De la dolce vita à la vie de Reine : la reine Paola se confie sur son couple, ses enfants et sa vie publique

Le 18 février 2022, la première chaîne du service public diffusera un documentaire exceptionnel d’1 heure 30, consacré à la reine Paola. Dans le documentaire « Paola côté jardin », le réalisateur Nicolas Delvaulx donne la parole à la reine Paola et à ses proches. Ses trois enfants et ses beaux-enfants parlent de la reine en toute franchise. Paola accepte aussi pour la première fois de parler sans détour de son mariage, de sa crise conjugale et de ses regrets concernant l’éducation de ses enfants.

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La vie de Paola de sa naissance à sa vie de Reine dans un documentaire

Ce documentaire tant attendu et dont tout a presque déjà été écrit ces dernières semaines, a été présenté à la presse ce vendredi 11 février. La RTBF a projeté son documentaire « Paola côté jardin » aux journalistes invités, alors que les téléspectateurs devront attendre le 18 février pour le voir à 20 heures 20 sur La Une et à revoir sur Auvio.

La reine Paola revient sur sa crise conjugale dans le documentaire « Paola côté jardin » diffusé sur La Une le 18 février 2022 (Photo : Danny Gys/Reporters/ABACAPRESS.COM)

Ce documentaire très humain et respectueux a été tourné sur trois ans, suivant la reine Paola aussi bien dans son jardin que dans son presbytère de Villers-sur-Lesse où elle vit dorénavant paisiblement avec son époux. La reine a aussi emmené le réalisateur à Châteauneuf de Grasse, la résidence de vacances du roi Albert II ou lors de balades en famille. Dans ce long documentaire, la reine Paola revient de façon chronologique sur sa vie, depuis son enfance jusqu’à aujourd’hui.

La princesse Paola Ruffo di Calabria est née en 1937 en Italie, dans une ancienne famille de la noblesse patricienne. Elle a connu plusieurs drames, comme la perte de son père à 9 ans, la perte brutale d’une sœur âgée de 14 ans, et l’un de ses frères parti à la guerre, qu’elle ne reverra plus.

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La rencontre avec Albert et un mariage précipité

La belle blonde italienne, longtemps comparée aux actrices de la Cinecitta, a croisé la route du prince Albert, prince de Liège, lors d’une soirée chez l’ambassadeur de Belgique à Rome, le 4 novembre 1958, à l’occasion de l’intronisation du pape Jean XXIII. Albert n’a que 24 ans, c’est lui qui est la plupart du temps en charge des missions à l’étranger, envoyé par son frère, le roi Baudouin.

La princesse Paola Ruffo di Calabria parle le français. Elle a d’ailleurs une grand-mère belge, et Albert sait qu’il veut la revoir. Il l’invite au restaurant dès le lendemain, leur complicité est très forte, et rapidement il ne fait aucun doute qu’ils sont en couple. Dans le documentaire, Paola explique toutefois que c’est Albert qui a tout mis en œuvre pour que le couple prenne.

Albert prolonge ses vacances en Italie et rapidement, leur complicité naîtra à bord d’une voiture qu’ils louaient pour sillonner incognito la campagne romaine. « Je l’avais mise au volant pour éviter qu’elle me donne une claque ! », explique Albert dans le documentaire. « Elle m’a fait comprendre qu’elle n’était pas aussi pressée que moi. »

Le 9 avril 1959, soit six mois après leur rencontre, Albert appelle Paola, qui séjourne à Turin chez sa sœur. Il lui demande de venir dès que possible en Belgique. La famille royale préparait déjà leurs fiançailles ! Prise dans cet engrenage, Paola monte dans le premier avion pour Bruxelles avec sa mère, dès le lendemain. Arrivée à l’aéroport, pour ne pas attirer les journalistes, seul l’aide de camp du prince est présent pour l’accueillir. Paola déchante, il pleuvine, son prince charmant n’est pas là. La rencontre avec la famille royale se déroule sans problème, bien que Paola se retrouve vite confrontée à la froideur des mœurs belges. La famille royale n’est pas des plus joyeuses, composée d’une reine mère âgée, d’un ancien roi déchu et boudé par le peuple, et de deux jeunes, Baudouin et Albert, aux commandes.

Dans le documentaire, Paola ajoute qu’elle a accepté d’épouser Albert, à condition de ne « jamais devenir reine ». Elle le trouvait « beau garçon quand même, et tellement gentil » et « Albert voulait se marier très vite ; moi, je trouvais qu’il fallait peut-être mieux se connaître ». Cet amour qualifié d’adolescent par la reine finira par se concrétiser par un mariage en juillet 1959.

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Un couple en crise et une vie de mère compliquée

La reine Paola parle ensuite de la difficulté de s’adapter à la vie en Belgique et à sa nouvelle vie publique. Le couple était très médiatisé, d’autant plus que le roi Baudouin était célibataire. Paola a dû apprendre le néerlandais et avoue avoir eu beaucoup de difficultés malgré ses « efforts incroyables, que personne ne sait. » Sa vie publique a été très difficile à gérer, d’autant plus que le roi Baudouin a fini par se marier, et Albert explique qu’on leur aurait alors demandé de s’effacer quelque peu afin de montrer le roi Baudouin et la reine Fabiola. Alors que Paola commençait à prendre ses habitudes, elle devait à nouveau s’adapter.

Le mariage du roi Baudouin avec Fabiola. La princesse Paola et le prince Albert doivent se montrer plus discrets (Photo : WikiCommons)

Albert et Paola ont eu très rapidement un fils, Philippe, en 1960, puis une fille, Astrid, en 1962 et enfin, Laurent, en 1963. S’en suit une longue période de crise conjugale que tout le monde connaît à présent. La reine Paola accepte pour la première fois dans ce documentaire d’en parler sans détour. En plus de la relation de son époux avec la baronne Sybille de Selys Longchamp, qui donnera naissance à leur enfant, la princesse Delphine, Paola a elle aussi vécu des histoires sentimentales.

La reine Paola dit « ne pas avoir du tout de culpabilité » concernant sa propre aventure extraconjugale et de cet « amour un peu égoïste » avec un journaliste de Paris Match. Même si elle ne regrette pas ces moments, elle avoue qu’elle ne le referait plus. « Pendant dix ans, de 1970 à 1980, j’étais très très malheureuse et très triste, beaucoup seule. Il y avait le danger du divorce. J’ai pris une distance vis-à-vis de tout. »

Malgré les sourires en public, la princesse Paola vit des moments difficiles en privé, durant les années 70 et 80 (Photo : Wikimedia Commons – CC.3.0)

L’amour comme moteur

La reine Paola raconte ensuite comment le couple s’est ressaisi et a évité le divorce. La foi a également beaucoup aidé le couple mais ce sont véritablement les détails juridiques du divorce qui ont freiné toute décision trop hâtive. Au vu du statut des enfants du couple, Paola aurait perdu la garde de ses enfants, qui eux seraient restés au sein de la famille royale. Paola ajoute qu’avec le temps, on voit les choses autrement. « Il faut se donner le temps, alors il y a d’autres choses, il n’y a plus la hâte, il n’y a plus le sexe, il y a la tendresse, et vieillir comme ça, c’est bien. Non ? ». Son époux à côté d’elle et totalement en phase ajoute : « Ah ça, c’est le trésor, je trouve. »

Dans ce documentaire, la reine Paola revient aussi sur ses regrets concernant l’éducation de ses enfants. Elle aurait aimé « qu’on se tutoie, qu’on soit comme copain-copain, et je n’ai pas réussi tout à fait », dit-elle à propos de ses enfants. Albert ajoute alors : « J’ai été éduqué sévèrement, avec un père autoritaire ». Après une visite chez le médecin avec Philippe, ce dernier l’a mis en garde sur les répercussions que pourrait avoir un tel comportement sur son fils. « Ça m’a un peu découragé. J’ai eu une très mauvaise réaction. Je me suis un peu désintéressé de lui », admet l’ancien roi.

Quand en 1993, Baudouin décède et Albert II lui succède, Paola ne s’imaginait pas réellement la difficulté que pouvait être le rôle de Reine. Elle revient sur ces 20 années en tant que Première dame du pays, ses combats, ses centres d’intérêt et la façon dont elle a pris à bras-le-corps cette fonction. Même si la vie de Reine ou celle de membre de la famille royale est contraignante, Paola a fini par comprendre où elle pouvait trouver sa liberté. C’est « quand on accepte ce qu’on doit faire, qu’on devient libre. Maintenant, tous les deux, nous avons une grande paix. »

Le roi Albert II et la reine Paola se sont donnés le temps et se sont retrouvés (Photo : Histoires Royales)

La reine Paola termine le documentaire qui lui est consacré en lisant une lettre qu’elle tenait à lire et qu’elle a rédigée. Dans celle-ci, elle donne sa définition de l’amour qui est devenu véritablement sa ligne de conduite « Je suis de plus en plus fascinée par l’amour qui m’habite. » Le documentaire se termine par ces mots : « Je trouve la phrase de la petite Sainte-Thérèse si jolie : “Jusqu’à l’infini, j’ai besoin d’aimer”. Pour moi, c’est un peu toute ma vie. Voilà. »

Dans ce film d’1 heure 30, le réalisateur a également recueilli les témoignages du roi Philippe, de la princesse Astrid et du prince Laurent. Ce dernier est admiratif des efforts qu’ils ont faits pour obtenir le « pardon et la réconciliation ». La princesse Claire, épouse du prince Laurent, revient aussi sur le caractère parfois un peu autoritaire de la reine Paola, véritable mama italienne qui aime rassembler sa famille autour d’un bon repas. Quant à la princesse Astrid, elle se confie sur les difficultés de son enfance, et la larme à l’œil elle déclare à propos de sa mère : « Dans tous les moments difficiles, elle a été extraordinaire. Je l’aime énormément. »

Nicolas Fontaine

Rédacteur en chef

Nicolas Fontaine est rédacteur web indépendant depuis 2014. Après avoir été copywriter et auteur pour de nombreuses marques et médias belges et français, il s'est spécialisé dans l'actualité des royautés. Nicolas est aujourd'hui rédacteur en chef d'Histoires royales. nicolas@histoiresroyales.fr