien découvre ses ancêtres esclaves asiatiques et les bourreaux de sa famille

Les Pays-Bas ont entamé, il y a quelques années maintenant, une réflexion approfondie et ont adopté une attitude de repentance face au passé colonial du pays. Dans le cadre d’une émission de télévision, la princesse Laurentien, belle-sœur du roi Willem-Alexander, a été elle-même confrontée aux exactions de ses ancêtres dans les Indes néerlandaises. Elle a aussi reçu des détails et des photos sur ses ancêtres asiatiques qui ont servi d’esclaves aux Européens.

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La princesse Laurentien découvre son passé familial en participant à une émission de télévision

À l’instar d’autres grandes puissances européennes, les Néerlandais ont entamé des grands voyages à la conquête d’autres continents, au tout début du 17e siècle. En 1602, les Pays-Bas fondent la Compagnie néerlandaise des Indes orientales, en charge de toutes les actions commerciales dans ses colonies en Asie et dans l’océan Indien. En 1621, la Compagnie néerlandaise des Indes occidentales est fondée, chargée de gérer le commerce dans les colonies en Afrique, en Amérique et dans les Caraïbes.

Depuis quelques années, le gouvernement néerlandais a entrepris de nombreuses démarches légales, officielles ou symboliques pour traiter les questions liées au passé colonial des Pays-Bas. Des dédommagements matériels, des hommages, des programmes de sensibilisation et différentes actions ont été mis en place pour prouver que les Néerlandais sont prêts à prendre leur responsabilité concernant la traite négrière et l’esclavagisme sous toutes ses formes. Parmi les dernières colonies à avoir pris leur indépendance, il y a l’Indonésie, en 1945, et le Suriname, en 1975.

La princesse Laurentien a été confrontée aux actions de ses ancêtres, à la fois esclaves asiatiques et propriétaires d’esclaves dans les colonies (Photo : Patrick Van Katwijk/MPE/SIPA)

La famille royale des Pays-Bas est elle aussi prête à affronter son passé. C’est le cas de la princesse Laurentien, 59 ans, épouse du prince Constantijn, lui-même frère cadet du chef de l’État. La belle-sœur du roi Willem-Alexander a participé à la deuxième saison de l’émission Sporen van Slavernij, qui invite des personnalités néerlandaises à discuter avec des historiens du passé de leurs ancêtres pendant la période coloniale. Laurentien Brinkhorst est la fille de l’ancien vice-premier ministre Laurens Jan Brinkhorst et elle a un lien particulier avec l’Asie. Elle a notamment vécu une partie de son enfance au Japon mais elle a aussi un lien plus profond avec cette partie du monde, où plusieurs de ses ancêtres ont été esclaves de colons européens.

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La princesse Laurentien est une descendante d’esclaves asiatiques et de propriétaires d’esclaves

La princesse Laurentien ne connaissait que des bribes d’histoires concernant sa famille. Face aux preuves et archives que lui ont présentées les historiens de l’émission, la princesse a pu mettre des visages sur des ancêtres dont elle ignorait presque tout. Ce fut aussi un choc pour elle de découvrir que ses aïeux se trouvaient aussi bien d’un côté que de l’autre de l’histoire : des bourreaux d’un côté et des esclaves de l’autre. « L’anonymat est une force immense », a déclaré Laurentien en découvrant les documents. « Quand on donne un nom et une histoire à une personne, on la considère comme un être humain à part entière, digne de toute humanité. C’est précisément ce à quoi je crois. »

Grâce aux recherches des historiens, Laurentien a découvert que ses ancêtres étaient des femmes originaires de Malaisie et de Chine, ramenées à Java pour servir en tant que « concubines », soit des domestiques et maîtresses d’hommes européens. D’un autre côté, les ancêtres européens de Laurentien étaient des soldats envoyés dans les colonies, des employés de la Compagnie néerlandaise des Indes orientales et des propriétaires de plantations de café qui ont tenté de se construire une vie en Indonésie. Elle est donc une descendante à la fois de propriétaires d’esclaves en Indonésie et de femmes réduites en esclavage. « D’un côté je suis gênée car mes ancêtres possédaient des esclaves », admet Laurentien. « Et en même temps, je ressens la force de ces femmes qui ont enduré cela. »

« Quand on pense à ce qu’ont enduré mes ancêtres, on sent que j’ai ce sang qui coule dans mes veines. Eux aussi ont subi de grandes injustices, et cela fait désormais partie de moi. Mes ancêtres sont mes compagnons silencieux », a déclaré la princesse Laurentien. Ses propos ont été vivement critiqués après la diffusion de l’émission, notamment par le média Panorama car Laurentien fait ici référence à sa démission forcée, en 2024, d’une fondation dont assurait la présidence. Elle avait été accusée par des collaborateurs d’avoir un comportement inapproprié.

« En comprenant ce qui s’est passé dans le passé, vous pouvez peut-être trouver une pièce du puzzle en vous-même. Cela a également un impact sur ma vision de l’avenir. Et sur ce que je transmettrai peut-être à mes enfants », continue Laurentien, qui assure vouloir en parler à ses trois enfants : la comtesse Eloise, le comte Claus-Casimir et la comtesse Leonore.

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Nicolas Fontaine

Rédacteur en chef

Nicolas Fontaine a été concepteur-rédacteur et auteur pour de nombreuses marques et médias belges et français. Spécialiste de l'actualité des familles royales, Nicolas a fondé le site Histoires royales dont il est le rédacteur en chef. nicolas@histoiresroyales.fr