Prinsjesdag 2019

Qu’est-ce que le Prinsjesdag ?

Le Prinsjesdag est la Journée du Prince. Elle a lieu chaque année, le 3e mardi du mois de septembre, à La Haye. 

Cette journée protocolaire marque le début de la nouvelle année parlementaire.
Comme au Royaume-Uni ou en Norvège, le souverain lit son discours traditionnel devant les chambres rassemblées.

La journée commence par l’arrivée du roi et son épouse en carrosse au Binnenhof. Le roi s’installe sur son trône, lit son discours. Le ministre des Finances présente le budget. À la fin de la session, les souverains rentrent en carrosse au palais Noordeinde et montent saluer la foule depuis le balcon du palais.

Défilé royal dans le Carrosse de verre lors du Prinsjesdag 2019

Le Prinsjesdag commence toujours par un défilé royal dans les rues de La Haye. Les enfants ont congé aujourd’hui et peuvent venir voir le roi et la reine défiler dans les rues. Le roi Willem-Alexander et la reine Máxima partent du palais Noordeinde en carrosse et rejoignent la Ridderzaal (la salle des chevaliers) du Binnenhof. D’habitude, les souverains utilisent la Carrosse en or. Cette année encore, il a été remplacé par un carrosse en verre, celui en or étant en restauration depuis 2016. Le Carrosse de verre a été commandé en 1821 par Guillaume 1e à un fabricant bruxellois. Livré en 1826, il fut rapidement confisqué par les Belges lors de la mutinerie qui a mené à l’indépendance de la Belgique. Les biens confisqués aux Orange furent rendus quelques années plus tard, lors de la reconnaissance du Traité de Londres.

Le roi Willem-Alexander prononce le discours annuel sur son trône

Assis sur son trône, le roi Willem-Alexander prononce le discours annuel tant attendu. Le discours de la Couronne est l’équivalent du discours que prononce la reine Elizabeth lors de l’ouverture de la session parlementaire. En Norvège également, le Trontalen (discours du trône) marque le début de l’année parlementaire, qu’il prononce devant le Storting.

Après le discours, c’est au tour du ministre des Finances de rejoindre le roi, portant une valise en bois dans la main. Sur cette valise, on peut lire Derde Dindsdag in Septembre, soit Troisième mardi de septembre. Dans cette valise, le ministre des Finances tient son projet du budget qu’il compte présenter à la Chambre des représentants, que l’on appelle aux Pays-Bas, la Seconde Chambre des États généraux.

Une fois la partie politique terminée, le roi quitte le Binnenhof et retourne au palais. Comme chaque année, la famille royale apparait au balcon pour saluer le peuple.

Discours du roi Willem-Alexander lors du Prinsjesdag 2019 au Binnenhof

Intégralité du discours du roi des Pays-Bas (Thronrede), depuis le trône royal du Binnenhof, devant les deux assemblées réunies, le 17 septembre 2019:

 

Mesdames et messieurs les membres des États généraux,

Il y a exactement 75 ans aujourd’hui qu’a été lancée l’opération « Market Garden ». Après des années d’oppression et de tyrannie, l’espoir d’un avenir meilleur tombait littéralement du ciel, porté par des milliers de parachutistes alliés. Les témoins oculaires qui, le 17 septembre 1944, ont vu le ciel s’assombrir au-dessus d’Eindhoven, d’Arnhem et de Nimègue n’oublieraient jamais plus cette image.

Soixante-quinze ans plus tard, la liberté, la démocratie et la solidité de l’État de droit semblent être des valeurs acquises. Mais pour qui observe le monde, il apparaît combien il est exceptionnel de vivre dans un pays où l’on peut se sentir en sécurité, où liberté se conjugue avec tolérance et sens des responsabilités, et où les gens sont encore prêts à s’entraider. Même si les clivages semblent parfois prévaloir dans le débat public et sur les réseaux sociaux, la réalité quotidienne est différente pour la majorité d’entre nous. Les Pays-Bas restent le pays du bénévolat et des compromis raisonnables autour du plus grand dénominateur commun. De Willemstad à Amsterdam, jeunes et vieux, ouvriers comme dirigeants veulent participer et apporter leur contribution. C’est ce qui nous unit et ce que nous devons, ensemble, nous attacher à conserver.

Dans cette tradition, les générations qui nous ont précédés ont par leur dur labeur reconstruit le pays après la Libération. Maintien et consolidation des résultats, telle est notre obligation envers les générations qui nous suivent. C’est pourquoi l’accord de coalition a pour principale ambition de bâtir une société où l’on se sent en sécurité et où l’on peut avoir, garder ou retrouver confiance dans l’avenir.

Cette confiance passe d’abord par un État de droit fort qui protège de la criminalité, de l’arbitraire et de l’abus de pouvoir. Par un emploi et un revenu décents. Par une bonne santé et l’accès à des soins de qualité. Par une formation porteuse. Par un solide réseau familial et d’amis, de communautés religieuses et d’associations. Et par un logement abordable dans un quartier sûr.

Nos discussions s’appuient souvent sur des chiffres, mais les vies personnelles de 17 millions de Néerlandais n’entrent pas toutes dans le même moule. Les gens suivent une formation, changent d’emploi, lancent une entreprise, achètent une maison, nouent des relations, ont des enfants, ou sont touchés par la maladie ou la mort d’un proche. Ces choix et événements ont un fort impact. Bien plus fort que celui d’un chiffre de pouvoir d’achat, du pourcentage de croissance économique ou d’une mesure fiscale. Aucune vie ne peut s’inscrire dans la médiane d’un modèle statistique.

Il ne fait cependant aucun doute que nous avons besoin d’une économie forte pour bâtir ensemble un pays fort. Des services publics de qualité coûtent de l’argent, qu’il faut d’abord gagner. Les prévisions économiques pour l’année prochaine restent bonnes. Le taux d’emploi rémunéré n’a jamais été aussi élevé. La dette publique est maîtrisée et les charges pourront baisser. Les prévisions de croissance, de pouvoir d’achat et de solde budgétaire sont toutes au vert.

Mais la réalité est aussi que nous entrerons les prochaines années dans une phase de croissance plus modérée. Orientée vers l’international, notre économie est vulnérable aux perturbations du marché mondial, surtout celles dues aux conflits commerciaux. En outre, la menace du Brexit jette une ombre persistante. Ainsi nous est lancé tant sur le court que sur le long terme un avertissement qui nous oblige à réfléchir sur la façon d’obtenir nos revenus futurs tout en maintenant des services de qualité.

L’accord de coalition prévoit de renforcer les services publics. L’opération est en cours dans tous les secteurs. Les employés des maisons médicalisées auront ainsi plus de temps et de possibilités pour accorder une attention personnelle aux résidents. Nos militaires pourront mieux faire leur travail grâce à de nouveaux équipements. Nous augmentons les effectifs de la police. Nous investissons dans les réseaux routier et ferroviaire. Des plans régionaux sont mis en œuvre sur tout le territoire pour améliorer la qualité de vie dans les zones rurales et mieux en exploiter le potentiel économique. Nous avons lancé avec les communes et les organisations de la société civile une grande offensive de prévention et de réduction du surendettement des ménages. Des mesures sont prises pour faciliter l’accès des personnes handicapées à l’emploi. Nous œuvrons aussi dans les Pays-Bas caraïbes à l’amélioration du pouvoir d’achat et de l’infrastructure et au renforcement de l’administration.

Le gouvernement est bien conscient qu’une simple injection financière ne suffit pas à résoudre chaque problème. Ainsi d’importants investissements supplémentaires ont-ils été consentis pour rendre le métier de professeur plus attractif, avec à la clé une moindre charge de travail et davantage de plaisir au travail. Nous constatons aussi une hausse de l’intérêt pour la formation d’instituteur et la reconversion professionnelle dans l’enseignement primaire. Le manque d’enseignants reste néanmoins un problème majeur. Le gouvernement continuera à encourager le choix de cette belle profession.

Avec l’accord sur la retraite et l’accord sur le climat, notre pays change de stratégie à moyen et long termes. Les générations suivantes ont elles aussi droit à une bonne retraite, à un air sain et à un pays vivable. Les grandes réformes nécessaires nous obligent à faire preuve de prévoyance. Ce fut autrefois aussi le cas avec les décisions radicales visant à sécuriser le pays par la construction de la digue de fermeture de l’IJsselmeer et le lancement du plan Delta. Ces investissements guidés par la nécessité nous ont apporté des connaissances et une expérience qui nous permettent d’œuvrer ici et à l’étranger à la protection contre les eaux au XXIe siècle. Le choix de Pays-Bas climatiquement neutres en 2050 est tout aussi nécessaire et prometteur. La qualité de l’air et les énergies nouvelles peuvent aller de pair avec l’agriculture durable, la mobilité propre et l’innovation des entreprises.

La mise en œuvre de l’accord sur la retraite et de celui sur le climat commence cette année parlementaire. Les propositions qui vous parviendront viseront une hausse moins rapide de l’âge de la retraite de base (AOW) et le maintien de l’activité en bonne santé jusqu’à la retraite. Pour l’accord sur le climat, il s’agit d’atteindre les objectifs tout en répartissant équitablement les coûts et sans tout bouleverser du jour au lendemain. Les premières mesures sont en cours de réalisation. Une taxe sur le CO2 sera introduite pour les entreprises. Les ménages auront la possibilité d’effectuer progressivement la transition énergétique. La taxe énergétique sera réduite et un fonds sera créé pour inciter les propriétaires à réaliser des investissements écovertueux dans leur logement.

Plusieurs plans concrets viendront s’ajouter à court terme à ce que prévoit l’accord de coalition. Un pays n’est pas statique. De nouvelles questions urgentes se posent constamment. Ainsi, l’arrêt du Conseil d’État sur les émissions d’azote oblige à élaborer une nouvelle approche qui maintienne des possibilités d’aménagement du territoire. Autre exemple, la décision a été prise d’augmenter les crédits accordés aux municipalités pour s’attaquer aux problèmes de la protection de la jeunesse. Pour accélérer et augmenter la construction de logements pour les primo-accédants et les revenus moyens, une impulsion sera donnée à la construction et les bailleurs sociaux bénéficieront d’une réduction fiscale s’ils construisent davantage de logements sociaux. En augmentant la marge de manœuvre de la justice et du ministère public, nous renforcerons l’État de droit. Enfin, dernier exemple, la décision a été prise de réduire plus vite que prévu l’extraction de gaz en Groningue. Les problèmes des personnes dont le logement doit être consolidé doivent être traités avec davantage de priorité et, avec le Programme national Groningue, le gouvernement investira dans toute la région.

Dans la période à venir, le gouvernement souhaite par ailleurs définir un certain nombre de lignes d’action à long terme. Dans l’objectif de maintenir la croissance durable de l’économie néerlandaise à un horizon de vingt ou trente ans, le gouvernement proposera dès cette année un large programme de croissance et esquissera en début d’année prochaine les contours d’un fonds d’investissement. Il s’agit de renforcer les fondements de l’économie du futur grâce à la mise en œuvre de projets spécifiques dans les domaines du développement des connaissances, de l’innovation et de l’infrastructure.

Le secteur de la santé et des services sociaux est lui aussi confronté à des questions fondamentales quant au long terme. Si l’allongement de l’espérance de vie est positif, il se traduit aussi par l’accroissement du nombre de maladies chroniques et des besoins en matière de soins, alors que les moyens et les effectifs sont limités. Des étapes importantes sont déjà engagées, par exemple pour attirer et retenir le personnel de santé au moyen de mesures ciblées, mais aussi pour limiter la croissance des dépenses et améliorer les soins grâce à des accords sectoriels. Enfin, l’accord sur le sport et celui sur la prévention visent à infléchir la demande future en matière de soins de santé. Mais tout cela n’est pas suffisant. Les questions à long terme ne manquent pas : comment garantir à tous la qualité et l’accessibilité des soins ? Comment avoir suffisamment de personnel pour dispenser avec humanité des soins en institution et à domicile – ce personnel indispensable, disponible jour et nuit ? Et comment appliquer à grande échelle les innovations techniques en matière de soins ? Le gouvernement esquissera avant l’été 2020 les contours de la future organisation du secteur de la santé.

Le sentiment qu’ont les citoyens d’être représentés et la qualité des services publics sont également déterminants pour la confiance dans l’avenir. La politique et l’administration publique appartiennent à tous et sont au service de tous. L’ambition du gouvernement est d’apporter des améliorations sur ces deux points.

En réponse à l’avis de la commission d’État sur le régime parlementaire, le gouvernement émettra des propositions pour moderniser et simplifier le système électoral de sorte à donner davantage d’influence aux électeurs sur le choix de leurs représentants à la Chambre. Afin de mieux faire entendre la voix des nouvelles générations, un parlement des jeunes sera instauré.

La qualité des services publics doit avoir le rang de priorité. Les organisations de mise en œuvre telles que le Service des impôts et l’organisme de gestion des assurances sociales UWV incarnent l’État ; elles sont le point de rencontre entre l’État et les citoyens. Ces derniers ont droit, tout bonnement, à un service de qualité. Les causes des problèmes actuels sont diverses : systèmes d’information obsolètes, manque de personnel et des politiques trop nombreuses et trop tatillonnes dont la mise en œuvre est par conséquent trop complexe. La mission des agents de ces organisations de mise en œuvre en devient parfois impossible, et la dimension humaine disparaît. Les améliorations structurelles nécessaires demandent du temps et une approche cohérente, pour laquelle le gouvernement formulera des propositions.

Alors que s’ouvrent les commémorations des 75 ans de la Libération, nous réalisons encore davantage à quel point la prospérité et le bien-être aux Pays-Bas dépendent du contexte international. Nos libérateurs sont venus de l’extérieur. Et la promesse d’un avenir meilleur, intériorisée avec intensité à cette époque, s’est concrétisée au niveau international dans l’après-guerre à travers de nouvelles organisations comme les Nations unies, l’OTAN et l’Union européenne.

Cet ancrage international nous a apporté beaucoup. La stabilité internationale et le bon fonctionnement de l’ordre multilatéral instauré au lendemain de la guerre sont cruciaux pour notre État de droit et la solidité de notre économie. Notre intérêt propre est étroitement lié à notre responsabilité internationale de faire avancer les valeurs de la liberté, de la démocratie et de l’État de droit. Cette conviction sous-tend également la politique de coopération au développement et le déploiement de nos militaires dans le cadre de missions à l’étranger. C’est aussi grâce à eux que nous vivons depuis 75 ans dans la paix et la sécurité.

Ce système multilatéral est cependant malmené. Les règles du jeu évoluent à vive allure. Les relations géopolitiques se transforment sous l’influence de puissances économiques et politiques telles que la Chine et l’Inde, ainsi que de l’attitude de la Russie. Les partenariats anciens et précieux avec les États-Unis et le Royaume-Uni sont pour partie en recomposition. Le libre-échange mondial se trouve menacé par le protectionnisme et les conflits commerciaux. Les Pays-Bas et l’Europe doivent réagir avec assurance et réalisme.

Pour le gouvernement, il est évident que la politique étrangère néerlandaise doit s’appuyer sur les pierres angulaires que sont la coopération transatlantique et l’Union européenne. Reste qu’il est urgent de moderniser à de nombreux égards le système multilatéral d’après-guerre, notamment en ce qui concerne la protection internationale de la propriété intellectuelle, la cybersécurité et l’efficacité du processus décisionnel au sein des Nations unies et de l’Organisation mondiale du commerce.

Il suffit d’un coup d’œil sur le planisphère pour constater qu’une Union européenne forte et unie est plus que jamais nécessaire pour défendre les intérêts individuels des États membres, y compris ceux des Pays-Bas. Pour garantir son efficacité et l’adhésion à son projet, l’Union doit fixer des priorités claires, saisir les chances communes et s’attaquer aux problèmes transfrontaliers que les pays ne peuvent résoudre seuls. Le nouveau programme stratégique de l’UE reprend clairement les priorités des Pays-Bas : la sécurité, une économie européenne solide et durable, une politique climatique commune, le respect de l’État de droit, sans oublier une politique migratoire efficace.

Si le nombre de migrants arrivant en Europe a fortement chuté depuis 2015, la pression constante aux frontières extérieures de l’Europe, le destin tragique de nombreux migrants en Méditerranée et le manque de solidarité entre États membres de l’UE exigent de nouvelles mesures. Chaque pays doit apporter sa contribution. Les Pays-Bas accueillent toujours les réfugiés, ceux qui ont réellement besoin de notre aide, et leur offrent la possibilité de participer à la vie de la société, avec tous les droits et les devoirs que cela implique. C’est précisément pourquoi il faut s’attaquer à la problématique des demandeurs d’asile qui n’ont aucune chance d’obtenir le statut de réfugié et ont pour certains un comportement incivil ou délinquant. Là encore, l’UE doit faire bloc, notamment à l’égard des pays d’origine. C’est le seul moyen de garder intact le soutien en faveur d’une politique d’asile humaine et juste.

La crise politique et économique au Venezuela expose la partie caraïbe du Royaume au risque de flux migratoires importants et aux conséquences économiques en découlant. Les Pays-Bas offrent une aide et un soutien concrets.

Mesdames et messieurs les membres des États généraux,

Un ancien résistant de 96 ans, qui a participé à la libération de notre pays en tant que soldat de la brigade Princesse Irene, s’est récemment exprimé ainsi : « J’estime que j’ai la responsabilité de transmettre aux jeunes générations qu’il faut entrer en résistance lorsque c’est nécessaire ». Ce sont les paroles de Rudi Hemmes. Jeune homme, ce héros a fait le choix de l’avenir pour notre pays, au péril de sa vie. Et aujourd’hui, 75 ans plus tard, c’est encore l’avenir qui le fait avancer. Ce n’est pas seulement une source d’inspiration, c’est une mission qui nous revient à tous. À cet égard, vous portez sur vos épaules une responsabilité particulière, mesdames et messieurs les membres des États généraux. Puissiez-vous remplir votre mission en sachant que beaucoup vous souhaitent la sagesse nécessaire et se joignent à moi pour prier que vous soient données la force et la bénédiction de Dieu.