Le parlement norvégien maintient la monarchie alors que la famille royale traverse une crise sans pareille

La famille royale de Norvège traverse une crise majeure, la plus importante de son histoire. Au même moment, le Parlement norvégien devait se prononcer sur la proposition d’organiser un référendum sur le maintien de la monarchie. Malgré le procès de Marius Borg Høiby, qui vient de s’ouvrir ce mardi, et malgré les récentes révélations sur la princesse héritière Mette-Marit, le parlement a décidé de ne pas proposer à la population de se prononcer sur un changement de régime.

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Une proposition de référendum pour l’abolition de la monarchie examinée par le parlement en Norvège

Ce mardi 3 février 2026, une seule actualité fait la une des médias norvégiens. Le procès de Marius Borg Høiby s’ouvre au tribunal d’Oslo. Le jeune homme de 29 ans est le fils aîné de la princesse héritière Mette-Marit, né d’une relation antérieure au mariage de Mette-Marit avec le fils du roi Harald V. Marius doit répondre de 38 chefs d’accusation dont quatre de viols. Au premier jour de son procès, Marius a plaidé coupable pour quelques délits mineurs comme des infractions routières, ainsi que des accusations liées au trafic de drogue. Marius nie catégoriquement sa culpabilité concernant les viols et les plus graves accusations.

La monarchie norvégienne n’est pas menacée par la crise actuelle. Photo de la famille royale prise lors de la fête nationale en mai 2025 : le prince héritier Haakon, le prince Sverre Magnus, la princesse héritière Mette-Marit, la princesse Ingrid Alexandra, la reine Sonja et le roi Harald V au balcon du palais royal d’Oslo (Photo : Mischa Schoemaker/ABACAPRESS.COM)

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Le hasard du calendrier fait qu’au même moment, le Sorting, le Parlement norvégien, devait se pencher sur l’éventualité d’organiser un référendum à propos de la question monarchique. La proposition de loi avait été portée par sept députés au cours de la législature précédente. Entretemps, l’un des députés est devenu ministre du gouvernement et plusieurs députés qui avaient signé la proposition ne siègent plus au Storting.

Illustration représentant Marius Borg Høiby lors de sa première comparution au tribunal d’Oslo, ce 3 février 2026. Les photos et toute captation vidéo sont strictement interdites dans le tribunal et seuls les dessinateurs sont autorisés (Photo : Hem/Pool/NTB/Scanpix NorwayABACAPRESS.COM)

La députée écologiste Une Aina Bastholm, qui représentait son parti ce 3 février lors des débats dans l’assemblée, a justifié la proposition : « Ma position ne concerne pas tant la maison royale actuelle, mais plutôt le type de pays que devrait être la Norvège : une monarchie où les postes clés du pouvoir sont héréditaires, ou un système où les citoyens ont une valeur égale et choisissent leurs représentants ».

La proposition n’a pas de lien direct avec les événements récents qui secouent la famille royale mais il s’agit d’une réflexion plus générale sur le type de régime que devrait adopter la Norvège. Le timing est on ne peut plus délicat. Le vendredi 30 janvier en soirée, le département de la Justice de l’administration américaine a rendu public de nouveaux documents liés à l’affaire du délinquant sexuel et milliardaire Jeffrey Epstein. En épluchant ces documents, qui comprennent des photos, des vidéos mais aussi des e-mails, le nom de la princesse héritière Mette-Marit revient près d’un millier de fois.

Jeffrey Epstein a été reconnu coupable en 2008 d’avoir payé une mineure pour des services sexuels, et a purgé une peine de 13 mois de prison. En juillet 2019, il a été inculpé de traite d’êtres humains et d’abus sur des jeunes filles et des femmes. Il a mis fin à ses jours en détention en août 2019, à l’âge de 66 ans, avant le début de son procès. Le milliardaire aurait mis en relation des femmes, dont plusieurs étaient mineures, avec certains proches, lors d’événements organisés dans l’une de ses résidences, notamment sur son île privée.

Les échanges d’e-mails indiquent que la princesse héritière Mette-Marit aurait eu des contacts avec Epstein de 2011 à 2014. À cette époque, il avait déjà été condamné pour certains faits. Dans leurs échanges, Mette-Marit et Epstein parlaient de littérature, de vacances et même de conseils pour trouver une épouse au milliardaire. Au détour d’un message en octobre 2011, elle fait savoir à Epstein qu’elle a fait des recherches sur lui dans Google et que le résultat obtenu « ne faisait pas bonne impression ». En octobre 2012, dans un e-mail, la princesse héritière avait qualifié de « mariage ennuyeux » l’événement auquel elle avait assisté la veille. Il s’agissait du mariage du grand-duc Guillaume et de la grande-duchesse Stéphanie de Luxembourg.

Lundi, suite à ces révélations, le Premier ministre norvégien Jonas Gahr Støre a demandé à la princesse héritière de s’expliquer sur l’étendue de ses contacts avec Epstein. À VG, la princesse héritière a déclaré : « Je dois assumer la responsabilité de ne pas avoir mieux vérifié les antécédents d’Epstein et de ne pas avoir compris assez rapidement quel genre de personne il était. J’ai fait preuve d’un mauvais jugement et je regrette d’avoir eu le moindre contact avec Epstein. C’est tout simplement embarrassant. » Le palais a confirmé que Mette-Marit avait bien séjourné durant quatre jours dans la maison de Palm Beach d’Epstein avec une amie.

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Malgré la situation délicate actuelle, le Parlement rejette la proposition d’organiser un référendum

Les représentants des différents partis, appelés à donner leur avis durant le débat parlementaire ont presque tous indiqué qu’ils voteraient contre cette proposition, à l’exception du parti socialiste SV et du parti vert MDG. Aftenposten relaie les propos tenus par le député Per-Willy Amundsen dans l’hémicycle : « Les récentes révélations ne constituent pas le point de départ de cette révision constitutionnelle. Il peut sembler que la princesse héritière ait trompé le peuple norvégien. Cela ne doit toutefois pas occulter les services rendus tout au long de la vie du roi à la Norvège. Le maintien de notre monarchie constitutionnelle nous sera utile à l’avenir. » La députée représentante du parti travailliste, Kari Baadtrand Sandnes, a quant à elle fait savoir qu’elle voterait pour le maintien de la monarchie mais admet que si le débat avait porté sur l’instauration de la monarchie, elle n’aurait probablement pas été favorable.

La princesse héritière Mette-Marit et son époux, le prince héritier Haakon, fils aîné du roi Harald V, lors d’un engagement public en décembre 2025 (Photo : Marius Gulliksrud/STELLA Pictures/ABACAPRESS.COM)

« La valeur de la Maison royale ne doit pas et ne peut pas être évaluée à l’aune d’événements isolés. Elle doit être appréciée pour la stabilité à laquelle elle contribue sur le long terme », a déclaré Ola Svenneby, représentant du Parti conservateur. Finalement, la majorité du Storting a voté pour le maintien de la monarchie en Norvège sous sa forme actuelle.

La famille royale de Norvège était jusqu’ici la famille royale la plus populaire du continent. Un sondage réalisé en 2024 par Dagbladet indiquait que 73,7% des Norvégiens ne souhaitaient pas l’abdication du roi Harald V. Le souverain est âgé de 88 ans et est extrêmement apprécié par la population. Jusqu’ici, son fils, le prince héritier Haakon, et sa belle-fille, la princesse héritière Mette-Marit, étaient eux aussi largement soutenus par la population, selon les différents sondages d’opinion. La chaîne de télévision TV2 a réalisé un rapide sondage ce 2 février et celui-ci indique que « 47,6 % des personnes interrogées estiment que la princesse héritière Mette-Marit ne devrait pas devenir la prochaine reine de Norvège ».

En raison de son grand âge, le roi Harald V est de plus en plus souvent représenté par son fils. La reine Sonja, elle aussi âgée de 88 ans, a ralenti ses activités. Le prince héritier Haakon, 52 ans, se retrouve presque seul à tenir les rênes. Son épouse, la princesse héritière Mette-Marit, souffre de fibrose pulmonaire chronique, ce qui l’empêche de maintenir un rythme soutenu d’engagements publics. Sa maladie, diagnostiquée en 2018, s’est aggravée l’année dernière et elle envisage à présent une transplantation pulmonaire. Le prince héritier Haakon a une sœur aînée, la princesse Märtha Louise, qui ne travaille pas pour la monarchie et dont la vie privée lui a également valu son lot de polémiques. La Norvège est devenue un royaume indépendant en 1905 et n’a connu que trois rois. Il existe une véritable malédiction autour des épouses des monarques, à l’exception de la reine actuelle, la reine Sonja.

On se souvient des efforts considérables qu’il avait fallu à Mette-Marit pour se faire accepter par la population, dès sa présentation il y a vingt-cinq ans de cela. En décembre 2000, le prince héritier Haakon avait annoncé ses fiançailles avec Mette-Marit Tjessem Høiby. Son passé avait alors refait surface. Durant son adolescence compliquée, Mette-Marit avait fait quelques expériences peu glorieuses. Elle était aussi mère célibataire de Marius, un enfant né en janvier 1997. Le père de Marius, un repris de justice ayant fait de la prison, n’était plus présent dans leur vie. Après avoir fait amende honorable de son passé, les Norvégiens avaient accepté Mette-Marit.

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Nicolas Fontaine

Rédacteur en chef

Nicolas Fontaine a été concepteur-rédacteur et auteur pour de nombreuses marques et médias belges et français. Spécialiste de l'actualité des familles royales, Nicolas a fondé le site Histoires royales dont il est le rédacteur en chef. nicolas@histoiresroyales.fr