Le prince Joachim Murat raconte les destins croisés de ses ancêtres : l’empereur Napoléon et le roi Joachim 1e

Le prince Joachim Murat était l’invité du Club des Étoiles ce 28 avril 2022, à Bruxelles. Le descendant du roi Joachim 1e de Naples a raconté les destins croisés de son aïeul et de l’empereur français lors d’un dîner-conférence au Sofitel. Le prince Joachim a également démontré les moyens employés pour manipuler la postérité du maréchal.

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Dîner-conférence du prince Joachim Murat à Bruxelles

Le Club des Étoiles avait convié ses membres à un dîner-conférence, ce jeudi soir à Bruxelles. Damien Van Bellinghen, notamment Grand Prieur de l’ordre de Saint-Lazare en Belgique, réservait un menu gustatif et un programme instructif de qualité à ses invités, dont peut témoigner Histoires Royales, représenté à l’événement par Nicolas Fontaine. Les équipes du chef Jean-Philippe Watteyne, qui dirige le restaurant The 1040 du Sofitel, étaient en charge de régaler les papilles des convives, après un cocktail sur le rooftop de l’hôtel.

Le prince Joachim Murat, la princesse Yasmine Murat, Nicolas Fontaine, sur le rooftop du Sofitel à Bruxelles (Photo : David Nivière)
Les membres du Club des Étoiles avant la conférence (Photo : David Nivière)

Après la dégustation de l’entrée, le prince Joachim Murat, héritier de la Maison Murat, était invité à parler de son aïeul, le maréchal Joachim Murat et de sa relation avec Napoléon. Le prince Joachim était accompagné de son épouse, la princesse Yasmine qui portait une très élégante tenue verte, pour participer à cette conférence intitulée : « Napoléon et Murat, destins croisés et fabrique de la postérité ». Le prince Joachim, prince de Ponte Corvo, est le fils de l’actuel chef de la famille royale, le 8e prince Murat, et l’héritier de cette dynastie dont tous les chefs (à l’exception d’un seul) ont porté le prénom de Joachim, donné de père en fils.

Lors de la conférence, le prince Joachim a mis l’accent sur la manipulation de la postérité, rétablissant l’honneur des personnages de l’Empire et de la famille impériale, notamment l’œuvre de Napoléon III, dont la postérité a été fourvoyée par un changement de régime et les écrits de Victor Hugo.

Damien Van Bellinghen avec la princesse Yasmine Murat, lors du dîner-conférence organisé par le Club des Étoiles (Photo : David Nivière)

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Les relations entre Napoléon et Murat et la manipulation de la postérité

Le prince Joachim a démontré la manipulation de la postérité de son aïeul par l’accumulation de plusieurs œuvres et événements qui ont nui à sa réputation : le tableau de Francisco Goya qui dépeint le soulèvement du Dos de Mayo, Le Mémorial de Sainte-Hélène d’Emmanuel de Las Cases, l’instauration de la république et la fête du travail. Avant d’en venir à la démonstration, le prince Joachim est revenu sur les grandes étapes de la vie de son ancêtre, et de son destin bouleversé par sa rencontre avec Bonaparte.

Le fils du 8e prince de Murat raconte les destins croisés de son ancêtre et de Napoléon, et démontre la manipulation de sa postérité (Photo : David Nivière)

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La famille Murat est intimement liée à la famille Bonaparte. Joachim Murat, né en 1767, était le fils d’un aubergiste et maître de poste du Quercy. Il prit les armes et sera nommé à la Garde constitutionnelle du roi Louis XVI en 1791.

« Le destin croisé de Bonaparte et de Murat va avoir lieu lors de leur rencontre le 13 vendémiaire 1795, lorsque Bonaparte est en charge de la place de Paris et doit réduire une révolte royaliste », explique le descendant du maréchal. « Là, Bonaparte voit cette espèce de stentor, magnifique, charismatique » à qui il demandera de l’aide pour calmer les royalistes. Ce que fit brillamment Murat. « À partir de ce moment-là, les destins des deux hommes seront éternellement liés pour le meilleur comme pour le pire. Il y a un rapport de “je t’aime moins non plus” entre Napoléon et Murat qui est assez savoureux ». Les deux hommes vont très bien s’entendre pendant les 15 premières années.

Murat s’engage dans les guerres napoléoniennes, lors de la campagne d’Italie en 1796-1797 d’abord, puis il le suivra lors de la campagne d’Égypte. Il épouse en 1800 Caroline Bonaparte, la sœur de Napoléon. En 1804, Napoléon est proclamé Empereur et Murat est fait maréchal d’Empire. Il est aussi reconnu comme membre de la famille impériale. Fin décembre 1805, Joachim devient le grand-duc de Berg et de Clèves, dernier État du Saint-Empire, comme l’a relevé le descendant du maréchal lors de sa conférence. En 1808, Joachim devient roi de Naples et à partir de 1812, il règne aussi sur la principauté de Pontecorvo. Il a régné sur Naples jusqu’en 1815.

Joachim Murat dans son uniforme de maréchal d’Empire en 1805 (Image : Domaine public)

Murat a modernisé Naples en 8 ans. Il va abolir la féodalité, appliquer le Code Napoléon, distribuer les terres aux paysans, réorganiser complètement l’armée, nettoyer le banditisme en Calabre, rendre les écoles obligatoires et gratuites pour les enfants, développer les collèges et universités ainsi que développer les arts, la culture et l’artisanat. La gouvernance de Murat, qui s’entoure de ministres italiens, sera l’une des causes de désaccord avec Napoléon qui souhaitait une gouvernance française.

Après avoir raconté la fin du royaume de Naples, de l’Empire napoléonien et le courageux et incroyable épisode de l’exécution de Murat en 1815, le prince Joachim s’est attelé à démonter les campagnes de dénigrement menées à l’encontre de son aïeul. « Dans le cadre de la manipulation de l’histoire sur la retraite de Russie, évidemment Murat n’y est pour rien. Sur la trahison que fait porter Le Mémorial de Sainte-Hélène sur Murat, pour faire de Napoléon un Messie et de Murat un Judas, ce n’est évidemment pas une trahison. C’est un renversement d’alliance de trois mois. Le Mémorial de Sainte-Hélène est une œuvre à moitié de fiction, c’est un coup éditorial de Las Cases. »

Enfin, le dernier élément inattendu qui a nui à la postérité de Murat, a lieu en Espagne, lors du soulèvement du 2 mai 1808 de la population madrilène contre les occupants français. Murat parvient à calmer la révolte qui fera 1500 morts. Il est nommé régent d’Espagne par le roi Charles IV, de la dynastie Bourbon. Ce dernier sera destitué par Napoléon, qui le remplacera par son frère, Joseph Bonaparte. Après la gestion des émeutes, Murat repart à Naples, une fois sa régence terminée en juillet 1808, suite à l’arrivée de Joseph sur le trône d’Espagne. La guerre civile reprend en Espagne et Murat n’est plus présent.

C’est en 1814, à la chute de l’Empire et au moment où les Bourbon retrouvent leur trône, qu’il faut écrire un roman national. Francisco de Goya, peintre de Cour de Joseph Bonaparte, sent le vent tourner au retour des Bourbon et a l’idée de peindre, 6 ans après les faits, une représentation des émeutes du 2 mai. « Ce tableau va servir au régime Bourbon, à fabriquer un roman national en accablant Murat », explique le prince Joachim. Le Mémorial de Sainte-Hélène, qui accable Murat pour dédouaner Napoléon, est publié en 1823. « Il est démontré scientifiquement que le courrier du 29 mars 1809 de Napoléon qui accable Murat, et qui est reproduit dans Le Mémorial de Sainte-Hélène, est un faux. On le sait de façon certaine », affirme le prince Joachim.

« Et finalement, le Parti socialiste arrive au pouvoir à la Commune de Madrid en 1983 et pour faire plaisir aux fonctionnaires, ils donnent le 1e Mai, fête du travail, puis n’importe quelle date autour du 1e mai. » La date du 2 mai sera choisie pour prolonger ce congé d’un jour, justifiant ce choix en rappelant les soulèvements de 1808. « Pendant très longtemps, les historiens espagnols ont expliqué que les massacres en Espagne avaient fait des dizaines de milliers de morts et maintenant, les historiens espagnols moins marqués par les idéologies ont reconnu qu’il y avait eu 1000 Espagnols morts et 500 Français ».

Arbre généalogique de Joachim Murat (Image : Histoires Royales)

Pierre Murat-Jordy (1721-1799) et son épouse, Jeanne Loubières, étaient les parents du roi Joachim de Naples (1767-1815) mais aussi de Pierre Murat. Marie-Antoinette Murat, fille de Pierre Murat et donc nièce du roi de Naples, a épousé un prince de Hohenzollern-Sigmaringen. Leurs descendants épouseront d’autres membres de familles royales, si bien que plusieurs familles royales sont aujourd’hui descendantes de Pierre Murat-Jordy, comme le roi Philippe de Belgique ou le grand-duc Henri de Luxembourg.

Par ailleurs, le 4e prince Murat a épousé Malcy Berthier, fille de Napoléon-Alexandre Berthier, 2e prince de Wagram, lui-même fils du 1e prince de Wagram. Ce dernier avait épousé une princesse bavaroise, Marie-Elisabeth, fille du duc en Bavière. Par cette appartenance à la famille Wittelsbach, la famille Murat est aussi une cousine lointaine de nombreuses autres familles royales européennes.

Nicolas Fontaine

Rédacteur en chef

Nicolas Fontaine est rédacteur web indépendant depuis 2014. Après avoir été copywriter et auteur pour de nombreuses marques et médias belges et français, il s'est spécialisé dans l'actualité des royautés. Nicolas est aujourd'hui rédacteur en chef d'Histoires royales. nicolas@histoiresroyales.fr