Willem-Alexander et Máxima commémorent les 75 ans de la libération sur la place du Dam vide au cœur d’Amsterdam

Le roi Willem-Alexander, la reine Máxima et le Premier ministre Rutte se sont rendus au Mémorial national de la place du Dam à Amsterdam. Cette année, en raison de l’épidémie de coronavirus, le public n’était pas autorisé et la place était vide. La journée du Souvenir, jour qui cette année commémore les 75 ans de la libération, a été quelque peu modifiée pour respecter les consignes sanitaires en vigueur. Lors de la cérémonie commémorative, le couple royal a déposé une couronne de fleurs sous le monument national et le roi Willem-Alexander a prononcé un discours.

(Image : ANP)

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Discours du 4 mai du roi Willem-Alexander à Amsterdam pour les 75 ans de la libération

« C’est étrange la place du Dam presque vide.
Mais je sais que vous, vous tous, vivez ce Souvenir national tous ensemble avec nous.
Durant ces mois exceptionnels, nous avons tous dû renoncer à une partie de notre liberté.
Notre pays n’a rien connu de tel depuis la guerre.
Mais cette fois-ci nous l’avons fait de notre propre volonté.
Pour la vie et la santé.
Autrefois, cela nous avait été imposé.
Par un occupant avec une idéologie sans pitié qui a tué plusieurs millions de personnes.

(Image : ANP)

Qu’a-t-on pu ressentir au moment de la libération ?
Il y a un témoignage que je n’oublierai jamais.
C’était ici à Amsterdam, dans l’église Westerkerk, il y a presque six ans.
Un petit homme aux yeux clairs – qui se tenait debout fièrement à 93 ans – nous a raconté l’histoire de son séjour à Sobibor en juin 1943.

Son nom était Jules Schelvis.
Il se tenait là, fragile mais debout, dans une église pleine et silencieuse.
Il a parlé du transport de 62 personnes dans un wagon à bestiaux.

ll a parlé de la pluie qui éclaboussait à travers les fissures des murs.
De la faim, de l’épuisement, de la crasse.

“On ressemblait à des clochards”, a-t-il dit. Et vous pouviez entendre dans sa voix à quel point il était peiné.
Il a parlé des montres arrachées aux poignets par les soldats à leur arrivée.
Comment il a perdu sa femme Rachel dans le chaos. Il ne l’a plus jamais revue.

(Image : ANP)

“Quelle personne normale aurait pu penser à ça ? Comment le monde peut-il nous permettre de traiter les honnêtes citoyens des Pays-Bas comme des moins que rien ?” 
Sa question est restée bloquée entre les piliers de l’église. Je n’ai pas de réponse. Toujours pas.

Je me souviens aussi de son récit à propos de ce qui a précédé son séjour.

Après un raid, lui et sa femme et plusieurs centaines d’autres ont été emmenés à la gare de Muiderpoort. J’entends toujours ses mots : “Des centaines de passants ont regardé sans protester les tramways bondés passer sous stricte surveillance”.

Dans cette ville.
Dans ce pays.
Devant les compatriotes.
Cela semblait aller progressivement. Un pas de plus à chaque fois.
Ne plus être autorisé à aller à la piscine.
Interdiction de jouer dans un orchestre.
Ne plus être autorisé à faire du vélo.
Ne plus être autorisé à étudier.
Vous êtes mis à la rue.
Ramassés et emmenés.

Sobibor a commencé dans le Vondelpark. Avec un panneau: ‘Interdit aux Juifs’.
Certes, il y avait beaucoup de gens qui ont résisté. Des hommes et des femmes qui ont agi, qui ont fait preuve de courage civil contre la rafle et ont mis leur propre sécurité en jeu pour les autres.

Je pense également à tous les civils et soldats qui se sont battus pour notre liberté.
Aux jeunes soldats morts au front de Grebbe dans les jours de mai.
Les soldats qui ont servi notre royaume dans les Indes néerlandaises et l’ont acheté à mort.
Les résistants qui ont été exécutés sur le Waalsdorpervlakte ou inhumanisés dans des prisons et des camps de concentration.
Les militaires qui ne sont pas revenus des missions de maintien de la paix ou qui ont été gravement blessés.
De vrais héros prêts à mourir pour notre liberté et nos valeurs.
Mais il y a aussi cette autre réalité.
Des humains, des concitoyens dans le besoin, se sont sentis abandonnés, pas assez entendus, pas assez soutenus, ne serait-ce que par des mots.Également de Londres, par le biais de mon arrière-grand-mère, malgré sa résistance inébranlable.. C’est quelque chose à laquelle je ne me fais pas.

La guerre s’étend sur des générations. Aujourd’hui, 75 ans après notre libération, la guerre est toujours en nous.

Le moins que l’on puisse faire est de ne pas détourner le regard. Ne le pas le justifier. Ne pas effacer. Ne pas mettre de côté.
Ne pas rendre «normal» ce qui n’est pas normal.
Et nourrir et défendre notre État constitutionnel libre et démocratique. Parce que seule elle offre une protection contre l’arbitraire et la folie. 

Jules Schelvis a enduré l’enfer et a réussi à faire quelque chose de la vie en tant que personne libre.
Bien plus que ça.
“J’ai gardé foi en l’humanité”, avait-il déclaré
S’il pouvait le faire, nous aussi. Nous pouvons le faire, nous le faisons ensemble. En toute liberté. »

Source : Het Koninklijk Huis

Nicolas Fontaine
Nicolas Fontaine

Rédacteur en chef

Nicolas Fontaine est rédacteur web indépendant depuis 2014. Après avoir été copywriter et auteur pour de nombreuses marques et médias belges et français, il s'est spécialisé dans l'actualité des royautés. Il est aujourd'hui rédacteur en chef d'Histoires royales. nicolas@histoiresroyales.fr

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