La cause de la mort du prince émirati Khalid Al-Qasimi est connue : overdose de GHB et de cocaïne lors d’une soirée à Londres

Le 1e juillet dernier, le cheikh Khalid bin Sultan al-Qasimi, fils de l’émir Sultan bin Mohammed al-Qasimi, dirigeant de l’émirat de Charjah, a été retrouvé mort dans son appartement londonien estimé à 10 millions d’euros. Dans un premier temps, les autorités ont préféré rester discrètes quant aux circonstances de la mort du prince de 39 ans. Il vivait à Londres, où il avait réussi à faire sa place dans le monde de la mode. Le contexte dans lequel a été retrouvé le corps du fils de l’émir de Charjah laissait penser à une overdose lors d’une soirée. Cinq mois plus tard, l’enquête est terminée, l’autopsie est révélée et la cause de la mort de Khalid Al-Qasimi est enfin dévoilée : « consommation de stupéfiants ayant entraîné la mort ». La femme de ménage, les enquêteurs, le médecin légiste ont tous témoigné et rendu leur rapport définitif.

Funérailles du cheikh Khalid début juillet 2019, rapatrié aux Emirats arabes unis, quelques heures après sa mort, comme le veut la tradition religieuse

Lire aussi : Mort du fils de l’émir de Sharjah, le cheikh Khalid al-Qasimi

Le rapport d’autopsie a été rendu public et la cause de la mort du cheikh est connue

Hier s’est terminée l’audience à la Westminster Coroner’s Court. Durant cette audience, le déroulé des faits qui se sont produits dans l’appartement du créateur émirati, a enfin été dévoilé.

Selon les témoignages, le cheikh Khalid bin Sultan al-Qasimi aurait passé ces derniers instants en compagnie d’un homme appelé Yohan Escobar. On apprend aussi que c’est sa femme de ménage, Maria Kisaohanyan, qui l’a découvert inanimé, aux petites heures, le lundi matin, alors qu’elle s’apprêtait à venir faire le ménage après la soirée qu’il avait organisée chez lui la veille. L’autopsie a révélé qu’il avait consommé du GHB en grande quantité. Une quantité « récréative » de cocaïne a également été détectée dans son organisme.

Appartement où a été retrouvé le corps du cheikh Khalid ben Sultan Al-Qasimi, situé dans le quartier huppé londonien de Knightsbridge.

Lire aussi : Funérailles du cheikh Khalid al-Qasimi

Détails de l’audience à la Westminster Coroner’s Court

Durant l’audience qui s’est déroulée à la Westminster Coroner’s Court, la juridiction chargée d’enquêter sur les morts nécessitant une enquête médicale, le prince émirati était simplement désigné par son prénom, Khalid.

La dernière fois que le cheikh Khalid a été aperçu, est sur une caméra de surveillance installée devant son domicile, la veille de sa mort. Sa femme de ménage, qui était employée par le cheikh depuis 7 ans, raconte être entrée dans l’appartement le lundi matin, en utilisant la clé qu’elle avait à sa disposition. Elle a trouvé le cheikh Khalid assis par terre, appuyé contre le coin du canapé.

Maria Kisaohanyan a d’abord pensé qu’il était en train de dormir. Mais elle a tout de même touché sa nuque pour s’en assurer et elle a compris que quelque chose n’aillait pas. « Sa bouche était ouverte, ses yeux à moitié ouverts, mais il ne ronflait pas, ce qui était inhabituel puisqu’il ronflait habituellement ». Elle a appelé le concierge du bâtiment par téléphone et s’est mise à crier : « Appelez le 999 ! Il est mort. Il est mort ».

Un homme de la sécurité est arrivé dans la chambre pour aider la femme de ménage et les secours sont arrivés peu de temps après « mais il était trop tard ».

Durant l’audience, la femme de ménage très émue a raconté chaque détail et garde un souvenir tendre de son client, qui l’employait depuis 7 ans, 5 heures par jour, 5 jours par semaine. « Il était plein de vie, au sommet de sa carrière et au sommet du monde, très ouvert et très intelligent ».

De fortes doses de GHB ont été retrouvées dans son sang

Après le témoignage de la femme de ménage, c’est au tour du médecin légiste et du toxicologue de lire leur rapport lors de cette audience. Le docteur Susan Patterson, toxicologue en charge de l’affaire, a indiqué avoir retrouvé plus de 300 mg de GHB dans son sang.

Selon le sergent-détective Adrian De Villiers, en charge de l’enquête de police, la dernière personne à avoir vu le cheikh Khalid Al-Qasimi vivant est un homme qui répond au nom de Yohann Escobar. « Nous avons été capables d’identifier la personne qui est probablement la dernière à l’avoir vu en vie. » Selon la police, Yohann Escobar n’a jamais tenté de cacher sa présence ce soir-là et a pleinement collaboré à l’enquête. Il a avoué avoir vu le cheikh prendre du GHB et de la cocaïne en sa présence, lui aussi ayant pris les mêmes drogues.

Yohann Escobar explique avoir quitté le cheikh Khalid le 30 juin, vers 21 heures, alors qu’il le pensait endormi. Il indique que lorsqu’il l’a quitté, Khalid ronflait. L’endroit où il se serait endormi et où il l’aurait laissé, correspond exactement à l’endroit où la femme de ménage l’a retrouvé quelques heures plus tard, sans vie.

Le médecin légiste Richmond a rajouté que Yohann Escobar aurait indiqué « que la cocaïne et le GHB étaient particulièrement forts. Il n’y a rien qui suggère que quiconque ait agi pour que Khalid prenne cette drogue ».

Le médecin privé du fils de l’émir de Charjah, Sophia Khalique, a donné plus de détails sur la santé de son patient. Khalid était un très grand fumeur mais aussi sportif. Elle était au courant de ses problèmes de ronflements, qui étaient dues à des apnées du sommeil.

L’audience s’est donc terminée en classant définitivement l’affaire et en prononçant la mort par overdose du cheikh Khalid bin Sultan al-Qasimi. Aucun membre de la famille n’était présent à l’audience, la cause de la mort ne pouvant être acceptée moralement par la famille. Il était pourtant très proche de sa sœur jumelle, qui a d’ailleurs repris la direction de sa marque de vêtements Qasimi. C’est le deuxième fils que perd l’émir Sultan bin Mohammed al-Qasimi, son fils aîné ayant succombé il y a 20 ans, à une overdose, dans une de leurs demeures du Sussex.

Embed from Getty Images

Qui était le cheikh Khalid ben Sultan al-Qasimi ?

Le cheikh Khalid ben Sultan al-Qasimi était un créateur de mode. Il possédait la marque de vêtements pour hommes Qasimi, qu’il développait depuis 2008. Le prince Khalid vivait au Royaume-Uni la plupart du temps. Il avait été scolarisé à la Tonbridge School. Puis il a étudié le français et l’espagnol au University College de Londres, avant d’obtenir un diplôme d’architecture. L’ambassadeur du Royaume-Uni aux Émirats arabes unis, Patrick Moody, a envoyé ses « plus sincères condoléances » à l’émir et à sa famille lors de l’annonce de sa mort. Le célèbre photographe de mode Mariano Vivanco a écrit sur Instagram « Tu seras toujours mon ange ». La publication eétait accompagnée d’une photo du prince Khalid.

Quelques heures après l’annonce de sa mort, un proche du cheikh avait parlé au tabloïd The Sun : « Apparemment, il y a eu une soirée durant laquelle des invités ont pris de la drogue et avaient des rapports sexuels. Il semblerait que le cheikh Khalid soit mort subitement en prenant de la drogue. Tout comme pour l’enquête de police, il a été demandé urgemment à tout le personnel de maison de rester discret ».

Elliott Frieze, le partenaire en affaires du cheikh Khalid avait déclaré à la presse : « C’était quelqu’un d’incroyablement travailleur et talentueux. Il était une personne merveilleuse. » 

La vie dans l’émirat de Charjah et la perte d’un deuxième fils pour l’émir

Quelques heures après l’annonce de sa mort, l’émirat de Charjah (parfois orthographié Sharjah) avait publié des messages sur Twitter et sur Instagram pour informer la population que tous les Émirats arabes unis entamaient une période de deuil de trois jours. Le Charjah est considéré comme l’un des émirats les plus conservateurs du pays. La charia est à la base des lois et les riches enfants de l’émir préfèrent profiter de leur liberté en vivant dans l’une des propriétés que la famille possède en Angleterre. La ville de Charjah, capitale de l’émir du même nom, est la deuxième plus grosse ville du pays après Dubaï et devant la capitale Abu Dhabi, qui n’est que troisième. Dans cet émirat, qui est très peu visité par les touristes, qui préfèrent Dubaï et Abu Dhabi, l’alcool est totalement interdit. Les hommes et les femmes non mariés ne peuvent pas être vus en public ensemble. Même les touristes doivent faire attention à leurs tenues vestimentaires pour ne pas être inquiétés par les autorités. En 2014, un touriste britannique en visite dans le pays avait été emprisonné pendant 3 ans, alors qu’on avait retrouvé sur lui une dose infime de cocaïne, qui valait moins de 6 euros.

Ce drame familial est malheureusement le deuxième pour l’émir de Charjah, qui règne sur l’émirat depuis 1972. Son fils aîné, prince héritier, Mohammed ben Sultan al-Qasimi, est également mort d’une overdose d’héroïne à 24 ans, en 1999. Il avait été retrouvé allongé dans la salle de bain d’une des maisons appartenant à la famille, à East Grinstead, dans le Sussex. Lorsque la police l’a trouvé, il était entouré de seringues et il avait une cravate enroulée autour du bras pour lui servir de garrot. À la mort du prince héritier, sept jours de deuil national avaient été déclarés. Le prince Khalid était le plus jeune des fils de l’émir.

Embed from Getty Images

L’émir Sultan ben Mohammed al-Qasimi est né en 1939, à Charjah, dans ce qui était encore l’un des États de la Trêve. Il a pris le pouvoir de l’émirat en 1972, à la mort de son frère, l’émir Khalid ben Mohammed al-Qasimi, qui a été assassiné lors d’une tentative de coup d’État. Le cheikh a lui-même failli perdre son trône lors d’un coup d’État tenté par un autre de ses frères, en 1987. Passionné d’histoire, l’émir porte le titre de « cheikh docteur », étant détenteur de plusieurs diplômes en droit et en histoire, ainsi que de de titres de docteur honoris causa, dans de multiples universités à Paris, Londres, Calcutta, au Canada ou en Égypte.

Avatar
Nicolas Fontaine

Rédacteur en chef - Rédacteur sénior

Nicolas Fontaine est rédacteur web indépendant depuis 2014. Après avoir été copywriter et auteur pour de nombreuses marques et médias belges et français, il s'est spécialisé dans l'actualité des royautés par passion. Il est aujourd'hui rédacteur en chef d'Histoires royales.