Princes et Ducs du Salon bleu : quand la noblesse belge avait son salon au Palais Royal

Un salon leur était réservé au Palais Royal de Bruxelles. Ils arrivent en 34e position de l’ordre de préséance officiel de l’État, dans la version internationale de ce protocole. Qui sont les princes et ducs du Salon bleu ? Ces chefs d’une poignée de familles nobiliaires de Belgique occupent une place importante dans l’ordre de préséance établi selon d’anciennes traditions diplomatiques.

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Les princes et ducs du Salon bleu dans l’ordre de préséance

Régulièrement, l’ordre de préséance, aussi appelé ordre protocolaire, est révisé par un groupe de travail et est fait respecter par le chef du protocole, qui est dépendant du ministère de l’Intérieur (SPF Intérieur). L’ordre de préséance détermine l’ordre protocolaire accordé aux représentants des autorités belges après le Roi. Le protocole est utilisé lors de cérémonies officielles, que ce soit au Palais Royal ou lors de manifestations publiques en Belgique ou à l’étranger. Il existe deux versions de ce protocole. Une version ne liste que les représentants belges et une autre version intercale également des invités étrangers dans le cas d’un événement international.

Les chefs de quelques grandes familles de la noblesse belge avaient leur propre salon au Palais Royal de Bruxelles (Photo : Histoires Royales)

Le 1e dans l’ordre de préséance est bien entendu le souverain, suivi de son époux(se), des anciens souverains, de l’héritier(e), puis des autres membres de la famille royale selon l’ordre de succession au trône. Une fois tous les membres de la famille installés, les premiers à figurer dans l’ordre protocolaire sont les cardinaux, avant même des personnalités comme le président du Parlement européen ou les présidents de la Chambre et du Sénat. Après le Premier ministre, viennent les différents ministres par ordre d’importance du portefeuille, le président de la Commission européenne ou le secrétaire général de l’OTAN. On retrouve en 34e position du protocole international, les princes et ducs du Salon bleu.

Juste après le président du Conseil supérieur de la Justice et juste avant les différents chefs des départements de la Cour royale, les dames d’honneur et le président de la Banque européenne d’investissement, on retrouve les «Princes et Ducs du Salon bleu». Ils sont 34e dans l’ordre protocolaire lors de cérémonies internationales et 19e lorsque sont présents uniquement des représentants belges.

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Qui étaient les privilégiés du Salon bleu ?

L’appellation «Princes et Ducs du Salon bleu» désigne la haute noblesse de Belgique. Il existe plusieurs familles princières et ducales dans le pays. Les représentants des plus grandes familles de la noblesse étaient invités à rejoindre le Salon bleu lors de grandes réceptions. Le Salon bleu est une pièce du Palais Royal dont les murs étaient peints en bleu pâle. Le bleu fait bien entendu référence au sang bleu de la noblesse.

Photo de l’ancien salon peint en bleu tel que l’ont connu les princes et ducs du Salon bleu (Photo : domaine public)

Cette pièce a tout d’abord servi d’antichambre pour les audiences du roi Guillaume 1e des Pays-Bas, avant l’indépendance de la Belgique. Ce salon est devenu la salle à manger des dignitaires de la Cour ou maréchaux, avant de devenir le salon réservé aux rencontres entre les souverains et les membres de la noblesse belge.

Seul le chef de chacune des huit familles les plus importantes du pays est invité au Salon bleu et a droit à cet honneur au protocole. Il s’agit du prince d’Arenberg, du duc de Croÿ-Solre, du prince de Ligne, du prince de Merode, du prince de Lobkowicz, du prince de Looz-Corswarem et de Corswarem-Looze, du prince de Chimay et de Caraman et du duc d’Ursel. Notons que certains princes et duc jouissent du prédicat d’Altesse sérénissime ou de celui d’Altesse (le prédicat d’Altesse est supérieur à celui-d’Altesse Sérénissime).

Les autres membres de ces familles ont un privilège nettement inférieur selon le protocole. Ils apparaissent en 68e position du classement protocolaire, derrière les présidents et directeurs des Académies royales et Secrétaires perpétuels et devant le président du Tribunal de première instance dans sa juridiction.

Le Salon bleu devient le Salon aux pilastres

Les princes et ducs ont été invités au Salon bleu jusqu’au règne du roi Baudouin. Le salon était alors décoré pour mettre en avant les membres de la famille royale mais aussi quelques personnalités royales étrangères. Une table était richement dressée au milieu de la pièce pour que les chefs des nobles familles puissent manger ensemble dans un prestigieux service.

Sous le règne d’Albert II, qui a succédé à son frère en 1993, le Salon bleu était déjà inutilisé depuis longtemps et son épouse, la reine Paola, qui est à l’origine de nombreuses transformations de décoration du Palais Royal, a fait refaire le salon. La décoration fut à la charge d’Axel Vervoordt, un ami décorateur anversois des souverains. Pour les couleurs, le décorateur a totalement oublié le bleu et a choisi de retrouver les couleurs ocres de la pièce d’origine.

Depuis lors, le Salon bleu a été rebaptisé Salon aux pilastres. Le nouveau salon a été inauguré en 2010 dans le cadre du Sommet Europe-Asie. Le salon servait alors à accueillir les délégation étrangère. La pièce fait aujourd’hui partie des salles du Palais Royal qui sont accessibles chaque année au public, lors des portes ouvertes du palais en été. On peut y constater la sobriété de la pièce.

Le Salon bleu tel qu’il est décoré aujourd’hui (Photo : Histoires Royales)
Le Salon bleu est connu aujourd’hui comme le Salon aux pilastres (Photo : Histoires Royales)

Contre les murs, sont disposés quatre des fauteuils Empire, qui se trouvaient au château de Laeken jusqu’en 1815 et qui était utilisé par l’empereur Napoléon 1e et l’impératrice Joséphine, qui séjournaient au château lors de leur venue en Belgique, et qui sert aujourd’hui de résidence aux souverains.

Au centre du salon, on remarque surtout le grand tableau représentant Léopold 1e, une toile que l’on doit à Franz-Xaver Winterhalter, peinte en 1846, du vivant du premier roi des belges. Dans un coin de la pièce on trouve une harpe et un pupitre qui ont appartenu à l’épouse de Léopold 1e, la reine Louise. Au milieu de la pièce se trouve une petite table sur laquelle est posée un objet de décoration.

Le salon est décoré avec une harpe et un pupitre (Photo : Histoires Royales)

L’ordre de préséance, qui existe dans tous les pays du monde, y compris les républiques, sert à classer les invités aux cérémonies officielles selon un ordre arbitraire, censé refléter l’importance que l’on accorde au statut de chacun. Plusieurs fois, la presse et même les autorités du pays ont remis en question cet ordre.

En 1997, le sénateur Boutmans interpellait officiellement le ministre de l’Intérieur de l’époque, à propos de cet ordre protocolaire. Le sénateur s’interrogeait par rapport à la place importante qu’accordait ce protocole aux cardinaux, qui sont considérés comme les premiers citoyens belges juste après la famille royale. «Une instance ecclésiastique ne devrait-elle pas juger préférable de se tenir à l’écart des honneurs civils, voire militaires ? Notre régime n’aurait-il pas intérêt à traiter sur un pied d’égalité les diverses conceptions philosophiques ?», se demandait le sénateur dans la question n°221 publiée au Bulletin.

Il s’interrogeait aussi sur la nécessité d’accorder un tel privilège aux prince et duc du Salon bleu, sans parler du fait qu’il ne comprenait pas exactement qui se cachait sous cette mention. «Qu’est-ce que ce Salon bleu ? Et pourquoi les « chefs de famille » sont-ils placés si haut ? Le chef de famille doit-il être nécessairement un homme ou peut-il être aussi une femme ?», demandait le sénateur.

Le ministre de l’Intérieur a voulu rassurer le sénateur. Concernant le premier point,«les représentants d’autres religions, y compris islamique et orthodoxe, sont invités à des cérémonies officielles comme le Te Deum et mis sur le même rang.» Quant à la deuxième question, il a précisé que «les Princes et Ducs du Salon bleu sont des membres de la noblesse de Sang royal. Les chefs de famille sont désignés nommément et sont chef de la « famille » au sens large.»

Les chefs actuels de ces prestigieuses familles, qui aurait pu être fois être invités au Salon bleu, sont toujours très attachés à la Belgique et à défendre l’histoire de leur famille. Néanmoins, plusieurs familles ont quitté le pays. Il y a les princes de Chimay, qui continuent à sauvegarder leur château, ainsi que les princes de Ligne. Puis il y a des princes étrangers, comme les Lobkowicz, qui se sont installés en Belgique et qui y jouent un rôle politique important. Le prince Stéphane de Lobkowicz fut député bruxellois et impliqué politiquement dans la commune d’Uccle. Il est veuf de Barbara d’Ursel de Lobcowicz, qui fut également députée bruxelloise.

D’autres familles ont quitté la Belgique, comme la famille d’Arenberg, qui s’est installé en Suisse. L’actuel chef de famille, Léopold est lié à de nombreuses familles royales, comme celle de Bavière et de Luxembourg, par sa mère. Cette dernière, la duchesse douairière d’Arenberg fut aussi la marraine du prince Laurent de Belgique.

Nicolas Fontaine

Rédacteur en chef

Nicolas Fontaine est rédacteur web indépendant depuis 2014. Après avoir été copywriter et auteur pour de nombreuses marques et médias belges et français, il s'est spécialisé dans l'actualité des royautés. Nicolas est aujourd'hui rédacteur en chef d'Histoires royales. nicolas@histoiresroyales.fr