Ce vendredi, le roi Felipe VI et la reine Letizia d’Espagne étaient en visite à Rome, où le souverain espagnol a pris possession de la basilique Saint-Marie-Majeure, en tant que proto-chanoine. Au cours de cette cérémonie extraordinaire, le roi Felipe VI a ainsi honoré l’histoire qui unit la Couronne espagnole à l’Église catholique depuis les Rois catholiques au 15e siècle.
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Le roi Felipe prend possession de la basilique Sainte-Marie-Majeure
Après avoir été reçus en audience dans la bibliothèque du palais apostolique du Vatican par le pape Léon XIV, le roi Felipe VI et la reine Letizia ont rejoint la basilique Sainte-Marie-Majeure, ce 20 mars 2026. L’église a été construite sous Célestin 1er au 5e siècle et elle fut consacrée à la Vierge sous son successeur, Sixte III. L’édifice a été agrandi au fil des siècles. En 1390, le pape Boniface IX en a fait la quatrième basilique majeure de Rome. C’est dans cette basilique que le pape François a également été inhumé en avril 2025. Le pape François est le huitième pape à reposer dans cette basilique.

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Le roi Felipe VI s’est rendu pour la première fois de son règne à la basilique Sainte-Marie-Majeure, lui qui en est le proto-chanoine, en raison des liens historiques entre les rois d’Espagne et l’Église. Le roi Juan Carlos avait honoré sa fonction de proto-chanoine pour la première fois en 1977, un an et demi après son accession au trône. Depuis son abdication en 2014, Juan Carlos est proto-chanoine honoraire. Le roi Juan Carlos et la reine Sofia se sont rendus dans la basilique pour la dernière fois en 2018, afin de mettre à l’honneur l’Espagne, qui avait financé l’éclairage de l’édifice.

Les basiliques majeures sont au nombre de quatre. Il s’agit de quatre basiliques qui possèdent une Porte Sainte, qui s’ouvre uniquement lors des Années jubilaires. Ces quatre basiliques ont pour particularité de jouir de droits extraterritoriaux. Lors de l’unification de l’Italie en un seul royaume, entre 1859 et 1861, les États pontificaux ont été annexés à l’Italie et il a fallu plusieurs décennies pour que la question de la souveraineté papale soit résolue. En 1929, le Saint-Siège et le royaume d’Italie ont signé les accords du Latran qui réduisent la souveraineté temporelle du pape aux seules frontières de l’État du Vatican. Les seules exceptions seront les basiliques majeures, reconnues comme étant les propriétés du Saint-Siège et où les lois du Vatican sont d’application.

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Le roi Felipe VI honore pour la première fois sa fonction de proto-chanoine
Le roi Felipe VI et la reine Letizia ont été accueillis à la basilique par le chanoine espagnol, Mgr José Jaime Brosel, et par l’archiprêtre de la basilique, le cardinal Rolandas Makrickas. Les souverains espagnols ont assisté à une cérémonie qui comprenait des prières, la lecture d’un passage biblique et la lecture d’un passage de la bulle Hispaniarum fidelitas. L’archiprêtre a convié le monarque espagnol à prendre la parole en sa qualité de proto-chanoine.
Un chanoine est un clerc ou un laïc appartenant à un chapitre ou à une congrégation, souvent liée au chœur d’une église et à l’enseignement ou à la prédication. Le proto-chanoine est le premier des chanoines en ordre de préséance. Ce titre honorifique a été créé en 1603, et confirmé plus récemment en 1953, pour les chefs d’État espagnols. En tant que proto-chanoines, ils sont symboliquement les chefs du Chapitre libérien de la basilique, qui est composé du cardinal archiprêtre et de douze chanoines.

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Le titre a été accordé aux rois d’Espagne en 1603 et confirmé pour les chefs d’État espagnols par bulle papale en 1953
Cette fonction a été accordée pour rendre un hommage aux souverains espagnols et en mémoire de leur rôle de protecteurs de l’Église. La reine Isabelle de Castille et son époux le roi Ferdinand II d’Aragon avaient reçu le titre de « Rois catholiques » du pape Alexandre VI en 1496, en compensation du titre de « Roi très chrétien » qui était accordé traditionnellement aux rois de France. Le titre leur avait été concédé en raison de la reconquête des territoires espagnols, abolissant les émirats musulmans dans la péninsule. Par leur mariage, les royaumes de Castille et d’Aragon seront aussi réunis sous une seule Couronne, ce qui constitue les fondations de l’Espagne actuelle.
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Les Rois catholiques d’Espagne ont contribué financièrement à l’embellissement de cette basilique, notamment en reversent une partie de l’or rapporté des Amériques pour financer le plafond de l’église. Ce plafond, sur lequel figurent les armoiries du pape Alexandre VI et de sa famille Borgia, subsiste encore aujourd’hui. Les liens entre l’Église et la monarchie espagnole se sont consolidés au fil des siècles, grâce à divers dons des rois d’Espagne.
Pour rendre hommage aux rois d’Espagne et à leurs diverses contributions le Chapitre libérien de la basilique invita le roi Philippe III d’Espagne à assurer le rôle de protecteur, en le nommant proto-chanoine en 1603. En 1647, le roi Philippe IV instaura une dotation annuelle pour la basilique. « Cet accord stipulait qu’en échange d’un revenu annuel versé au chapitre de la basilique, des prières et des offices liturgiques seraient célébrés en l’honneur de la Couronne espagnole », explique la Maison royale. En mémoire de ce généreux don, une statue du roi Philippe IV se dresse fièrement dans l’atrium de ce lieu fréquenté par les touristes et les fidèles catholiques.

Enfin, la bulle Hispaniarum fidelitas, promulguée par le pape Pie XII le 5 août 1953, a renouvelé et confirmé cette relation étroite, soulignant « les liens de piété et de dévotion qui unissent la nation ibérique à la basilique Sainte-Marie-Majeure ». Depuis lors, le Chapitre célèbre chaque année trois messes spéciales pour la prospérité du peuple espagnol et de son chef d’État. Cette bulle papale avait été signée dans le cadre du Concordat espagnol de 1953, entre le régime de France et le Vatican. Les dons et les présents de l’État espagnol se poursuivent encore aujourd’hui. Par exemple, l’illumination moderne de la basilique a été financée par la société espagnole Endesa.

Dans son discours, le roi Felipe a déclaré : « Gardons espoir que chacun de nous, dans sa situation et ses responsabilités, puisse être pour les autres une source d’harmonie, de générosité et de dévouement au bien commun. Ensemble, contre l’égoïsme et l’indifférence, efforçons-nous d’apporter au monde la même lumière qui, aujourd’hui, en ce printemps romain naissant, illumine la basilique Sainte-Marie-Majeure. »

La cérémonie s’est conclue avec la récitation du Notre Père et la bénéfiction. Après la cérémonie, les souverains espagnols et le cardinal archiprêtre ont visité la chapelle Pauline, où ils ont visité l’image de Notre-Dame de la Santé, sainte patronne de Rome, puis le tombeau du pape François.