Durant un mois, des festivités, des cérémonies religieuses et des événements académiques se sont succédé dans l’archipel des Tonga afin de célébrer les 200 ans de la christianisation du pays. Le roi Tupou VI et plusieurs membres de la famille royale ont participé à ces événements, qui ont rappelé la place centrale qu’occupe la foi chrétienne dans la monarchie tongienne comme dans la société.
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La famille royale des Tonga participe aux célébrations du 200e anniversaire de l’évangélisation du pays
Le royaume des Tonga est un État polynésien, réparti en trois archipels totalisant 177 îles et îlots. Les premiers humains à occuper ces îles sont des Polynésiens, arrivés il y a environ 3 000 ans. Le premier contact avec les Européens eut lieu en 1616, lorsque le navigateur néerlandais Willem Schouten est arrivé sur l’une des îles. Il y eut ensuite plusieurs contacts commerciaux avec des Néerlandais et des Britanniques aux 17e et 18e siècles mais ce sont les missionnaires britanniques qui ont profondément transformé la société tongienne au 19e siècle, en favorisant l’accès à l’éducation et aux soins, après avoir converti le premier roi des Tonga.

En juin et juillet 2026, de nombreux événements ont été organisés dans le pays à l’occasion du 200e anniversaire de la christianisation des Tonga. Les premiers missionnaires de la London Missionary Society sont arrivés en 1797 sur les îles mais leur présence fut de courte durée. Les révérends John Thomas et John Hutchinson sont arrivés à Ha’atafu le 17 juin 1826. Cette date est aujourd’hui retenue comme le point de départ officiel de l’évangélisation des Tonga et qui a été célébrée durant un mois. Le 28 juin 2026, le roi Tupou VI a notamment prononcé un discours important dans l’église historique du Centenaire de Nuku’alofa.

Le prince héritier Siaosi Tukuʻaho, lord ‘Ulukalala, a aussi dévoilé une plaque commémorative au pied d’un monument érigé sur une plage par où les missionnaires sont arrivés en juin 1826. Son épouse, la princesse héritière Sinaitakala Tukuʻaho, était chargée d’ouvrir la 102e Conférence générale de l’Église wesleyenne libre des Tonga. Les célébrations ont été principalement organisées par l’Église wesleyenne mais des associations sportives, religieuses, culturelles et artistiques ont toutes contribué en organisant ou en participant à divers événements.


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La conversion de George Tupou Ier accompagne l’unification des Tonga
L’arrivée des missionnaires britanniques aux Tonga coïncide avec un mouvement politique qui émerge dans l’archipel. Avant l’unification du royaume, le pouvoir appartenait à des chefs disséminées dans les nombreuses îles. L’archipel a été en proie à plusieurs guerres civiles au fil des siècles, en raison de l’absence d’un pouvoir centralisé. Un chef particulièrement stratège, prénommé Tāufaʻāhau, déjà à la tête d’un groupe d’îles depuis 1820, ambitionna de rassembler ces archipels épars sous une même autorité. En 1831, Tāufaʻāhau se convertit au christianisme, les premiers missionnaires méthodistes s’étant installés quelques années auparavant sur l’île. Tāufaʻāhau prit le nom de baptême de George (ou Siaosi en tongien). Sa conversion au christianisme lui permit d’avancer dans sa conquête, notamment grâce aux missionnaires européens et au pouvoir unificateur de la religion.

En 1833, George prit possession d’un groupe supplémentaire de petites îles et en 1845, il prit le contrôle de Tongatapu, qui est l’île principale et qui donnera son nom au pays. Encore aujourd’hui, Tongatapu est l’île sur laquelle se trouve la capitale, Nukuʻalofa, et où vit plus de 70% de la population. Son arrivée au pouvoir, en tant que premier roi des Tonga, contribua à évangéliser les Tonga. En 1875, avec l’aide du missionnaire Shirley Waldemar Baker, Tāufaʻāhau « George 1er », promulgua une Constitution faisant des Tonga une monarchie constitutionnelle. Shirley Baker avait gagné la confiance du monarque et l’aida grandement dans la rédaction de certains textes officiels. George Tupou 1er adopta formellement un style royal occidental, émancipa les « serfs », instaura un code de lois, un régime foncier, la liberté de la presse et limita le pouvoir des chefs. Sous son règne, l’alphabétisation et l’éducation se sont développées grâce aux écoles tenues par les missionnaires, enracinant profondément les principes chrétiens auprès de la population.

En 1885, le roi George Tupou 1er créa l’Église libre des Tonga afin d’avoir sa propre Église, dorénavant détachée de celle d’Australie. En 1917, la reine Salote Tupou III, petite-fille de George Tupou 1er, tente une réunification entre l’Église libre des Tonga et l’Église des missionnaires wesleyens, toutes deux issues de la tradition méthodiste. Ce rapprochement échoua et elle créa en 1924 l’Église wesleyenne libre des Tonga, à laquelle elle adhéra. Avec l’appui de la reine comme nouveau membre, l’Église wesleyenne s’est imposée comme l’Église principale du pays.
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Excepté une absolue minorité, les Tongiens sont tous chrétiens
La foi chrétienne est profondément ancrée dans la culture du pays, depuis l’unification du royaume par George Tupou Ier avec l’aide des missionnaires britanniques. En 1900, les Britanniques ont déclaré que le royaume tongien devenait un protectorat, lors de la signature du Traité d’amitié, tout en maintenant le pouvoir local en place. Les rois des Tonga ont régné sans discontinuité depuis George 1er, adoptant tous un nom de baptême en plus de leur nom de naissance et le nom de règne Tupou suivi de leur numérotation. En 1970, les Tonga ont retrouvé leur pleine indépendance lorsque le protectorat britannique a pris fin.

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Le couronnement des rois des Tonga est une cérémonie inspirée par celle des monarques britanniques. La cérémonie comprend un certain nombre de rituels propres aux coutumes locales, croyances et traditions polynésiennes, tout en adoptant en même temps des rituels occidentaux. La cérémonie est principalement religieuse et donc chrétienne. Aujourd’hui, le roi Charles III et le roi Tupou VI sont les deux seuls souverains régnants au monde qui ont été oints lors de leur couronnement. Le roi Tupou VI, qui a succédé à son frère en 2012, a organisé son couronnement en 2015, en présence de royautés européennes qui avaient fait le déplacement. C’est le pasteur méthodiste australien Harold D’Arcy Wood qui présida la cérémonie. Il a notamment oint le Roi et lui a posé sa couronne sur la tête.

La reine Nanasipau’u, épouse du roi actuel, est considérée comme une femme influente dans les milieux chrétiens en Océanie. En 2024, la reine était l’invitée d’honneur du Séminaire du Pacifique Sud, un grand événement religieux organisé par le mouvement international méthodiste, la Conférence des Églises du Pacifique et l’Église méthodiste des Samoa.
Aujourd’hui, plus de la moitié des quelque 100 000 habitants des Tonga est méthodiste, un courant protestant, et est membre de l’Église wesleyenne libre des Tonga. Deux autres confessions chrétiennes sont particulièrement représentées aux Tonga : environ 18 % de la population est mormone et 14 % est catholique. L’Église catholique prend une part de plus en plus importante dans le pays, ce qui a même attiré l’attention du pape François. En 2015, l’évêque des Tonga, Mgr Soane Patita Paini Mafi, a été créé cardinal par le pape. Le reste de la population adhère à une autre Église chrétienne et protestante, dont l’Église adventiste ou encore l’ancienne Église libre des Tonga, ce qui laisse une place infime aux religions non-chrétiennes. Ce cas est totalement unique dans le Pacifique. Aux Fidji, un pays relativement semblable sur certains plans historiques, il existe par exemple une plus grande diversité religieuse.