La reine Mathilde en visite dans le pays de ses ancêtres : descendante du grand-duc Ghédimin de Lituanie, fondateur de Vilnius

Le roi Philippe et la reine Mathilde de Belgique effectuent une visite d’État de trois jours en Lituanie. La Belgique entretient des relations diplomatiques avec la Lituanie depuis 100 ans mais la famille royale belge s’est unie à l’histoire de la Lituanie en décembre 1999, au mariage de Philippe et Mathilde. La reine est issue de la noblesse polono-lituanienne, dont plusieurs ancêtres ont été souverains ou ont eu du pouvoir sur de vastes territoires allant de la Pologne à l’Ukraine.

La reine Mathilde visite Vilnius : une ville fondée par son ancêtre

Le 4 décembre 1999, le prince Philippe, duc de Brabant, fils du roi Albert II et héritier du trône belge, a épousé Mathilde d’Udekem d’Acoz. Issue de la petite noblesse belge, la famille d’Udekem d’Acoz a été élevée au rang de comte au mariage de Mathilde avec Philippe. C’est par son ascendance maternelle que Mathilde, devenue reine des Belges lorsque Philippe a succédé à son père en 2013, compte ses plus prestigieux ancêtres.

Le roi Philippe et la reine Mathilde devant la cathédrale de Vilnius, à côté du palais des Grands-Ducs lors de leur visite d’État de 2022 en Lituanie (Photo : Abacapress)

Le roi Philippe et la reine Mathilde sont actuellement en visite d’État de trois jours en Lituanie. Au deuxième jour de la visite, les souverains belges ont consacré leur après-midi à des visites culturelles et historiques dans les anciens quartiers de Vilnius. La ville de Vilnius est mentionnée pour la première fois en 1323, durant le règne du grand-duc Ghédimin. La légende raconte que Ghédimin aurait fondé la ville après avoir été témoin, au cours d’une partie de chasse, d’un loup protégé d’une armure de fer dont les flèches ne purent l’atteindre. Il fit ériger une forteresse à cet endroit.

Les premières générations d’ancêtres maternels de la reine Mathilde de Belgique (Image : Histoires Royales)

Ghédimin est un ancêtre de la reine Mathilde. L’arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-grand-mère de la reine Mathilde était la princesse Teresa Czartoryska. La famille Czartoryski, d’origine ruthène, a pris ce nom au 14e siècle, en référence au nom du fief (Chortoryisk en ukrainien et Czartorysk en polonais) que possédait le prince Konstanty, petit-fils du grand-duc Ghédimin de Lituanie. Chortoryisk est situé au nord-ouest de l’Ukraine, le long du Styr, dans le raïon de Manevytchi.

Les ancêtres de la reine Mathilde jusqu’au grand-duc Ghédimin de Lituanie (Image : Histoires Royales)

Ghédimin, né vers la fin du 13e siècle, est monté sur le trône du grand-duché de Lituanie à la mort de son frère, le grand-duc Vytenis, en 1316. Il est très certainement l’un des personnages les plus importants de la construction de la Lituanie. Il annexe plusieurs territoires en cumulant les victoires contre les chevaliers Teutoniques. Il fonde aussi la ville de Vilnius dont il fait sa capitale en 1323, et il est à l’origine du catholicisme dans le pays. À sa mort en 1341, le grand-duché de Lituanie s’étend sur la Biélorussie actuelle et même sur une partie du nord de l’Ukraine.

Ghédimin était le fils du grand-duc Pukuveras (ou Butvydas), lui-même frère du grand-duc Butigeidis. Ce dernier est le membre de la famille le plus ancien incontesté, dont le règne a débuté en 1285. Les origines de Pukuveras et son frère Butigeidis sont inconnues et disputées à cause du manque d’écrits historiques. Ghédimin, qui a donné son nom à la dynastie des Gédiminides, est l’un des personnages les plus importants de la région, ce qui lui vaut aussi d’être l’ancêtre légendaire de plusieurs grandes familles. La famille Sapieha, par exemple, dit être descendante d’un petit-fils de Ghédimin. Semen Sapieha, fondateur de la dynastie Sapieha, était secrétaire de Casimir IV Jagellon, lui-même fils de Ladislas II Jagellon, fils d’Olgierd, fils de Ghédimin. Semen Sapieha aurait donc été au service de son cousin.

La reine Mathilde, le roi Philippe et le couple présidentiel lituanien devant la tombe de Léon Sapieha, un ancêtre de la reine Mathilde (Photo : Abacapress)

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Les grands-parents maternels de la reine Mathilde sont des Komoroski et Sapieha, deux familles d’origines lituaniennes

Anna Maria Komorowska (ou Anne Komorowska), la mère de la reine Mathilde, est née à Białogard, une ville de Poméranie occidentale, dans le nord-ouest de la Pologne. Du côté paternel, Anna Maria est issue de la famille comtale Komorowski et du côté maternel, de la famille princière Sapieha.

Les Komorowski sont issus de la noblesse terrienne de Lituanie, originaire de la région de Haute Lituanie, au nord-est du pays. La famille est connue, à l’époque contemporaine, grâce à Bronisław Komorowski, qui fut président de la république de Pologne de 2010 à 2015. Il est un lointain cousin de la reine Mathilde.

La reine Mathilde descend des deux branches principales de la famille Sapieha. L’histoire de la famille remonte au 15e siècle, avec Semen Sapieha. Ses deux fils, Bohdan Semenowicz Sapieha et Iwan Semenowicz Sapieha sont à l’origine de deux lignées : Sapieha-Różański pour le premier et Sapieha-Kodeński pour le second. La reine Mathilde descend d’Iwan par sa grand-mère, la princesse Sofia, qui est une descendante directe en ligne masculine de Semen Sapieha, fondateur de la Maison.

L’arbre généalogique des branches Sapieha dans les ancêtres de la reine Mathilde de Belgique (Image : Histoires Royales)

En 1572, la branche Kodenski obtient le titre princier, qui sera reconnu plus tard en Autriche-Hongrie. La famille Sapieha est l’une des familles les plus connues de la noblesse polonaise. C’est en 1700 que Michał Franciszek Sapieha, grand écuyer de Lituanie, a obtenu le titre de prince, qui s’est toutefois éteint après lui. En 1768, la Diète polonaise octroie le titre de prince et princesse à tous les membres de la famille.

Władysław Jozafat Sapieha (1652-1733), un ancêtre de la reine Mathilde, fut staroste, voïvode et maréchal du Tribunal du grand-duché de Lituanie (Photo : Wikimedia Commons)

L’histoire de Semen Sapieha ou Sopiha est très peu connue. Il fut grand greffier de Lituanie, en tant que secrétaire du roi Casimir IV Jagellon, au milieu du 15e siècle. Si son histoire est peu connue, son origine l’est encore moins. On le dit fils de Sungaila, lui-même petit-fils du grand-duc Ghédimin de Lituanie.

Les membres de la famille Sapieha ont assuré des positions politiques, militaires et religieuses très importantes dans la république des Deux Nations, union du royaume de Pologne et du grand-duché de Lituanie. La famille Sapieha compte 41 voïvodes, 14 castellans, 2 hetmans, 4 grands hetmans, 2 vice-chanceliers, 3 grands chanceliers, 3 évêques et un archevêque.

La plupart des ancêtres de la famille Sapieha de la reine Mathilde furent députés de la Diète de la république des Deux Nations. Ils occupèrent des positions importantes au sein de la cour grand-ducale de Lituanie. Parmi eux, on retrouve un Grand Panetier de la cour de Lituanie, un Grand Maître d’hôtel de la cour de Lituanie ou un Grand Intendant de la cour de Lituanie. Ces fonctions correspondent à celles de chef de table, chef de la cour ou chef des chambrées du roi. Le plus proche ancêtre ayant une fonction au sein d’une cour était le prince Aleksander Antoni Sapieha, qui fut chambellan de Napoléon.

Dans le secteur judiciaire, la reine Mathilde a pour ancêtres, un Grand Greffier de Lituanie. Dans le secteur militaire, on retrouve un maréchal-hospodar. Dans l’administration, la plupart des ancêtres de la famille Sapieha étaient starostes et voïvodes. Les starostes étaient les propriétaires d’un fief qu’ils administraient. Les voïvodes sont les préfets d’une voïvodie, une province de Pologne et de Lituanie.

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Nicolas Fontaine

Rédacteur en chef

Nicolas Fontaine est rédacteur web indépendant depuis 2014. Après avoir été copywriter et auteur pour de nombreuses marques et médias belges et français, il s'est spécialisé dans l'actualité des royautés. Nicolas est aujourd'hui rédacteur en chef d'Histoires royales. nicolas@histoiresroyales.fr