Carl-Christian de Habsbourg se souvient avec tendresse de sa grand-mère Zita et du courage de son grand-père Charles 1e d’Autriche

La chaine d’information continue CNews a choisi de consacrer son dernier numéro de l’émission dominicale En quête d’esprit à Charles et Zita de Habsbourg-Lorraine, derniers souverains austro-hongrois. En plateau, l’archiduc Carl-Christian de Habsbourg-Lorraine, petit-fils du dernier empereur Charles 1e, a accepté de partager ses souvenirs de ses grands-parents et d’apporter son éclairage personnel sur la béatification de l’empereur.

À l’occasion de la sortie du livre Charles et Zita de Habsbourg. Itinéraire spirituel d’un couple d’Elizabeth Montfort, CNews avait réuni sur son plateau des spécialistes de l’Autriche et de la monarchie impériale, dont Jean Sévillia et l’un des petits-enfants de l’empereur Charles et de l’impératrice Zita, l’archiduc Carl-Christian.

L’archiduc Carl-Christian, 66 ans, est l’époux de la princesse Marie-Astrid de Luxembourg, fille du grand-duc Jean de Luxembourg. Père de 5 enfants, qui sont à la fois les neveux du grand-duc Henri de Luxembourg et ceux du roi Albert II de Belgique, a très bien connu sa grand-mère, décédée en 1989 à 96 ans. Il n’a pas connu son grand-père. Carl-Christian et son cousin Lorenz, époux de la princesse Astrid, sont à l’origine de la branche belge de la famille de Habsbourg-Lorraine. Le roi Baudoin les a intégrés à la noblesse belge en 1983.

Lire aussi : Georg de Habsbourg remet ses lettres de créances et devient officiellement ambassadeur à Paris

L’exemplarité de Zita de Bourbon-Parme

Le descendant du dernier empereur a eu des mots très tendres d’abord à propos de sa grand-mère: «On a eu la chance de très bien connaitre notre grand-mère. Nous savions en tant qu’enfants qui elle était. Nous avions compris leur parcours assez exceptionnel. Ma première vision d’elle était surtout en tant que grand-mère, aimante, gentille, comme il y en a tellement heureusement. En plus, avec une mémoire merveilleuse, elle aimait raconter.»

L’archiduc Carl-Christian, troisième enfant de l’archiduc Charles-Louis, lui-même cinquième enfant du couple impérial, se souvient de cette époque où il rencontrait sa grand-mère et qu’il la «bombardait de questions». L’impératrice répondait modestement : «Oh dans les livres vous lirez la grande histoire, moi je peux peut-être vous raconter la petite histoire».

Concernant sa foi et la façon dont elle a inculqué la religion à sa famille, son petit-fils indique qu’elle «éduquait par l’exemple. Il fallait la voir rentrer à la chapelle tous les jours, s’incliner devant le tabernacle et la façon dont elle était pendant la consécration et quand elle se plongeait dans la prière après la communion. Elle était vraiment avec quelqu’un. On ne pouvait pas douter en la présence réelle quand on l’observait. Elle était belle à voir. Elle m’a transmis la foi vivante, incarnée. Elle nous écrivait toujours pour notre fête pas notre anniversaire.»

L’impératrice Zita d’Autriche, née Zita de Bourbon-Parme (Photo : domaine public)

Lire aussi : Charles de Habsbourg partage sa vision sur l’avenir de l’Europe pour ses 60 ans

Pourquoi Charles 1e d’Autriche a-t-il été béatifié ?

En 2004, le pape Jean-Paul II a béatifié l’empereur Charles 1e, décédé en 1922 à 34 ans. L’archiduc Carl-Christian a été interrogé sur les raisons de sa béatification, après avoir expliqué tous les échecs vécus par l’empereur, alors qu’il se démenait pour instaurer la paix.

L’archiduc Carl-Christian a avoué que c’était une question qu’on lui avait déjà posée, notamment en 2004, au Vatican, le jour de la béatification de son grand-père.

«Comment l’Église a-t-elle pu béatifier quelqu’un qui a échoué en tout ? Vous avez raison. D’un point de vue humain, il a essayé de faire la paix. Ça a échoué. Il a essayé de sauver son empire. Il s’est écroulé. Il a essayé de protéger sa famille. Ça a été l’exil et la mort dans la pauvreté. Donc ce n’est pas un tableau très brillant. » Mais l’Église ne regarde pas le nombre de victoire et de succès, «elle regarde le comment et le pourquoi», explique Carl-Christian.

«C’est le seul chef d’État laïc à avoir été béatifié au 20e siècle. Une des raisons c’est que cette foi était une foi incarnée. Après avoir prié il n’attendait pas que les choses se passent, il allait travailler.» Les raisons de sa béatification sont son engagement pour l’Église, notamment son soutien à Benoit XV et sa tentative de pacification en temps de guerre.

L’archiduc Carl-Cristian de Habsbourg-Lorraine, petit-fils des derniers souverains austro-hongrois (Photo : capture d’écran CNews)

«C’était d’abord un soldat. Il n’y a pas eu autant de chef d’État à l’époque qui a passé autant de temps sur le front. Même ma grand-mère l’a rejoint sur un champ de bataille. Elle a été horrifiée de ce qu’elle a vu. Quand ils parlaient de la guerre, ils savaient de quoi ils parlaient», explique l’archiduc, qui rappelle aussi combien son grand-père était doué d’une grande compassion. «Il essayait de voir le bien dans l’autre. Quand son entourage disait : “Il faut sévir, c’est scandaleux”, lui arrivait à dire : “Peut-être qu’il en sortira quelque chose de bon”. C’est une forme de charité.»

Charles 1e d’Autriche, Zita, et leur fils ainé Otto. Photo prise lors du couronne de Charles (en tant que Charles IV) en Hongrie en 1916 (Photo : domaine public)

Pour conclure, l’archiduc Carl-Christian a été interrogé sur l’héritage inculqué par ses grands-parents et les actions qu’il prend pour exemple. «Je pense que l’héritage familial est aussi dans l’engagement politique. Mes grands-parents étaient profondément libres. Ils étaient en telle symbiose avec cette vérité de Dieu qu’ils étaient libres. Sinon, ils n’auraient pas eu la force d’endurer toutes ces attaques. En politique, être libre c’est un luxe, c’est assez rare. Il avait une vision. La guerre ne lui a pas permis de s’accomplir mais c’est quelqu’un qui voyait à long terme. Aujourd’hui, nous souffrons beaucoup du court-termisme de beaucoup de dirigeants malheureusement. Ils étaient tous les deux courageux. C’était des gens qui étaient prêts à perdre tout, littéralement, y compris leur vie pour s’engager en ce qu’ils croient.»

Nicolas Fontaine

Rédacteur en chef

Nicolas Fontaine est rédacteur web indépendant depuis 2014. Après avoir été copywriter et auteur pour de nombreuses marques et médias belges et français, il s'est spécialisé dans l'actualité des royautés. Nicolas est aujourd'hui rédacteur en chef d'Histoires royales. nicolas@histoiresroyales.fr