Le couronnement du roi Nyabongo 1er du Toro à Fort Portal

Ce mardi 29 septembre 2026, l’ancien journaliste et présentateur Edward Rukidi Kijanangoma a été couronné au palais de Karuziika après avoir reçu une bénédiction à la cathédrale Saint-Jean de Fort Portal, en Ouganda. La cérémonie d’intronisation du nouveau roi Nyabongo 1er du Toro a eu lieu en matinée, après une procession nocturne, une simulation d’attaque du palais et une nuit blanche.

Lire aussi : Le fils caché du roi Rukidi IV complique la succession au Toro

Simulation d’affrontement et de prise du palais de Karuziika

Le roi Rukidi IV, inscrit dans le Guinness Livres des records comme étant le « plus jeune roi au monde », est décédé aux États-Unis, des suites d’un cancer, à l’âge de 34 ans, le 27 août 2026. Rukidi était un souverain aimé par ses sujets, dans l’ouest de l’Ouganda. Monté sur le trône à l’âge de 3 ans en 1995, il avait organisé sa cérémonie de couronnement à sa majorité en 2010. Ce 29 septembre 2026, son successeur, le roi Nyabongo 1er, 56 ans, a été intronisé à Fort Portal, selon les coutumes du royaume de Toro.

Edward Rukidi Kijanangoma, roi élu du Toro, se rend au palais royal ce lundi soir (Photo : Uganda Media Center)
Des milliers de sujets accompagnent le nouveau roi en procession au cours de la nuit (Photo : Uganda Media Center)

Lire aussi : Le Gotha réuni dans les Alpes pour le mariage d’un prince indien et d’une comtesse descendante des rois de Bavière

Les cérémonies ont débuté à 22 heures, le lundi 28 septembre. La première séquence est la simulation d’une attaque du palais royal de Karuziika. Le palais est situé sur la colline de Karuziika à Fort Portal, une ville de 137 000 habitants qui fut l’ancienne capitale du Toro et reste le siège de la monarchie traditionnelle. Fort Portal est aujourd’hui la capitale du district de Karabole, dans l’ouest de l’Ouganda, proche de la frontière avec le Congo.

Lors de la procession, les partisans du roi sont éclairés par des flambeaux de roseaux séchés (Photo : Uganda Media Center)

Le nouveau roi élu et ses plus fidèles sujets ont entamé une marche vers le palais en prétextant une attaque et en simulant une prise de contrôle du palais. Plusieurs milliers de personnes se sont jointes au nouveau roi, équipées de torches en roseaux séchés. Devant l’entrée du palais, une bataille a été simulée entre les forces du prince Charles Kamurasi, chargé de surveiller l’entrée, et celles du roi élu. Le prince Charles est le « Musuuga », titre donné au chef du clan Babiito.

Le roi Nyabongo arrive au palais royal (Photo : Uganda Media Center)
Le nouveau roi entre pour la première fois dans le palais de Karuziika (Photo : Uganda Media Center)

Après avoir pris le contrôle du palais, le nouveau roi a rétabli les tambours royaux et les lances, qui étaient démis suite au décès du roi Rukidi. Le nouveau souverain a ensuite accompli différents rituels l’empêchant de dormir de la nuit. Le roi Nyabongo doit absolument veiller toute la nuit et prouver ainsi sa volonté de protéger à tout prix son royaume. Ce mardi 29 septembre en matinée, la cérémonie de couronnement s’est déroulée au palais royal de Karuziika, en présence du président ougandais, après avoir reçu une bénédiction à la cathédrale de Fort Portal.

Le roi Nyabongo a veillé toute la nuit sur son trône, dans la nuit du 28 au 29 septembre 2026 (Photo : Uganda Media Center)

Lire aussi : La majestueuse cérémonie de couronnement du roi Ibrahim de Malaisie

Bénédiction de Nyabongo 1er à la cathédrale Saint-Jean de Fort Portal

Le nouveau roi, qui a choisi le nom de règne de Nyabongo 1er, est le journaliste Edward Rukidi Kijanangoma. Ce prince est le fils du prince Christopher Paul Kijanangoma et le petit-fils de l’ancien roi de Toro, George David Rukidi III, tout comme son prédécesseur. La succession ne s’est pas déroulée sans heurts. Dès l’annonce du décès du roi Rukidi, le Premier ministre du Toro avait déclaré que le successeur du défunt roi serait vite connu et qu’il s’agissait de son fils. L’annonce avait surpris la population étant donné que le défunt roi de 34 ans n’avait aucun enfant connu. Selon la reine mère Best Kemigisa et la princesse Ruth Komuntale, mère et sœur de Rukidi IV, le défunt roi avait bien un fils, un jeune enfant vivant discrètement au Texas.

La cérémonie de bénédiction et d’actions de grâce s’est déroulée à la cathédrale Saint-Jean de Fort Portal (Photo : Uganda Media Center)
Le roi Nyabongo et la reine Rebecca reçoivent la bénédiction de l’évêque anglican Reuben Kisembo (Photo : Uganda Media Center)

Très rapidement après le décès de Rukidi, le footballeur George Desmond-Kamurasi, vivant en Angleterre, fut désigné pour lui succéder. En raison de ses activités professionnelles, le footballeur de 36 ans a décliné la proposition dans la journée. Dans les heures suivantes, c’est Edward Rukidi Kijanangoma, un ancien présentateur de la télévision publique UBC qui fut désigné par 19 des 21 membres du conseil de famille pour monter sur le trône. Le 12 septembre dernier, le nouveau roi Nyabongo 1er avait déjà accompli l’un des rituels symboliques, sur le site des tombes de Karambi. Selon le rituel coutumier, le nouveau monarque doit enterrer son prédécesseur. Un geste que Nyabongo 1er a effectué en jetant des grains de café dans la tombe.

Le roi Nyabongo et la reine Rebecca durant la cérémonie religieuse (Photo : Uganda Media Center)

À l’occasion de son accession au trône, le roi Nyabongo a déclaré dans une lettre adressée à ses 2 millions de sujets : « J’ai été élevé dans la profonde conscience de mes origines et avec la ferme conviction que l’héritage doit s’accompagner de discipline et de travail acharné. Ma famille ne m’a jamais permis de considérer mon ascendance royale comme un droit acquis ; elle me l’a présentée comme un devoir pour lequel je devais me préparer. Parallèlement à cette éducation, j’ai consacré 24 ans à bâtir une carrière dans le journalisme et la communication publique »

La reine Rebecca, épouse du nouveau roi du Toro (Photo : Uganda Media Center)

Lire aussi : Le roi des Zoulous va épouser sa quatrième femme en pleine polémique conjugale

Couronnement de Nyabongo 1er en présence du président ougandais

Ce 29 septembre avait lieu l’ultime cérémonie qui marque définitivement le début de son règne. À la cathédrale Saint-Jean de Karabole, le roi et son épouse ont reçu une bénédiction de l’évêque anglican Reuben Kisembo, au cours de la cérémonie d’action de grâce. Le roi Nyabongo a été intronisé à côté de son épouse, Rebecca Amoding. Celle-ci prend le titre de reine, malgré les polémiques concernant ses origines. Selon les règles coutumières, la mère du roi doit être originaire du Toro or la reine Rebecca appartient à l’ethnie Iteso. Cela signifie que normalement leur potentiel fils ne pourra pas être désigné comme l’héritier. Cependant, l’héritier du nouveau roi pourrait être un cousin ou un autre membre de la famille, Nyabongo n’étant lui-même pas le fils du roi précédent.

Le roi Nyabongo rejoint le palais royal pour la poursuite des cérémonies (Photo : Uganda Media Center)

Après la cérémonie religieuse, les célébrations se sont poursuivies au palais de Karuziika, où s’est déroulée la cérémonie officielle de couronnement. Le président ougandais Yoweri Museveni était l’invité d’honneur de la cérémonie, ce qui confère un statut officiel à ce couronnement reconnu par la présidence de l’Ouganda. L’hymne du royaume du Toro a été interprété pour la première fois depuis le décès du roi Rukidi et les drapeaux en berne jusqu’ici ont été levés. Cinq discours ont été prononcés par le président du comté d’organisation, par le prince Charles Kamurasi, par deux ministres et par le nouveau roi.

Le président de l’Ouganda, Yoweri Museveni, prend place pour assister à la cérémonie (Photo : Uganda Media Center)
Danses traditionnelles en l’honneur du nouveau roi du Toro (Photo : Uganda Media Center)
Le nouveau roi assis sur son trône durant la cérémonie (Photo : Uganda Media Center)

Au cours de la cérémonie au palais, le prince Charles Kamurasi a abdiqué de ses fonctions, ce qui met fin à cette période de régence assurée depuis le décès du roi Rukidi. À la fin de la cérémonie, le roi Nyabongo a été couronné, faisant de lui officiellement le nouvel Omukama de Toro, le titre officiel local. Cette cérémonie a coûté 925 millions de shillings ougandais, soit environ 208 000 euros. Une somme collectée par la famille royale auprès de donateurs privés. Certains donateurs se sont fait connaître publiquement, comme le général Muhoozi Kainerugaba, chef des forces armées de l’Ouganda, qui aurait signé personnellement un chèque de 100 millions de shillings, soit environ 22 500 euros. Le général Muhoozi Kainerugaba est, par ailleurs, le fils du président actuel Yoweri Museveni, et il est considéré comme son successeur potentiel.

Cérémonie de couronnement du roi Nyabongo devant le palais royal à Fort Portal ce 29 septembre 2026 (Photo : Uganda Media Center)

Le royaume du Toro a gagné son indépendance en 1830, se détachant du royaume du Bunyoro. En 1894, les Britanniques placèrent l’Ouganda sous protectorat, un territoire formé par quatre royaumes : le Toro, le Bunyoro, le Buganda et le Busoga. Lorsque l’Ouganda prit son indépendance en 1962, le pays devint une république avec à sa tête l’ancien roi du Buganda, Muteesi II. L’ancien roi agissait à présent en tant que président mais il laissa une certaine autonomie aux souverains des trois autres royaumes. À la fin de la présidence de Muteesi en 1966, les différents royaumes ont été abolis. En 1993, les quatre royaumes bantous ont été rétablis, bien que l’État fédéral d’Ouganda soit toujours une république.

Le roi Nyabongo 1er et la reine Rebecca devant l’entrée du palais après la cérémonie de couronnement (Photo : Uganda Media Center)

L’article 246 de la Constitution ougandaise reconnaît l’existence des chefs traditionnels. Cet article prévoit que le chef puisse « bénéficier des privilèges et avantages qui peuvent lui être conférés par le gouvernement ». La Loi de 2011 sur l’institution des chefs traditionnels ou culturels précise de façon très précise le fonctionnement de ces royaumes traditionnels. Par exemple, lorsqu’un nouveau souverain traditionnel est reconnu, sa nomination doit paraître dans la Gazette, le journal officiel de publication des textes législatifs. La loi oblige ce monarque à garder une neutralité politique, comme tout autre souverain. Il peut traiter avec des autorités étrangères, seulement après en avoir reçu l’accord du gouvernement. Lui et son royaume peuvent faire usage de drapeaux, hymnes, seaux, devises et autres insignes.

Avatar photo
Nicolas Fontaine

Rédacteur en chef

Nicolas Fontaine est un journaliste spécialisé dans les familles royales et l'histoire des monarchies européennes et mondiales. Nicolas Fontaine a fondé Histoires Royales, le premier média en ligne dédié à l'actualité des têtes couronnées en 2019. nicolas@histoiresroyales.fr