Juan Carlos se confie sur sa vie à Abu Dhabi, la préparation de ses funérailles et ce qui lui manque le plus en Espagne

Biographe et amie de Juan Carlos, Laurence Debray sort ce 6 octobre 2021 un livre, Mon Roi déchu. L’auteure est allée à la rencontre du roi Juan Carlos et ne lui a épargné aucun sujet, sachant qu’elle recueillait peut-être là les dernières confidences d’un souverain qui a fait son temps. De son enfance à sa retraite, en passant par ses années de règne, Juan Carlos parle pour la première fois depuis qu’il a choisi l’exil aux Émirats arabes unis.

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Laurence Debray part à la rencontre de Juan Carlos en exil à Abu Dhabi

«Sa vie est un roman ; Juan Carlos est devenu « mon » roman. Il faut bien y mettre un point final. Puisqu’il a décidé de s’effacer avant de mourir, je dois moi aussi conclure. Voilà son histoire telle que je l’ai perçue», écrit Laurence Debray dans le prologue de son nouveau livre, Mon Roi déchu. Le livre est paru ce 6 octobre chez Stock, et sortira en espagnol seulement en avril 2022.

Mon Roi déchu, Laurence Debray, Stock en version papier ou numérique (Photo : capture d’écran Amazon)

Laurence Debray, auteure franco-vénézuelienne, fille d’Elizabeth Burgos et de Régis Debray, a été la biographe de Juan Carlos et lui avait consacré un premier livre, Vive le roi !, en 2013. Depuis un an, le roi émérite coule des jours bien différents sous le soleil des Émirats arabes unis, ayant préféré quitter l’Espagne, acculé par différentes affaires. Il a accepté de se confier et de parler pour la première fois à l’auteure qu’il connait bien. «Voilà son histoire telle que je l’ai perçue», peut-on lire en conclusion du prologue de ce livre de 249 pages, qui permet de percevoir la sensibilité du souverain et surtout le ressenti personnel de l’auteure à propos de son interlocuteur.

En pleine période maussade du covid, et avec plein de préjugés en tête sur les Émirats arabes unis, Laurence Debray a fait le voyage jusqu’à Abu Dhabi, où le roi Juan Carlos a trouvé refuge dans un complexe résidentiel de luxe, sur une petite île qui fait face à la capitale. «Je pensais le retrouver dans un palais émirati un peu kitsch, une mini-Zarzuela au milieu des sables. Un palais, probablement plus moderne et luxueux que la version madrilène», écrit l’auteure. Mais c’est tout le contraire, «mon héros a choisi un lieu discret, éloigné, et je suis désarçonnée».

Laurence Debray consacre un livre à Juan Carlos, suite à une série d’entretiens qu’elle a pu avoir avec l’ancien souverain depuis son exil à Abu Dhabi (Photo : Toni Albir/EFE/ABACAPRESS.COM)

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L’Espagne reste la préoccupation première de Juan Carlos

C’est alors qu’elle retrouve Juan Carlos. «Le roi est de dos, attablé. Il est penché sur une tablette. Il préside une longue table jonchée de papiers, journaux, dossiers. Il se retourne. C’est bien lui. Il ouvre les bras. Je m’approche, masquée. Je pensais lui faire une révérence de loin, précautions sanitaires obligent. Il me dit d’enlever le masque et de venir l’embrasser. Avec lui, il faut vivre comme avant. Il a toujours aimé le risque.»

(Photo : Nebinger-Orban/ABACAPRESS.COM)

«Je m’amuse de le voir aussi à l’aise avec sa tablette, WhatsApp, Zoom… Un roi de quatre-vingt-trois ans décidément à la page. Sa capacité d’adaptation à toutes les situations, depuis l’enfance, est saisissante». C’est notamment grâce à Zoom qu’il peut encore suivre la messe en direct depuis la Zarzuela. Le roi «n’est pas habillé en roi. Même pas en chemise». C’est en polo blanc trop large, qui pourrait le faire prendre pour un touriste, que Juan Carlos a accueilli son amie, avec laquelle il aime échanger en français, sa langue maternelle. Juan Carlos a appris l’espagnol à 10 ans.

Juan Carlos est de ceux, qui comme toute royauté d’une certaine époque, ont appris à ne jamais se plaindre. «L’amertume ne transperce jamais ses propos. Il ne se plaint de rien, il constate, résigné.» Pourtant, il constate avec amertume que tout le monde lui a tourné le dos. «Il joue cartes sur table : il parle ouvertement de la situation délicate dans laquelle il se trouve. Et avec une certaine pudeur, des amis qui lui ont tourné le dos. Même ceux qui lui doivent richesse et célébrité.»

Quant à sa préoccupation principale, cela reste l’Espagne et l’avenir de la Couronne. «Son éloignement ne l’empêche pas d’être informé de tout, partout. L’Espagne reste évidemment au cœur de ses préoccupations. L’avenir de la monarchie, le premier de ses soucis.»

Après cette rencontre qui l’a bouleversée, encore toute retournée d’avoir vu ce grand homme élégant tout recroquevillé, Laurence Debray reprend ses entretiens quelques jours plus tard par téléphone. Son appel a lieu au mois d’avril, quelques jours après l’enterrement du prince Philip, duc d’Édimbourg. «C’était superbe, vraiment très émouvant et élégant», commente le roi. Nostalgique, il continue : «L’enterrement de mon père était très beau. Maintenant, je dois penser au mien». L’auteure s’interroge : «L’Espagne lui organisera-t-elle des funérailles à sa mesure ? Qui viendra ? »

Nicolas Fontaine

Rédacteur en chef

Nicolas Fontaine est rédacteur web indépendant depuis 2014. Après avoir été copywriter et auteur pour de nombreuses marques et médias belges et français, il s'est spécialisé dans l'actualité des royautés. Nicolas est aujourd'hui rédacteur en chef d'Histoires royales. nicolas@histoiresroyales.fr