Ce samedi, Vaduz a vibré au rythme des noces princières. La capitale du Liechtenstein a accueilli des représentants de familles royales étrangères venus célébrer le mariage de la princesse Marie Caroline. Fille unique du prince héritier Alois, la jeune mariée a uni son destin à Leopoldo Maduro Vollmer.
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La princesse Marie Caroline de Liechtenstein épouse Lepoldo Maduro Vollmer à Vaduz
Ce 30 août 2025, le prince héréditaire Alois, 57 ans, fils aîné du souverain Hans-Adam II, a conduit son unique fille, la princesse Marie Caroline, 28 ans, jusqu’à l’autel. Pour le chef d’État de la principauté de Liechtenstein, il s’agit du premier mariage d’un de ses quinze petits-enfants. Pour le prince héréditaire Alois, père de trois fils et d’une fille, il s’agit aussi du premier mariage d’un de ses enfants. La princesse Marie Caroline s’est unie devant Dieu à Leopoldo Maduro Vollmer, en présence de nombreux représentants de familles royales étrangères.


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En 1999, la princesse Tatjana de Liechtenstein, sœur du prince héréditaire Alois, avait épousé Philipp von Lattorff à Vaduz, dans la cathédrale de Vaduz. Il s’agit du dernier grand mariage d’un descendant du souverain Hans-Adam II qui fut célébré dans la capitale liechtensteinoise. Le prince Constantin, frère d’Alois et de Tatjana, s’était marié quelques jours auparavant mais le mariage religieux fut célébré en Slovaquie, pays de son épouse. Quant au prince Maximilian, autre frère d’Alois et Tatjana, il célébra son mariage religieux en 2000 à New York. Cela fait donc vingt-six ans que les Liechtensteinois attendaient la célébration d’un mariage princier dans leur cathédrale. Les deux derniers grands événements princiers célébrés dans cette cathédrale furent malheureusement les funérailles de la princesse Marie-Aglaë en 2021 et les funérailles du prince Constantin en 2023, respectivement l’épouse et l’un des fils de Hans-Adam II.




L’église Saint-Florin de Vaduz n’a été élevée au rang de cathédrale qu’en 1997. Cette petite cathédrale était pleine à craquer et était réservée aux proches de la famille. L’évêque du diocèse autrichien de Feldkirch, Mgr Benno Elbs, a célébré le mariage du couple. Depuis le départ à la retraite de Mgr Wolfgang Haas, le poste d’archevêque de Vaduz est vacant et l’évêque de Feldkirch assure la fonction d’administrateur apostolique de l’archidiocèse.


En plus d’être l’héritier du trône, le père de la mariée est de facto le dirigeant du pays. En 2004, le souverain Hans-Adam II a transmis la régence de la Principauté à son héritier. En tant que régent, le prince héritier Alois jouit de l’ensemble des prérogatives du chef de l’État et assure toutes les fonctions qui lui incombent au quotidien.



La princesse Marie Caroline ne figure dans l’ordre de succession au trône de Liechtenstein contrairement à ses frères, en raison de la loi salique toujours en vigueur dans le pays. La princesse Marie Caroline, qui vit à Londres avec Leopoldo, est un membre discret de la famille mais elle est un visage connu, participant chaque année à la fête nationale. Les Liechtensteinois étaient invités à acclamer le couple à la sortie de la cathédrale, heureux de pouvoir assister à ce grand moment pour la Principauté.

Les mariages des membres de la famille princière ne sont célébrés au sein même du pays que depuis peu. Le premier mariage fut celui du souverain François-Joseph II avec la comtesse Georgina von Wilczek, en 1943. L’église Saint-Florin de Vaduz ne sera élevée que plus tard au rang de cathédrale. François-Joseph II et Georgina sont aussi les premiers à rejoindre la nouvelle nécropole située à côté de l’église.



Premier mariage parmi les enfants du prince héréditaire Alois
La princesse Marie Caroline travaille dans la mode à Londres et son époux travaille également dans la capitale britannique, dans le secteur de la finance. Leopoldo Maduro Vollmer est né à Caracas, au Venezuela, et a étudié dans des prestigieuses écoles européennes, dont St. Andrews, l’université fréquentée par le prince William et son épouse Catherine. Il a ensuite obtenu son master au Queens College de l’université de Cambridge. Leopoldo a d’abord travaillé à Paris avant de rentrer à Londres en 2016 où il est aujourd’hui gestionnaire en investissements. La princesse Marie Caroline a étudié au Liechtenstein, puis en Suisse, avant de rejoindre le Malvern College en Angleterre. Elle a ensuite étudié à la Parsons School of Design à Paris et à New York, d’où elle est sortie en 2020 avec un diplôme de mode.


La princesse Marie Caroline porte le diadème à franges des Habsbourg
La famille princière de Liechtenstein est la plus discrète du continent européen et les informations restent confinées aux frontières de ce petit État alpin de 161 kilomètres carrés, coincé entre la Suisse et l’Autriche. Les informations concernant le mariage ont été précieusement gardées, y compris le choix du diadème de la mariée. Les spécialistes des royautés avaient misé sur trois diadèmes possibles, fréquemment portés par les princesses à leur mariage. C’est bien l’un d’entre eux, le diadème à franges des Habsbourg qu’a choisi de porter la princesse Marie Caroline.

Le diadème a été confectionné vers 1890 par le célèbre joaillier Köchert, raconte The Royal Watcher. Il s’agirait d’une commande réalisée par l’archiduc Charles-Louis d’Autriche pour son épouse, l’infante Marie-Thérèse de Portugal. Le diadème à franges rappelle les kokochniks, ces coiffes russes traditionnelles en forme d’ogives. Cette forme de diadème fut très populaire dans les cours européennes à la fin du 19e siècle et plusieurs familles royales possèdent des diadèmes relativement comparables à celui-ci. Le diadème porté par Marie Caroline de Liechtenstein est appelé familièrement le diadème à franges des Habsbourg, en raison des franges pointues qui le composent. Le diadème est qualifié de habsbourgeois car il fut commandé par l’archiduc Charles-Louis de la famille de Habsbourg-Lorraine. Charles-Louis et Marie-Thérèse sont les ancêtres de la famille princière de Liechtenstein. Leur fille, l’archiduchesse Elisabeth a épousé en 1903 le prince Alois de Liechtenstein, dont leur fils, François-Joseph II régnera sur la Principauté de 1938 à 1989.

Le diadème à franges des Habsbourg a été porté à de très nombreuses reprises par les princesses de Liechtenstein. L’archiduchesse Marie-Thérèse a porté le diadème à l’occasion du mariage de sa fille Elisabeth avec Alois en 1903. Elle l’a également porté lorsqu’elle a assisté au mariage de sa nièce, la princesse Zita de Bourbon-Parme avec le futur empereur Charles 1er d’Autriche en 1911. Le diadème a été transmis de génération en génération et c’est en 1967 qu’il fut porté par la première mariée au sein de la famille de Liechtenstein. Cette année-là, le futur souverain Hans-Adam II épousa la comtesse Marie-Aglaë Kinsky von Wchinitz und Tettau, qui portait ce précieux diadème.
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Les familles royales européennes envoient leurs représentants au mariage de la princesse Marie Caroline
Environ 41 000 personnes vivent au Liechtenstein et nombreux étaient ceux qui avaient fait le déplacement spécialement dans la capitale, espérant apercevoir la mariée mais aussi assister à cet événement de grande ampleur auquel ont assisté des royautés de tout le continent. La famille princière est cousine avec l’ensemble des familles régnantes d’Europe et ce lien de parenté s’est surtout accru depuis le mariage du prince héréditaire Alois avec Sophie de Bavière, elle-même issue d’une prestigieuse famille royale.


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Le prince héréditaire Alois de Liechtenstein est le premier enfant du souverain Hans-Adam II et de la princesse Marie, décédée en 2021. Alois a épousé la duchesse Sophie de Bavière en 1993, à Vaduz. Le couple a eu quatre enfants : Joseph Wenzel (1995), Marie Caroline (1996), Georg (1999) et Nikolaus (2000). Sophie de Bavière est la nièce de Franz de Bavière, l’actuel duc de Bavière. Son père, Max Emmanuel, frère du duc de Bavière est l’héritier présomptif du titre, Franz n’ayant pas d’enfant. Le duc de Bavière est le chef de la dynastie Wittelsbach et est le descendant direct du roi Louis III de Bavière, dernier souverain du royaume de Bavière déchu en 1918 lors de l’abolition de la monarchie dans l’Empire allemand.
La famille de Liechtenstein n’est souveraine que depuis 1719 et jusqu’alors, les princes de Liechtenstein n’épousaient que des femmes de leur rang, principalement des nobles germaniques, tchèques ou autrichiennes. En accédant à la souveraineté d’un État seulement au 18e siècle, les princes de Liechtenstein ont épousé peu de princesses issues d’autres familles royales. Grâce au mariage entre Alois et Sophie, un lien de parenté plus important fut établi avec d’autres familles royales. La famille royale de Bavière est cousine avec plusieurs monarques actuels, les plus proches étant le roi Philippe de Belgique et le grand-duc Henri de Luxembourg. L’arrière-grand-mère de Sophie était la sœur d’Elisabeth en Bavière, future épouse du roi Albert 1er de Belgique. Albert 1er est l’arrière-grand-père du roi Philippe et du grand-duc Henri. De son côté maternel, Sophie de Bavière descend d’une famille de comtes suédois, eux-mêmes issus de la branche des comtes de Morton du clan écossais des Douglas. Un de ses ancêtres, le prince Philipp d’Eulenberg, fut aussi le meilleur ami de l’empereur Guillaume II, le dernier empereur allemand, sur lequel il eut une grande influence.

Les princes de Liechtenstein ont longtemps servi les souverains habsbourgeois, leur permettant d’obtenir certaines faveurs dont la reconnaissance de leur propre État. En 1903, le prince Alois de Liechtenstein, neveu du souverain de l’époque, a épousé l’archiduchesse Elisabeth de Habsbourg-Lorraine, permettant à la famille princière d’enfin obtenir un lien de parenté avec la famille impériale d’Autriche. Alois et Elisabeth ont d’ailleurs joué un rôle important à la cour viennoise en raison des drames familiaux qui ont fait de l’archiduchesse Elisabeth l’un des membres féminins de premier plan. Alois et Elisabeth sont les parents du futur prince François-Joseph II.
Les Liechtensteinois sont très attachés à leur famille souveraine. L’ordre de succession au trône compte actuellement plus d’une cinquantaine de princes. La loi salique étant d’application, cette liste ne compte pas les princesses de la famille. On peut donc estimer qu’il y a environ une centaine de princes et princesses de Liechtenstein. Si tous les membres de la famille vivaient en Principauté, cela signifierait qu’une personne sur 400 pourrait être prince ou princesse de Liechtenstein. Parmi les dix monarchies héréditaires d’Europe, le Liechtenstein est le seul État auquel on a donné le nom de la famille régnante.
La famille de Liechtenstein descend d’un certain Hugo qui, au 12e siècle, a construit le château de Liechtenstein en périphérie de Vienne, au sommet d’un rocher (Liechtenstein signifie « pierre brillante »). Les Liechtenstein prendront le nom de leur château, deviendront des propriétaires forestiers et fonciers très importants en Bavière, en Basse-Autriche, en Silésie, en Bohême et Moravie. Toujours proches des souverains habsbourgeois, ils occuperont des fonctions importantes à Vienne, obtiendront un titre princier et des titres ducaux dans l’actuelle Tchéquie, sans pour autant obtenir la souveraineté d’un véritable État.
En 1699, le prince Hans-Adam achète la seigneurie de Schellenberg, un minuscule territoire dans les Alpes, pour 115 000 florins. En 1712, le prince Joseph Wenzel achète le comte de Vaduz pour 225 000 florins, voisin de la seigneurie de Schellenberg. En 1719, l’empereur Charles VI décide de réunir les deux territoires appartenant au Liechtenstein, de l’élever en principauté et de lui donner le nom de la famille. Antoine-Florian, qui avait obtenu la fonction de chef de famille de son cousin Joseph Wenzel devint alors le premier souverain de ce nouvel État. L’empereur avait accordé cette faveur à cette fidèle famille princière pour des raisons stratégiques. À présent à la tête d’un État souverain, le prince de Liechtenstein, très proche de l’empereur, disposait aussi de sa place à la Diète.
Aujourd’hui, la principauté de Liechtenstein est le dernier vestige du Saint-Empire romain germanique. Il s’agit du dernier État dont fut créé par l’Empire. En 1814, malgré la chute du Saint-Empire, le Liechtenstein est maintenu à la suite du Congrès de Vienne. Les princes de Liechtenstein vont continuer à servir à Vienne et resteront proches des empereurs d’Autriche, ne mettant jamais les pieds dans leur pays. Le château de Vaduz, une ancienne bâtisse médiévale qui fut au centre de l’ancien comté de Vaduz, servait d’ailleurs d’auberge pour les voyageurs jusqu’au 19e siècle. À partir de la Seconde Guerre mondiale, l’attitude des Liechtenstein change et le prince François-Joseph II, qui avait succédé à son oncle en 1938, décide de s’installer définitivement dans sa Principauté en 1943. Il établira sa résidence au château de Vaduz. Depuis lors, les souverains vivent, se marient et sont enterrés au Liechtenstein, bien qu’ils possèdent toujours plusieurs châteaux et somptueux domaines à l’étranger.
Depuis la transmission de la régence à Alois en 2004, le prince Hans-Adam II ne vit plus dans son pays. La famille princière s’est bâti un empire patrimonial des plus conséquents. La famille de Liechtenstein est la famille souveraine la plus riche d’Europe. Le magazine suisse Bilan estimait la valeur de la Fondation Prince de Liechtenstein entre 10 et 11 milliards de francs suisses, soit entre 11 et 12 milliards d’euros, en 2023. Cousins, frères et fils du prince Hans-Adam II gèrent aujourd’hui des sociétés de la famille. La Fondation Prince de Liechtenstein est elle-même dirigée par le prince Maximilian, le frère du prince héréditaire Alois. Le holding familial détient des sociétés diverses, dont la banque privée LGT, les châteaux et palais de la famille, les collections d’art et des entreprises dans des secteurs diversifiés et inattendus comme la société RiceTech, qui est une exploitation de riz au Texas spécialisée dans le développement de semences hybrides.