La famille royale de Prusse reçoit le prix négatif des journalistes allemands

La guerre continue entre la presse allemande et son ancienne famille royale. Les Hohenzollern se sont vu décerner le prix de «l’huitre fermée» de la part de l’association de journalistes Netzwerk Recherche. Depuis quelques temps, les médias allemands reçoivent des mises en demeure de la part de Georg Friedrich de Prusse lorsque le nom de sa famille est associé au régime nazi. Pour sa communication cadenassée et ses menaces d’actions en justice contre la presse, l’ancienne famille royale a reçu un prix négatif.

Lire aussi : Georg Friedrich de Prusse et son épouse à la présentation du livre «Le prince héritier et les nazis»

La presse allemande s’autocensure lorsqu’elle parle des Hohenzollern

Les journalistes allemands ont de plus en plus de difficulté à parler librement de la famille Hohenzollern, et en particulier lorsqu’ils évoquent la potentielle proximité de l’ancienne famille royale et du régime nazi. Plusieurs grands journaux allemands ont reçu des demandes de correction ou de suppression d’articles de la part des avocats du prince Georg Friedrich de Prusse, actuel prétendant aux trônes de Prusse et d’Allemagne.

Cette semaine encore, Der Spiegel prenait des pincettes lorsqu’il évoquait le sujet. «De nombreux observateurs pensent que Georg Friedrich Prince de Prusse, porte-parole des Hohenzollern, veut entraver les critiques de l’histoire familiale. L’entrepreneur de 45 ans le nie.» Der Spiegel parle «de nombreux observateurs», une formule prudente qui permet d’éviter d’assumer ses propos. Le site spécialiste des médias MDR, écrit que «le service juridique [de Der Spiegel] a examiné le paragraphe avant sa publication» pour éviter des poursuites.

En 2020, la journaliste Anne Haeming a été la première à révéler ce qu’il se passait en coulisse et qu’aucun autre journaliste n’avait osé rendre public. «Peu de gens veulent en parler publiquement», explique-t-elle dans un article publié par Übermedien. «De nombreux journalistes et universitaires ont reçu des courriers juridiques de la Maison Hohenzollern au cours des douze derniers mois». La journaliste explique que les demandes de correction ou de suppression de certains passages concernent des petites inexactitudes dans des articles mentionnant la guerre que fait la famille Hohenzollern à l’État pour tenter de récupérer certains biens. L’arrière-arrière-petit-fils du dernier empereur allemand a lui-même indiqué en février 2020 à Welt avoir compté 120 cas de discorde. La plupart des cas se règlent au tribunal.

Le prince Georg Friedrich de Prusse a reçu le prix négatif d’une association de journalistes pour son contrôle de la presse (Photo : Jens Kalaene/Zentralbild/DPA/ABACAPRESS.COM)

Lire aussi : Le passé nazi des Hohenzollern est un « terrible malentendu » pour Georg Friedrich de Prusse

Le prince Georg Friedrich de Prusse n’a pas accepté son prix

L’association de journalistes Netzwerk Recherche a décidé de décerner le prix négatif Die Verschlossene Auster (L’Huitre fermée, en français) à la famille Hohenzollern, justifiant son choix dans son communiqué : «Le porte-parole de la famille Hohenzollern, Georg Friedrich Prinz von Preußen, essaie de restreindre les reportages qui tournent autour de la question historiquement importante de savoir si ses ancêtres ont contribué de manière significative au national-socialisme et s’il avait eu raison ou tort de demander une indemnisation par le biais des tribunaux pour les biens immobiliers et les œuvres d’art confisqués».

Le prince Georg Friedrich a été invité à recevoir son prix lors d’une cérémonie en ligne. Il a refusé l’invitation et a répondu par un communiqué : «La justification de votre décision devrait ajouter que les actions du prince Georg Friedrich de Prusse ne sont à aucun moment contre le reportage en tant que tel».

C’est Sophie Schönberger, professeure de droit de l’art et de la culture à l’Université de Düsseldorf qui a été chargée de prononcer le discours d’éloge du lauréat. Elle a déclaré que le prince Georg Friedrich de Prusse avait instauré un climat «dans lequel la liberté d’expression est soumise à des auto-restrictions». Son cas montre que la loi peut «être instrumentalisée pour étouffer un débat public».

Nicolas Fontaine

Rédacteur en chef

Nicolas Fontaine est rédacteur web indépendant depuis 2014. Après avoir été copywriter et auteur pour de nombreuses marques et médias belges et français, il s'est spécialisé dans l'actualité des royautés. Nicolas est aujourd'hui rédacteur en chef d'Histoires royales. nicolas@histoiresroyales.fr