Un mariage arrangé pour offrir une dynastie à la Belgique

De tous temps, les mariages arrangés entre grandes familles ont permis de nouer des alliances, fonder des dynasties et assurer une stabilité à toute une nation. Les mariés devaient l’accepter, la raison d’État primant avant tout. Il y eut des mariages arrangés heureux, d’autres malheureux, voire tragiques. Mais il y eut aussi des mariages de raison auxquels les protagonistes s’accommodèrent. C’est le cas du mariage de Léopold Ier avec Louise-Marie d’Orléans, dont les descendants règnent aujourd’hui encore sur la Belgique.

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Une demande en mariage que reconsidéra la reine Marie-Amélie une fois Léopold devenu Roi

Léopold Ie, fraichement élu premier roi des Belges en 1831, cherchait une Reine pour la Belgique. Encore veuf éploré depuis la disparition de Charlotte de Galles, l’amour de sa vie, en 1817, Léopold chercha sa prétendante dans le camp des alliés. C’est tout naturellement que Léopold repensa à Louise d’Orléans, une jeune femme dont la main lui fut déjà refusée une première fois, peu de temps auparavant. Mais une chose avait changé depuis ce premier refus… son statut.

En effet, en 1830, alors que la Grèce proclamait son indépendance, le trône de ce nouvel État fut proposé à Léopold de Saxe-Cobourg-Gotha. Léopold, qui accepta le trône, planifia immédiatement son règne. Alors qu’il réfléchissait à la construction politique de la Grèce, il pensait également à la Reine qu’il pourrait offrir aux Grecs. Il pensa donc aux sœurs Louise et Marie d’Orléans, deux filles du tout nouveau roi élu en France, Louis-Philippe 1e. À cette époque, la très catholique reine Marie-Amélie, épouse du roi des Français, ne voyait pas d’un bon œil la demande de ce prince protestant, très certainement appelé à devenir orthodoxe une fois installé sur le trône grec. Elle refusa la proposition de Léopold. Léopold, lui, fit faux bond aux grandes puissances en refusant le trône grec, se méfiant de l’instabilité géopolitique de la région.

En 1831, Léopold est une nouvelle fois appelé à régner sur un nouveau pays. Il est élu par le Congrès national pour devenir le premier roi des Belges. Une proposition qu’il accepte très rapidement. Revient alors sa préoccupation de fonder une dynastie et il repense à Louise d’Orléans. Cette fois-ci, la reine Marie-Amélie changera d’opinion sur le prétendant… Léopold étant Roi, cette fois-ci !

Le roi Louis-Philippe et la reine Marie-Amélie entourés de leurs enfants, dont la princesse Louise-Marie (habillée en noir et assise) (Image : Domaine public)

Un mariage de raison à l’origine d’une nouvelle dynastie

Léopold cherche à confirmer sa légitimité dynastique en Belgique. Né dans le petit duché de Saxe-Cobourg-Saalfeld, un mariage avec la famille d’Orléans permettrait d’apporter du sang royal à sa descendance. Louise-Marie d’Orléans est par sa mère, Marie-Amélie, descendante de Louis XIV. Son père, le roi Louis-Philippe 1e, est quant à lui issu de la maison d’Orléans, une branche cadette des Bourbon. Les Orléans descendent de Philippe de France, fils cadet de Louis XIII et frère de Louis XIV.

D’un point de vue politique, cette alliance entre la Belgique et la France permettrait bien évidemment de resserrer les liens entre les pays voisins. De plus, Léopold se sentait redevable envers Louis-Philippe après son aide militaire lors de la Campagne des Dix-Jours, lorsque Guillaume 1e des Pays-Bas tenta en vain de récupérer la Belgique, quelques jours seulement après la prestation de serment de Léopold.

Rappelons que Louis-Philippe 1e, craignant les reproches éventuels des autres puissances, avait lui-même préféré refuser prudemment la proposition de mettre sur le trône belge son fils, le duc de Nemours, alors que le Congrès national l’avait pourtant élu, après la révolution belge. Que Léopold, qui lui avait accepté le trône quelques mois plus tard, lui demande à présent la main de sa fille, pouvait être perçu comme un lot de consolation pour le roi des Français, qui ne verrait donc pas son fils devenir roi des Belges, mais sa fille, devenir reine des Belges.

Léopold était déterminé à faire ce qu’il y avait de mieux pour la jeune Belgique. Il quitte Caroline Bauer, une actrice allemande qui ressemblait à Charlotte et qui partageait sa vie depuis la mort de sa bien-aimée. Convaincu qu’une union avec la famille d’Orléans établirait sa dynastie, il mit de la bonne volonté à entreprendre une relation avec la fille du roi des Français. Il écrira qu’il n’avait aucun autre désir que celui « de la voir heureuse ». La jeune Louise n’eut pas beaucoup le choix. L’air austère et l’âge de Léopold n’auraient pas fait de lui son premier choix. Elle connaissait Léopold, pour l’avoir rencontré à plusieurs reprises alors qu’elle n’était encore qu’une enfant, lorsqu’elle vécut en Angleterre pendant l’exil de sa famille. Louise était, de surcroit, jusqu’alors promise au duc de Calabre, fils héritier du roi de Naples. C’est en tout cas ce que souhaitait la reine Marie-Amélie, elle-même née dans la maison de Bourbon-Siciles.

Les projets de mariage entre Louise et le duc de Calabre finirent par tomber à l’eau. Louis-Philippe était déjà mal perçu auprès des cours royales étrangères et il finit par craindre que ses descendants ne contractent pas de mariages intéressants. La sœur de Louis-Philippe ainsi que Ferdinand, le frère de Louise, jouèrent également un rôle important pour que la proposition de Léopold soit sérieusement considérée. C’est ainsi que Louis-Philippe et Marie-Admélie acceptèrent. Le mariage arrangé inspirera Alfred de Musset, un ami de la famille d’Orléans, pour l’écriture de Fantasio.

Louise-Marie d’Orléans, deviendra la reine Louise de Belgique, première reine des Belges à son mariage avec Léopold 1e (Image : Martine Castagne/Histoires Royales)

L’amitié amoureuse de Léopold 1e et Louise d’Orléans

Léopold et Louise se marièrent le 9 août 1832 au château de Compiègne. C’est l’archevêque de Cambrai qui dirigea la cérémonie intimiste. Une cathédrale et Paris furent interdits aux jeunes mariés, dont l’un était luthérien, l’autre catholique. Après le mariage, Louise dut quitter à contrecœur sa famille et sa patrie. Elle restera attachée toute sa vie à sa famille, entretenant une riche relation épistolaire avec les siens.

C’est au château de Compiègne que Léopold 1e épousa la princesse Louise-Marie d’Orléans en 1832 (Image : domaine public)

À travers ses écrits, on peut suivre la vie de la nouvelle et première reine des Belges. Bien que le mariage fut arrangé, Léopold, 21 ans plus âgé qu’elle, mit à profit toute sa maturité pour gérer au mieux sa relation. Il se montra extrêmement romantique, et une amitié amoureuse s’installa entre eux. Elle partage avec lui ses délicates passions pour la musique, la lecture et l’aquarelle, des qualités que Léopold apprécie et lui reconnait.

Un premier enfant, Louis-Philippe, naitra le 24 juillet 1833. Une maladie emportera l’enfant, surnommé Babochon par sa mère, à seulement 9 mois. Léopold est à nouveau dévasté, lui rappelant les douloureux souvenirs de sa première épouse morte après avoir accouché de leur enfant mort-né. Un nouvel héritier naitra en 1835, Léopold. Suivront encore Philippe et Charlotte, les années suivantes.

Le roi Léopold 1e et la reine Louise de Belgique avec leurs trois enfants : Léopold, Charlotte et Philippe. Ils seront connus plus tard comme Léopold II, l’impératrice Charlotte du Mexique et le prince Philippe, comte de Flandre (Image : Domaine public)

La timidité de la reine Louise fera d’elle une souveraine plutôt discrète. Dans un second temps, alors qu’elle commencera à trouver sa place parmi les Belges, elle sera appelée la Bien-Aimée, notamment pour son intérêt pour les causes sociales et son soutien aux plus démunis. Gardant toujours sa famille française dans son cœur, souffrant déjà d’une santé précaire, elle mourra à 38 ans, en octobre 1850, quelques semaines après la mort de son père, dont le chagrin de sa perte était en partie responsable de sa mauvaise santé.

Dans ce mariage arrangé, la reine Louise mit tout en œuvre pour qu’il soit réussi, y compris en faisant des compromis lorsque son époux sera épris d’Arcadie Claret. Le roi Léopold 1e et la reine Louise de Belgique, dont leur fils fut le second roi des Belges et leur fille fut impératrice du Mexique, sont les ancêtres de la famille royale belge actuelle. Par des mariages de leurs descendants, ils sont également les ancêtres de la famille grand-ducale luxembourgeoise, de la famille royale italienne, et des membres de la famille impériale française. Certains de leurs descendants sont également membres de la famille princière de Liechtenstein et de la famille impériale autrichienne.

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Nicolas Fontaine

Rédacteur en chef

Nicolas Fontaine est rédacteur web indépendant depuis 2014. Après avoir été copywriter et auteur pour de nombreuses marques et médias belges et français, il s'est spécialisé dans l'actualité des royautés. Nicolas est aujourd'hui rédacteur en chef d'Histoires royales. nicolas@histoiresroyales.fr