Les dernières heures de Léopold Ie détaillées dans la presse

Le 10 décembre 1865, Léopold Ier, premier roi des Belges s’éteignait à l’aube de ses 75 ans. La presse écrite était la première source d’information et la lecture des archives des journaux de l’époque nous plonge directement dans les tristes journées qui ont précédé et suivi l’annonce de la mort du premier souverain. Comment la presse de l’époque a-t-elle annoncé la mort de Léopold 1e ?

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La presse belge annonce la mort du premier roi des Belges

Nous sommes le 11 décembre 1865. Les quotidiens du pays ont la lourde tâche d’annoncer la terrible nouvelle : le Roi est mort la veille. Le Journal de Bruxelles en faisait inévitablement la une de son édition. « Le grave événement que la Belgique redoutait », s’est produit le 10 décembre 1865, à 11 heures 45, au palais de Laeken. Le premier roi des Belges est mort « à la suite de longues et douloureuses souffrances, qui ont été supportées avec un véritable héroïsme ».

Le journal local bruxellois précisera que le Roi s’est éteint « avec calme et sérénité, et entouré de sa famille éplorée. Sa Majesté a conservé jusqu’à la dernière minute ses hautes facultés intellectuelles ». Cela faisait quelques jours que la santé du Roi ne laissait rien présager de bon. « Le fatal dénouement était attendu en quelque sorte, d’heure en heure », écrivait L’Indépendance belge le lendemain de sa disparition. « Sa robuste constitution retardait seule la crise finale ».

L’Indépendance belge annonce la mort du roi Léopold 1e, le lendemain de sa mort, le 11 décembre 1865 (Photo : capture d’écran archives KBR/Belgicapress)

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Les derniers jours du premier roi des Belges

Depuis quelques jours, des ragots provenant du Palais venaient confirmer les mauvaises nouvelles officielles publiées par le Moniteur, concernant l’état de santé du roi. C’est par des courriers, envoyés à des journaux locaux, que des personnes bien placées témoignaient des dernières scènes dont ils avaient été les témoins au Palais.

Ainsi, le journal chrétien gantois Le Bien Public, reprenait dans son édition des passages de témoignages envoyés à des quotidiens locaux, comme La Gazette de Liège ou L’Escaut d’Anvers. Dès le 8 décembre, un courrier faisait état de la santé préoccupante du Roi. Selon cette source, son état s’était largement détérioré depuis son séjour au château royal d’Ardenne, à Houyet. Décidé finalement à suivre les conseils de son entourage, notamment de son médecin, il avait quitté à contrecœur les Ardennes le 23 novembre et rejoint Laeken. « Ensuite, à son retour, il a voulu boire de l’eau glacée, et l’on assure que, dans son état de santé, il ne pouvait rien prendre de plus nuisible. »

Cette même source ajoute que le roi pensait se se sentir mieux ou voulait « faire allusion à lui-même » que son état avait fini par s’améliorer. « Il s’est mis à table et a exigé qu’on lui servît du potage, et a pris du vin. À la suite de cela, il a été au plus mal ». Rapidement, le médecin et les grands officiers ont été appelés au palais pour prendre soin de lui. « Depuis lors, il y a eu, de loin en loin, une légère amélioration ; on est même parvenu à se rendre à peu près maître de la diarrhée. Mais l’état général n’en est pas moins resté des plus alarmants, et l’on s’attend pour ainsi dire, d’heure en heure, à une catastrophe ».

Quelques jours avant sa mort, à L’Escaut d’Anvers, une autre source raconte que le roi continuait à se lever « et si on l’en croyait, il ne serait pas bien loin de partir pour sa villa du lac de Côme. » Léopold ne voulait pas voir ses médecins, et ne voulait pas admettre son état. Ceux-ci n’osaient pas le contredire et se pliaient à son autorité. C’est alors qu’on eut l’idée de lui attribuer « un troisième médecin, une espèce de butor hongrois, qui ne se laisse pas émouvoir par les comportements de l’auguste malade. »

La source rapporte cette scène où le nouveau médecin aurait forcé le roi à manger un beef-steak. « Je n’en ai pas envie ! », aurait dit le roi. « Cela ne fait rien, vous êtes servi », lui répondit le médecin. Léopold n’eut d’autre choix que d’accepter « la potion et s’en trouva bien, momentanément ». Malheureusement, après ce court répit, le roi est à nouveau « complètement épuisé et son estomac ne supporte plus rien ». Quant au journal le Précurseur du 8 décembre, il précise que « l’énergique médication à laquelle Sa Majesté a été soumise a arrêté la dysenterie : mais une réaction s’est faite vers le cœur. »

Les journaux font remarquer que l’attitude des autres membres de la famille royale sont la meilleure preuve « qu’is attendent l’heure fatale ». « Les princes ne quittent plus un instant le château de Laeken. Autrefois, alors même qu’on disait le Roi très dangereusement malade, ils se montraient partout en public ».

Le journal Le Bien Public raconte les derniers instants du premier roi des Belges (Photo : capture d’écran archives KBR/Belgicapress)

Les derniers instants de Léopold Ie détaillés dans le journal

La famille royale avait été appelée au château de Laeken, quelques jours avant son dernier souffle. C’est d’ailleurs « sa respiration oppressée qui trahissait seule l’approche du moment suprême ». Le duc et la duchesse de Brabant, leurs enfants et le comte de Flandre étaient tous au palais, à compter les heures. Les petits-enfants de Léopold 1e étaient au pied du lit « en larmes ». Le président du Sénat, le président de la Chambre des représentants et les ministres ont tous été appelés à se rendre à Laeken, le matin du 10 décembre 1865.

Il sont arrivés à 11 heures, en compagnie de Jules Van Praet, ami et confident de Léopold Ie, qui les a fait pénétrer dans la chambre. Les ministres ont découvert le « spectacle à la fois le plus grandiose et le plus touchant ». Celui de la famille royale belge réunie autour du lit dans lequel le roi avait pourtant « encore toute sa connaissance ». Léopold Ie lâcha la main de la duchesse de Brabant, se donnant la peine de serrer celle de son ami pour le saluer. Une fois le geste exécuté, il remit la main dans celle de sa belle-fille.

Le chapelain Becker observait lui aussi cette scène, entouré des deux médecins attitrés, Wimmer et de Roubaix. Dans le calme le plus total, « sans plainte, sans agonie, sans que les personnes présentes s’en aperçussent », le Roi rendit son dernier soupir.

Les ministres découvrent le roi Léopold 1e dans son lit, vivant ses derniers instants. Au pied du lit, Léopold, duc de Brabant pleure son père. Marie-Henriette, duchesse de Brabant, et ses enfants sont de l’autre côté du lit, avec le chapelain Becker. Le médecin Wimmer observe la scène. (Image : Domaine public)

Les heures qui ont succédé la mort de Léopold 1e

Le journal L’Étoile détaille les minutes qui ont succédé la mort du souverain. Les drapeaux qui flottaient au château de Laeken et au Palais royal ont été enlevés. Rapidement « toute la domesticité du château et un grand nombre d’habitants de Laeken ont été admis à voir le Roi, exposé sur son lit de mort. Les traits de Sa Majesté sont nullement décomposés. »

Le jour-même de sa mort, les autorités bruxelloises font placarder sur les murs de la capitale l’annonce nécrologique. Sur ces affiches, on appelle déjà la population à remettre sa confiance « aux mains du digne Fils d’un Roi modèle, du Prince qui, né sur le sol belge, partage nos sentiments et nos vœux, comme nous partageons sa profonde douleur ». Un message signé par Jules Anspach, bourgmestre de Bruxelles.

Dès le lendemain, le mardi 11 décembre 1865, la dépouille a été transportée au Palais royal de Bruxelles, où elle a été exposée à la population. Les journaux annoncent la fermeture des magasins de la capitale et l’annulation des représentations théâtrales. L’artillerie de la garnison de Bruxelles a annoncé la mort du roi par salves, puis a tiré un coup de canon toutes les cinq minutes, au rond-point du Champ des manœuvres, sans interruption, du matin au soir, jusqu’aux funérailles, le 16 décembre 1865.

La dépouille du roi est escortée après ses funérailles, le 16 décembre (Image : Martine Castagne/Histoires Royales)

Le journal de la capitale en est certain, la perte du « glorieux et illustre fondateur de notre dynastie nationale » est tellement « immense » que le tragique événement « aura son retentissement dans toute l’Europe ». On apprendra dans l’édition du 14 décembre du Journal de Bruxelles, que le duc de Brabant (futur Léopold II), a annoncé la nouvelle à son voisin, l’empereur Napoléon III, en lui envoyant une lettre à Compiègne le jour de la mort de son père.

Ce à quoi Napoléon III répondra : « C’est avec le sentiment du plus sincère regret que l’Impératrice et moi nous venons d’apprendre la mort du Roi votre père. Par sa sagesse et sa haute intelligence, il s’était placé au premier rang des souverains de l’Europe. Il m’avait toujours témoigné tant d’amitié que je déplore vivement sa perte ». Napoléon termine son message en faisant comprendre au duc de Brabant qu’il souhaite que ce dernier « suive sur le trône de si nobles exemples » afin qu’il soit « toujours heureux de lui témoigner [son] amitié ». Napoléon III envoya le duc de Bassano pour le représenter, lors de la cérémonie d’intronisation de Léopold II.

Nicolas Fontaine
Nicolas Fontaine

Rédacteur en chef

Nicolas Fontaine est rédacteur web indépendant depuis 2014. Après avoir été copywriter et auteur pour de nombreuses marques et médias belges et français, il s'est spécialisé dans l'actualité des royautés. Il est aujourd'hui rédacteur en chef d'Histoires royales. nicolas@histoiresroyales.fr