Priscilla et Édouard de Lamaze, les gardiens d’un patrimoine vivant, ouvrent les portes de leur château à Bois-Héroult. La seigneurie normande, qui est passée de famille en famille à travers les siècles, est aujourd’hui la propriété des descendants du prince Gabriel de Broglie, membre de l’Académie française décédé en 2025.
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Bois-Héroult : Une terre chargée d’histoire depuis le Moyen Âge
Niché entre le pays de Caux et le pays de Bray, au cœur de la Seine-Maritime, se trouve le château de Bois-Héroult. Ce domaine particulièrement soigné est la résidence de monsieur le maire, le comte Édouard de Lamaze, et de sa famille. Ce château en briques de Saint Jean et silex offre bien davantage qu’une belle façade du 18e siècle. Il raconte près de mille ans d’histoire normande, tout en restant une demeure familiale vivante.



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Le comte et la comtesse Édouard de Lamaze, qui ont célébré leurs 50 ans de mariage au château au début du mois de juillet, nous ont ouvert les portes de leur domaine. Le comte Édouard de Lamaze, maire de cette localité de moins de 200 habitants, veille sur ses administrés depuis le château. Les arbres centenaires veillent sur les allées du parc, les salons conservent le souvenir des générations qui s’y sont succédé et la petite église attenante perpétue une tradition spirituelle ininterrompue depuis plusieurs siècles.


Bien avant que ne s’élève l’actuel château, Bois-Héroult constituait déjà un site stratégique. Le village tire son nom de Boscum Heroldi, « le bois d’Hérold », vraisemblablement un seigneur d’origine viking installé dans la région. Dès le Moyen Âge, une forteresse contrôlait les voies reliant Rouen au pays de Bray et à la Picardie. Les textes anciens évoquent encore, au 16e siècle, un château fort établi entre l’église et le cimetière, dont quelques vestiges subsistent dans les bois voisins.



La seigneurie passa successivement entre les mains des familles de Léon, Talbot, Laval, puis des comtes de Vendôme. Parmi eux figure Charles IV de Bourbon-Vendôme, grand-père du futur roi Henri IV, preuve que cette terre normande s’inscrivait déjà dans la grande histoire de France. En 1636, Pierre Hubert de Bonnissent, seigneur de Buchy, rachète la propriété. Une de ses descendantes, Louise-Suzanne de Bonnissent de Buchy offrit la propriété en dot, à l’occasion de son mariage en 1713 avec le chevalier Jacques-Alphonse de Civille de Saint-Mards, mousquetaire et conseiller au parlement de Rouen. Le couple construira l’actuel château sur ces terres, entre 1715 et 1721, après avoir rasé les fortifications normandes. La famille de Civille est restée propriétaire des lieux, bien que transmis aux branches des Blosseville puis des Chodron de Courcel, jusqu’à son rachat par le prince Gabriel de Broglie en 1979.

Le domaine entre dans une nouvelle période de son histoire lorsque le prince Gabriel de Broglie en devient propriétaire. Historien reconnu, membre de l’Académie française, ancien président de la Commission nationale de la communication et des libertés puis chancelier de l’Institut de France, Gabriel de Broglie nourrit pour Bois-Héroult une véritable passion. Il entreprend d’importants travaux de restauration, sauvant cette demeure historique tout en lui redonnant son éclat. En 2006, il transmet le domaine à sa fille, la princesse Priscilla de Broglie, comtesse Édouard de Pradel de Lamaze.



L’édifice est remarquable par son unité architecturale. Il est bâti « d’un seul jet », selon l’expression employée dans les archives du domaine. Contrairement à de nombreux châteaux français agrandis au fil des siècles, Bois-Héroult présente une composition particulièrement homogène. La demeure conjugue l’élégance classique française et les traditions de la construction normande. Les façades alternent la brique de Saint-Jean et la pierre blanche, tandis que les hautes toitures d’ardoise donnent au bâtiment une silhouette immédiatement reconnaissable. Cette architecture sobre privilégie l’équilibre des proportions plutôt que l’ostentation, laissant au paysage le soin de compléter la composition.

En poussant la porte du château, on découvre le grand escalier. Sa remarquable rampe en fer forgé, offerte au 18e siècle par l’abbé de Saint-Wandrille à sa nièce Marie-Anne de Chastenet-Puységur lors de son mariage avec Pierre de Civille-Saint-Mards, est considérée comme l’un des chefs-d’œuvre du château. Les salons en enfilade, baignés par une lumière douce, présentent un mobilier fidèle à l’esprit des lieux. Boiseries, cheminées, portraits de famille et objets d’art composent une atmosphère chaleureuse.


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Une bibliothèque qui perpétue la mémoire de Gabriel de Broglie
Le Grand Commun, construit en 1778 par l’architecte Hardy et entièrement restauré ces dernières années, accueille aujourd’hui la bibliothèque Gabriel de Broglie. Inaugurée en 2015 par Hélène Carrère d’Encausse, secrétaire perpétuel de l’Académie française, elle conserve une importante partie des ouvrages de l’académicien et historien. À proximité, la salle des Plans présente les documents anciens retraçant l’évolution du domaine à travers les siècles, permettant au visiteur de mesurer les transformations du château, du parc et du village.



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Le parc constitue l’autre grande richesse de Bois-Héroult. Sept hectares sont aménagés selon un dessin classique au sein d’un vaste domaine d’une vingtaine d’hectares. Les perspectives conduisent naturellement le regard vers les façades du château, tandis que les chambres de verdure, les statues, le bassin octogonal et la roseraie composent un paysage où chaque élément semble trouver sa juste place. Au 18e siècle, le parc fut enrichi grâce au botaniste Le Turquier de Longchamp, dont les plantations marquent encore aujourd’hui la physionomie du domaine. Après la tempête de décembre 1999, qui détruisit une soixantaine d’arbres remarquables, un vaste programme de restauration permit de redonner au parc son harmonie originelle.



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Une église intimement liée au château et à la famille
Face au château se dresse l’église Notre-Dame de la Nativité, ancienne chapelle seigneuriale devenue église paroissiale. Reconstruite au 18e siècle, elle conserve un remarquable retable en bois sculpté, une Pietà attribuée au sculpteur normand Lourdel ainsi qu’un tableau représentant saint Ignace de Loyola. Son porche et sa corniche en bois sculpté figurent parmi les éléments les plus remarquables de l’édifice, inscrit au titre des monuments historiques. Depuis 2025, elle abrite également la sépulture du prince Gabriel de Broglie.


Depuis près de vingt ans, Priscilla et Édouard de Lamaze poursuivent avec passion l’œuvre engagée par Gabriel de Broglie. Sous leur impulsion, le Grand Commun a retrouvé toute sa splendeur, le perron Louis XV a été restauré, la roseraie recréée selon les plans anciens, les statues remises en valeur et le parc soigneusement entretenu. Le domaine s’est également ouvert davantage au public grâce à des visites guidées et à un Histopad, en réalité virtuelle, permettant de découvrir son évolution au fil des siècles.
