Discours de George VI annonçant la libération et la fin de la Seconde guerre mondiale

Le 8 mai 1945 à 21 heures, le roi George VI, père de la reine Elizabeth s’est adressé à la nation. Le souverain britannique est apparu à la BBC pour annoncer la fin victorieuse de la guerre. C’est depuis un palais de Buckingham bombardé, que le roi a enregistré son message. Quelques minutes plus tard, la famille royale est apparue au balcon. Ce soir, 75 ans plus tard, la reine Elizabeth s’adressera elle aussi à la nation, à la même heure que son père l’avait fait afin de délivrer un message exceptionnel, marquant les 75 ans de la libération.

Le roi George VI a prononcé le discours annonçant la libération de l’Europe et la fin de la guerre, le 8 mai 1945 à 21 heures, depuis un message enregistré à Buckingham (Photo : Royal Family)

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Discours de la libération du roi George VI du 8 mai 1945 (VE Day)

« Aujourd’hui, nous rendons grâce à Dieu Tout-Puissant pour la grande délivrance. Prenant la parole depuis la plus ancienne capitale de notre Empire, battue par la guerre mais jamais un instant intimidée ou affligée, parlant depuis Londres, je vous demande de vous joindre à moi dans cet acte d’action de grâce. L’Allemagne, l’ennemi qui a conduit toute l’Europe à la guerre, est enfin vaincue. En Extrême-Orient, nous n’avons pas encore affronté les Japonais, un ennemi déterminé et cruel. Nous nous tournerons vers cela avec la plus grande détermination et avec toutes nos ressources. Mais à cette heure, alors que l’ombre effroyable de la guerre a quitté nos foyers et nos maisons dans ces îles, nous pouvons enfin faire une pause pour l’action de grâces, et ensuite tourner nos pensées vers les autres tâches du monde qu’apporte la paix en Europe.

Souvenons-nous de ceux qui ne reviendront pas, de leur constance et de leur courage au combat, de leur sacrifice et de leur endurance face à un ennemi impitoyable : rappelons-nous les hommes de tous les services et les femmes de tous les services qui ont donné leur vie. Nous sommes arrivés à la fin de nos tribulations, et ils ne sont pas avec nous au moment de notre réjouissance. Saluons alors avec une fière gratitude la grande foule de vivants qui nous ont amenés à la victoire. Je ne peux pas les féliciter à la mesure du service de chacun, car dans une guerre, tous les efforts atteignent la même hauteur de noblesse et tous sont consacrés au but commun. Armés ou non, hommes et femmes, vous avez combattu, vous vous êtes efforcé et enduré au maximum. Personne ne le sait mieux que moi; et en tant que roi, je remercie de tout cœur ceux qui portaient des armes si vaillamment sur terre et sur mer, ou dans les airs; et tous les civils qui, assumant leurs nombreuses charges, les ont portés sans broncher sans se plaindre.

Avec ces souvenirs dans nos esprits, pensons à ce qui nous a soutenus pendant près de six ans de souffrance et de péril. La connaissance que tout était en jeu : notre liberté, notre indépendance, notre existence même en tant que peuple; mais sachant aussi qu’en nous défendant nous défendions les libertés du monde entier; que notre cause était la cause non seulement de cette nation, pas seulement de cet Empire et du Commonwealth, mais de chaque terre où la liberté est chérie et où la loi et la liberté vont de pair. Aux heures les plus sombres, nous savions que les peuples esclaves et isolés d’Europe nous regardaient; leurs espoirs étaient nos espoirs; leur confiance a confirmé notre foi. Nous savions que si nous échouions, la dernière barrière qui subsisterait contre une tyrannie mondiale serait tombée en ruine. Mais nous n’avons pas échoué. Nous avons gardé notre foi avec nous-mêmes et les uns avec les autres; nous avons gardé la foi et l’unité avec nos grands alliés. Cette foi et cette unité nous ont conduits à la victoire à travers des dangers qui semblaient parfois insurmontables.

Décidons donc d’apporter aux tâches qui nous attendent la même confiance élevée dans notre mission. Beaucoup de travail acharné nous attend, tant pour la restauration de notre propre pays après les ravages de la guerre que pour aider à restaurer la paix et la santé mentale dans un monde brisé. Cela nous arrive à un moment où nous avons tous fait de notre mieux. Pendant cinq longues années et plus, le cœur et le cerveau, les nerfs et les muscles ont été dirigés contre le renversement de la tyrannie nazie. Maintenant, nous nous tournons, fortifiés par le succès, pour faire face à notre dernier ennemi restant. La Reine et moi connaissons les épreuves que vous avez endurées dans tout le Commonwealth et l’Empire. Nous sommes fiers d’avoir partagé certaines de ces épreuves avec vous, et nous savons également qu’ensemble, nous affronterons l’avenir avec une forte détermination et prouverons que nos réserves de volonté et de vitalité sont inépuisables.

Il y a un grand réconfort dans la pensée que les années d’obscurité et de danger dans lesquelles les enfants de notre pays ont grandi sont terminées et, s’il vous plaît Dieu, pour toujours. Nous aurons échoué, et le sang de nos bien-aimés aura coulé en vain, si la victoire pour laquelle ils sont morts ne mène pas à une paix durable, fondée sur la justice et établie de bonne volonté. Alors, tournons-nous vers ce jour de triomphe et de digne douleur; ensuite reprenons notre travail, résolu en tant que peuple à ne rien faire d’indigne de ceux qui sont morts pour nous et à faire du monde un monde comme ils l’auraient souhaité, pour leurs enfants et pour les nôtres. C’est une tâche à laquelle l’honneur nous lie désormais. À l’heure du danger, nous avons humblement engagé notre cause dans la main de Dieu, et Il a été notre force et notre bouclier. Remercions-Le pour Ses miséricordes et, en cette heure de la victoire, engageons-nous, ainsi que notre nouvelle tâche, à guider cette même main forte. »

Traduction libre et personnelle
Source et texte original

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Nicolas Fontaine
Nicolas Fontaine

Rédacteur en chef - Rédacteur sénior

Nicolas Fontaine est rédacteur web indépendant depuis 2014. Après avoir été copywriter et auteur pour de nombreuses marques et médias belges et français, il s'est spécialisé dans l'actualité des royautés. Il est aujourd'hui rédacteur en chef d'Histoires royales. nicolas@histoiresroyales.fr