Un usurpateur se fait passer pour le grand-duc de Mecklembourg-Strelitz

Depuis plus d’un an, un agent immobilier du nom de Maik Geikler se fait appeler « S.A.R. le grand-duc Friedrich Maik de Mecklembourg-Strelitz et Mecklembourg-Schwerin ». Le 21 juillet 2019, le prétendu grand-duc use du prédicat « Sa Majesté » et proclame l’indépendance des deux anciens États de Mecklembourg, rétablissant la souveraineté du territoire selon les anciennes frontières géographiques de 1918. Il agit depuis lors en tant que chef d’un supposé grand-duché situé dans l’actuel land allemand de Mecklemboug-Poméranie-Occidentale.

Le magnifique château de style renaissance de Schwerin fut l’une des résidences des grands-duc de Mecklembourg (Photo : WikiCommons)

Un prétendu grand-duc agit comme le souverain de Mecklembourg-Strelitz et Mecklembourg-Schwerin

Maik Geikler a de la suite dans les idées. En 2019, il fait enregistrer son propre nom en tant que marque mais aussi les armoiries de la reine consort Sophie, née Sophie de Mecklembourg-Strelitz, épouse du roi George III du Royaume-Uni. Les armoiries ont été enregistrées comme logo de marque par la DPMA, l’office national de la protection intellectuelle allemand, dans la classe 36. C’est-à-dire pour une utilisation dans le secteur immobilier.

Le 21 juillet 2020, l’autoproclamé grand-duc de Mecklembourg-Strelitz proclame l’indépendance de son territoire. Sur son site internet, il publie un document scanné, qui proviendrait de l’ONU, signé de la main de son Secrétaire général, Antonio Guterres, dans lequel il indique reconnaitre la souveraineté de cet État. « Ce document montre que la région des Grands-Ducs de Mecklembourg-Strelitz, Mecklembourg-Schwerin et du Duché de Poméranie a été reconnue comme un État légal par l’ONU », peut-on lire sur son site.

Ce jour-là, il émet plusieurs documents indiquant sa sortie du territoire de la République fédérale allemande, l’adoption du Schilling comme monnaie, l’impression de timbres, la restauration d’un hymne et d’un drapeau oubliés depuis l’abolition de la monarchie dans l’Empire allemand.

Le « grand-duc » explique également reconnaitre la légitimité d’une certaine princesse Rebekah de Habsbourg-Lorraine comme prétendante au trône austro-hongrois. En échange, dans une lettre également présentée comme preuve, elle indique reconnaitre la légitimité du grand-duc Friedrich Maik. Cet échange de reconnaissance est déclaré comme « un jour mémorable » pour avoir « rétabli la paix en Europe ».

Le site internet de l’autoproclamé grand-duc regorge de textes de loi qui expliquent le fonctionnement de sa monarchie constitutionnelle. Friedrich Maik parle des impôts dans son pays, de l’éducation et de la souveraineté du peuple. Surtout, il demande aux résidents de signer un bulletin de votes, dont il dit avoir déjà reçu 70 000 bulletins signés, qui demandent la souveraineté de l’État. Sur YouTube, on peut retrouver une dizaine de vidéos dans lesquelles il exprime ses idées politiques. Outre les prétentions qui ne pourraient amuser que lui, il semblerait à présent que des appels aux dons soient envoyés à des habitants de la région. Un journaliste local indique que la police aurait été mise au courant de l’affaire.

YouTube video

Par ailleurs, l’agent immobilier répand également des théories conspirationnistes sur ses réseaux sociaux. Dans une publication sur Facebook, il prétend notamment avoir été informé qu’Hillary Clinton et John McCain sont sous le coup d’une enquête, les obligeant à porter un bracelet électronique. Il s’agit d’une théorie du complot fréquente qui consiste à dire que des personnalités américaines de haut rang portent une attelle ou un plâtre à la jambe, non pas suite à un accident comme ils le prétendent, mais pour tenter de dissimuler leur bracelet électronique.

Une des publications complotistes de Geikler Maik (Photo : capture Facebook)

Qui est Friedrich Maik ?

D’après la biographie officielle de Friedrich, on lui aurait donné le nom de Gleiker Maik pour le protéger. Comme couverture, il aurait hérité du nom et prénom d’un enfant mort à 6 mois. En 1968, l’Allemagne est divisée en deux, sa mère biologique se sépare de lui et le confie à une mère adoptive. Il grandira heureux, sans savoir qu’il a été adopté. C’est finalement un test sanguin qui lui fera comprendre que ses parents ne sont pas les siens.

Le site internet de Friedrich Maik explique en détail comment il aurait fini par apprendre de sa mère adoptive sa réelle identité, après quoi cette dernière se serait suicidée. S’en serait suivi un ballet de notaires et d’avocats, qui lui auraient alors apporté les preuves matérielles de sa filiation avec le dernier grand-duc de Mecklembourg. Déboires avec les autorités locales, actions en justice pour récupérer des biens, l’agent immobilier prétend avoir réussi à retrouver la souveraineté de son territoire… Il indique même que le petit aéroport de Parchim serait devenu l’aéroport du grand-duché.

L’homme pense être le petit-fils du grand-duc Frédéric-François IV (Photo : Domaine public)

Selon lui, il serait le petit-fils de Frédéric-François IV, dernier grand-duc de Mecklembourg-Schwerin, qui a régné sur le territoire de 1897 à son abdication en 1918. Il fut également régent du grand-duché de Mecklembourg-Strelitz, en 1918, succédant à son cousin, le grand-duc Adolphe-Frédéric VI, qui s’est suicidé sans héritier quelques mois avant l’abolition de la monarchie allemande.

Le dernier grand-duc a eu 5 enfants, dont 3 auront une descendance et deux sont des hommes. Si on en croit les informations données sur le site de Friedrich Maik, son père serait soit Frédéric-François V, le fils ainé du dernier grand-duc, soit Christian Ludwig, le deuxième fils. L’un a épousé Karin von Schnapper, puis il a divorcé et s’est remarié (avec une femme dont le nom n’est pas connu) et Christian Ludwig a épousé la princesse Barbara de Prusse avec qui il a eu deux filles. Mais l’agent immobilier ne détaille pas plus sa filiation et il est impossible de savoir exactement de qui il descendrait.

Officiellement, la maison grand-ducale de Schwerin a perdu son chef en ligne directe à la mort de Frédéric-François V, en 2001, décédé sans descendance masculine. C’est donc Borwin, chef de la famille de Mecklembourg-Strelitz qui assure aujourd’hui le rôle de chef des deux familles de Mecklembourg.

Sources : Sonnestaatland, Friedrich Maik, DPMA, Strelitzius

Nicolas Fontaine

Rédacteur en chef

Nicolas Fontaine est rédacteur web indépendant depuis 2014. Après avoir été copywriter et auteur pour de nombreuses marques et médias belges et français, il s'est spécialisé dans l'actualité des royautés. Nicolas est aujourd'hui rédacteur en chef d'Histoires royales. nicolas@histoiresroyales.fr