Ce vendredi 17 juillet, le Parlement japonais a officialisé les plans de révision de la loi de succession au trône du Chrysanthème. Deux changements ont été apportés à cette loi afin d’éviter, d’une part, l’extinction de la dynastie millénaire, et d’autre part, de pallier le manque de membres qualifiés pour exercer des fonctions officielles.
La loi salique ne sera pas abolie mais des adoptions seront possibles
Cela fait des années qu’il était question de modifier la loi de succession au trône impérial japonais. Le Parlement nippon a finalement voté pour une révision, ce vendredi 17 juillet 2026, sans pour autant abolir la loi salique. Depuis quelques décennies, la famille impériale manque d’héritiers mâles pour prétendre au trône du Chrysanthème. Lorsque le prince héritier Naruhito a épousé Masako en 1993, il n’y avait qu’une seule attente : que ce mariage d’amour offre une nombreuse descendance. Accablée par la pression, Masako donnera finalement naissance à une fille, la princesse Aiko, en 2001.
Depuis lors, Masako souffre de troubles d’anxiété en raison des pressions subies. Naruhito a succédé à son père, après l’abdication de ce dernier en 2019. Si l’empereur Naruhito n’a encore que 66 ans, il est déjà urgent de penser à sa succession. L’intérêt premier du régime monarchique est d’offrir une stabilité par la lignée définie par des règles de succession. En l’état actuel des choses, l’héritier direct de l’empereur Naruhito est son frère cadet, le prince héritier Fumihito. Lui aussi a rencontré des difficultés pou avoir un fils. Après la naissance de deux filles, nées en 1991 et 1994, son épouse Kiko a donné naissance à un garçon, le prince Hisahito, en 2006, soit douze ans après leur deuxième fille.

Le prince Hisahito, qui aura 20 ans en septembre, occupe actuellement la deuxième place dans l’ordre de succession. Aujourd’hui, la pérennité de la dynastie repose sur ses épaules. Il existe un seul autre membre de la famille dans l’ordre de succession, le prince Masahito. Le prince Masahito est l’oncle de l’empereur. Il est âgé de 90 ans et n’a pas d’enfants. Face à cette impasse, il devenait de plus en plus urgent de modifier cette loi avant de se retrouver sans potentiel héritier.
En 2005, un comité gouvernemental avait rédigé un rapport proposant de changer la règle de primogéniture agnatique pour adopter une règle de primogéniture stricte. Autrement dit, abolir la loi salique et appliquer le droit d’aînesse absolu (peu importe le sexe). À l’époque, il était donc envisagé que la princesse Aiko puisse succéder à son père mais les discussions ont été avortées lorsque Fumihito est finalement devenu père d’un garçon en 2006. En 2021, un nouveau comité avait été formé pour rouvrir le débat. Celui-ci était arrivé à la conclusion qu’il n’était pas nécessaire d’abolir la loi salique.
La constitution japonaise actuelle a été rédigée après la Seconde Guerre mondiale et n’a jamais été amendée. L’ordre de succession est déterminé par la Loi de la maison impériale de 1947, qui restreint les candidats au trône aux seuls descendants mâles de l’empereur Taisho (Yoshihito). Cette règle a eu pour conséquence d’évincer les princes issus de branches cousines. Le dernier rapport fourni aux autorités préconisait que ces parents masculins issus de ces branches collatérales soient adoptés pour intégrer l’ordre de succession.

En février dernier, la nouvelle Premier ministre conservatrice, Sanae Takaichi, s’était emparée de la question et s’était opposée à l’idée d’abolir la loi salique. Il est « approprié de limiter l’éligibilité aux descendants mâles en ligne directe appartenant à la lignée impériale », avait-elle déclaré, préférant suivre les recommandations du rapport. L’opinion publique japonaise est pourtant favorable à l’abolition de la loi salique. En mai dernier, un sondage Kyodo News avait révélé que 83 % des personnes interrogées étaient favorables à l’accession au trône d’impératrices.
Ce vendredi 17 juillet, la Chambre des conseillers a voté en ce sens, ouvrant la voie aux descendants mâles célibataires des onze anciennes branches royales ayant perdu leur statut il y a plusieurs décennies, à retrouver une place dans l’ordre de succession. Cela permettrait d’ajouter seize personnes à l’ordre de succession via des adoptions. Le nouveau système, en vertu de la loi révisée ce vendredi, sera réexaminé tous les 30 ans si nécessaire, en tenant compte de la situation familiale.

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Les princesses pourront continuer à travailler pour la Maison impériale après leur mariage
Le deuxième changement apporté à la loi permet aux femmes de conserver leur statut impérial même après avoir épousé des roturiers. Jusqu’ici, au mariage, une princesse rejoignait la famille de son époux et prenait son nom. Par conséquent, elle perdait dans la foulée son titre de princesse et était rayée des registres de la Maison impériale. Cette règle a des conséquences sur la vie privée des princesses. Plusieurs princesses sont restées célibataires toute leur vie afin de pouvoir continuer à servir la Maison impériale, tandis que les autres ont rejoint la société civile. Là aussi, la famille impériale manque de membres actifs pour assurer l’ensemble des tâches.

Cette modification de la loi permettrait notamment à la princesse Aiko, 24 ans, fille unique de l’empereur et de l’impératrice, d’épouser un roturier. Le prince héritier Fumihito a également deux filles et l’aînée, Mako, a perdu son titre à son mariage en 2021. Ce mariage lui avait également causé énormément de stress. Depuis son mariage, elle vit dans l’anonymat aux États-Unis. La deuxième fille du prince héritier Fumihito, la princesse Kako, travaille a temps plein pour la monarchie. Àgée de 31 ans, elle risquait elle aussi l’exclusion de la famille si elle se mariait. Ce changement de loi permettra donc à, au moins, deux jeunes princesses de maintenir leur position. Toutefois, les conjoints et enfants de ces princesses ne pourront pas intégrer la famille impériale et resteront des citoyens ordinaires.
La monarchie nippone est donc la plus ancienne du monde. La déesse Amaterasu Omikami, déesse du Soleil, a donné les rizières, le blé et la culture de la soie. Elle est aussi considérée comme la mère de la famille impériale. C’est elle qui aurait engendré la dynastie Yamato, qui règne depuis toujours sur le Japon. Selon la légende, le premier empereur, Jinmu, qui aurait régné de -660 à -585, était l’arrière-arrière-arrière-petit-fils de la déesse. Il est le fondateur légendaire de la famille, tandis que le premier empereur avéré historiquement est l’empereur Ojin, monté sur le trône en l’an 270.