Le prince Nikola appelle à regarder vers l’avenir à l’occasion des 20 ans de l’indépendance du Monténégro

Le Monténégro célèbre les 20 ans de son indépendance. À cette occasion, le prince Nikola Petrović Njegoš, chef de la famille royale, a adressé un message aux Monténégrins et aux autorités du pays. L’arrière-petit-fils du roi Nicolas 1er de Monténégro a déclaré qu’il s’intéressait davantage à ce qui unit le pays qu’à ce qui le divise.

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Message du prince Nikola Petrović Njegoš pour les 20 ans de l’indépendance du Monténégro

Créée en 2003 après le démentèlement de la Yougoslavie, la communauté d’États de Serbie-et-Monténégro prit fin le 3 juin 2006, suite à la déclaration d’indépendance du Monténégro et celle de la Serbie le 5 juin. Un référendum avait eu lieu quelques jours auparavant, le 21 mai 2006. Le Monténégro est un petit pays des Balkans, deux fois plus petit que la Belgique. Ce pays montagneux, dont l’adhésion à l’Union européenne devrait aboutir en 2028, compte environ 623 000 habitants. Alors que le pays célèbre la reprise de son indépendance, le prince Nikola Petrović Njegoš, 81 ans, a adressé un message à ses compatriotes.

Le prince Nikola Petrović Njegoš adresse un message aux Monténégrins pour les 20 ans d’indépendance retrouvée au Monténégro (Photo : Fondacija Petrović Njegoš)

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La famille Petrović-Njegoš a commencé à régner sur le Monténégro, en tant que princes-évêques, à partir de 1696. En 1852, le prince-évêque Danilo fut couronné en tant que prince souverain. En 1860, son neveu Nicolas lui succède. L’année de son 50e anniversaire de règne, le prince Nicolas a élevé son pays au rang de royaume, et le parlement lui a accordé le titre de roi. Nicolas 1er sera le seul et unique roi du Monténégro. En novembre 1918, à la fin de la Première Guerre mondiale, le Monténégro passe sous la domination serbe. Le roi déchu vivra le reste de sa vie sur la Côte d’Azur où il décédera en 1921 à 79 ans. Son arrière-petit-fils, le prince Nikola, est aujourd’hui le chef de la famille royale.

Dans message adressé à la population, relayé ce 21 mai 2026 par CDM, le prince Nikola Petrović Njegoš a débuté en donnant sa définition du Monténégro. « Je dirais que le Monténégro c’est une histoire d’amour entre l’Histoire et la géographie et que nous sommes tous les enfants de cette union, quelles que soient nos origines sociales ou culturelles, nos sentiments, nos orientations politiques, que nous soyons jeunes ou vieux, riches ou pauvres. La géographie est notre mère commune, que nous maltraitons trop souvent. Chacun de nous y est lié, et c’est ce lien qui nous unit malgré nos désaccords et nos rivalités. À première vue, l’histoire semble être la source de nos divisions. En réalité, c’est elle qui nous unit au quotidien et qui explique notre interdépendance, malgré les victoires et les défaites, les drames et les crises.»

« C’est un jubilé magnifique, certes, mais n’oublions pas que le Monténégro était déjà un État indépendant depuis cinq siècles. Indépendant et libre au prix des nombreux sacrifices de nos ancêtres, à qui nous devons cet anniversaire. Je tiens également à saluer tous mes concitoyens qui ont joué un rôle déterminant dans la restauration de notre indépendance. Cela n’aurait pas été possible sans le courage de certains d’entre eux. Le rétablissement de notre indépendance n’aurait pas été possible sans le soutien et, je dois le dire, le patriotisme de nombre de nos concitoyens qui, dès les premiers jours de la tragédie de l’éclatement de la Yougoslavie, ont défendu la paix, partagé la vie et se sont engagés envers ce nouveau destin. Et ce, non seulement au sein du pays, mais aussi au sein de la diaspora qui s’est généreusement mobilisée. »

« À vous tous, chers compatriotes, où que vous soyez, qui avez contribué à notre indépendance, au nom de mes ancêtres qui ont tous combattu pour cette cause, je tiens à exprimer notre profonde et sincère gratitude et notre respect. J’ai moi-même vécu cette période et j’ai eu l’occasion de rencontrer nombre d’entre vous dans ces moments difficiles. C’est une expérience humaine que je n’oublierai jamais.

Aujourd’hui, vingt ans plus tard, cela peut paraître loin, mais à l’échelle historique, c’est peu de chose, surtout si nous souhaitons à notre cher Monténégro une longue et belle vie. C’est pourquoi cet anniversaire doit être l’occasion pour nous tous de faire une pause, de contempler le chemin parcouru et de vérifier la direction que nous nous sommes fixée. Il est temps de prendre nos repères ! C’est le moment pour chacun d’entre nous, à tous les niveaux, de s’interroger sur les deux dernières décennies et d’exprimer nos souhaits pour les décennies à venir.

C’est aussi le moment de réaffirmer nos valeurs traditionnelles de tolérance et de solidarité, qui nous ont permis d’éviter les conflits récents, mais aussi les valeurs de démocratie et de justice que nous partageons aujourd’hui avec nos voisins européens. Il est temps de préparer une nouvelle décennie qui, je l’espère, apportera des solutions aux difficultés qui ont affecté et affectent encore trop de nos concitoyens. C’est pourquoi je vais vous dire du fond du cœur ce que je souhaite pour notre pays, que j’ai appris à aimer au cours des 35 dernières années, ainsi que pour ses habitants, envers lesquels j’éprouve les sentiments les plus fraternels.

Je souhaite que le Monténégro se soucie autant, sinon plus, de son avenir que de son passé, en cette nouvelle décennie. Qu’il s’intéresse davantage à ce qui l’unit qu’à ce qui le divise. Davantage à ce qui fait sa force qu’à ce qui le fragilise. Nos concitoyens sont profondément divisés sur des questions qui leur paraissent cruciales : politique, identité, religion, et même parfois au sein d’une même famille. Ce faisant, ils oublient l’essentiel : leur attachement à ces espaces magnifiques qui nous entourent, mais qui se dégradent peu à peu sous l’effet de notre négligence et de notre individualisme.

Or, c’est précisément cette nature exceptionnelle qui est d’une importance vitale pour chacun d’entre nous, et c’est ensemble que nous devons la protéger et la valoriser. C’est le seul moyen d’améliorer les conditions de vie non seulement des plus pauvres, mais aussi des plus riches. Car être riche parmi les pauvres, dans un environnement dégradé, même si cela passe inaperçu, ne signifie pas pour autant mener une vie digne. Ce projet, inscrit dans notre Constitution en 1991, est celui d’un État écologique dont chacun de nous rêve, ou dont chacun a au moins rêvé un jour. Un projet qui inspire de nombreuses personnes à travers le monde, et notamment les jeunes. Ce projet est plus pertinent que jamais aujourd’hui, il est devenu réaliste et à notre portée ; il suffit d’y croire et d’unir nos talents. Alors nos enfants et petits-enfants pourront être aussi fiers de nous que nous le sommes de nos ancêtres. N’est-ce pas là la plus belle façon de leur rendre hommage ? Que l’impossible devienne ! Chers compatriotes, relevons une fois encore l’appel que Njegoš lance à notre conscience.»

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Nicolas Fontaine

Rédacteur en chef

Nicolas Fontaine est un journaliste spécialisé dans les familles royales et l'histoire des monarchies européennes et mondiales. Nicolas Fontaine a fondé Histoires Royales, le premier média en ligne dédié à l'actualité des têtes couronnées en 2019. nicolas@histoiresroyales.fr