La famille royale britannique est-elle juive ?

À l’heure où les idées complotistes fleurissent et que les fake news sont légions, plusieurs mécanismes de manipulation bien connus permettent de créer des histoires de toute pièce, et de les rendre crédibles aux yeux des plus naïfs ou des moins bien informés. Il existe des milliers d’occurrences sur Google lorsqu’on recherche des liens entre la famille royale britannique et des supposées origines juives. La famille royale britannique est-elle juive ? Les Windsor descendent-ils d’un roi d’Israël ?

Conspirationnistes, complotistes, mouvements sectaires et autres personnes malintentionnées répandent des rumeurs sur des prétendues origines juives de la famille royale britannique et ses alliances secrètes. Ici, le prince Charles porte une kippa lors de sa visite dans la synagogue de Belfast en mai 2019 (Photo : Joe Giddens/PA Wire/ABACAPRESS.COM)

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Le prince George de Cambridge serait juif

La méthode la plus connue pour faire croire à des théories absurdes est de prendre un ensemble d’incertitudes, que l’on crédibilise une à une en relevant un élément considéré comme une preuve. Ces incertitudes (devenues des inexactitudes) sèment le trouble, étant devenues d’étranges coïncidences. Des coïncidences alors jugées trop nombreuses que pour en être. On connait la formule préférée des conspirationnistes : «Coïncidence ? Non».

L’idée que la famille royale britannique puisse être juive provient de plusieurs amalgames, fausses informations et inexactitudes. Tout d’abord, certains sont persuadés que la nouvelle génération, celle des enfants du prince William et de Catherine Middleton serait juive, car la mère de la duchesse de Cambridge, Carole, porte le nom de Goldsmith, un nom typiquement juif qui veut dire «orfèvre» en français.

Carole Goldsmith et Michael Middleton, les parents de la duchesse de Cambridge, se sont mariés à l’église St. James de Dorney en 1980 (Photo : Stefan Rousseau/PA Photos/ABACAPRESS.COM)

Ronald et Dorothy Goldsmith, parents de Carole, seraient donc juifs seront la théorie. Harrison, Myers, Temple, sont d’autres patronymes qui peuvent rappeler des noms juifs, tous portés par une aïeule de la Duchesse. Pourtant, comme l’explique Times of Israel, rien n’indique que ces personnes soient juives et dans tous les ancêtres de Kate, sur au moins cinq générations antérieures, tous sont mariés à l’église.

Si nous remontons uniquement en ligne matrilinéaire (qui transmet la judéité), nous pouvons remonter jusqu’au mariage chrétien d’Ann Swailes (mariée à l’église Ste-Marie de la Vierge de Leake en 1850), mère d’Elizabeth Myers (mariée à l’église de Tudhoe en 1894), mère d’Elizabeth Temple (mariée à l’église paroissiale de Tudhoe, en 1934), mère de Dorothy Harrison (mariée à l’église de la Sainte-Trinité de Southall en 1953), mère de Carole Goldsmith (mariée à l’église St. James de Dorney en 1980), mère de Catherine Middleton.

La plus lointaine ancêtre de Kate Middleton connue en ligne matrilinéaire directe est une certaine Elizabeth Dunn, née vers 1660, dont rien n’indique qu’elle était juive. Elizabeth Dunn a épousé Thomas Proud. Leur fille, Elizabeth Proud épousera John Douglas vers 1720. John Douglas est un membre de la famille anoblie des Douglas, dont on ne connait aucune tradition juive.

La mère de Lady Di serait une Rotschild

Une autre rumeur indique que le prince William serait juif. Cette rumeur veut pour preuve que la mère de Lady Diana Spencer, Frances Ruth Roche, aurait eu une relation extraconjugale avec un célèbre banquier juif, Sir James Goldsmith. Cette théorie a été détaillée dans livre The Diana Chronicles de Tina Brown (ancienne rédactrice en chef de Tatler et Vanity Fair), qui explique que Diana ne serait pas la fille biologique du comte Spencer mais de ce milliardaire, dont les enfants légitimes, Jemima, Zac et Benjamin, lui ressembleraient physiquement. Pour ne rien arranger, Frances Ruth Roche serait en réalité membre de la famille Rotschild.

Cette théorie fait l’amalgame entre la ressemblance sonore de Roche, qui serait le diminutif de Rotschild, et la supposition selon laquelle Frances Ruth était en réalité la compagne de James Goldsmith, qui lui-même respecterait le pacte d’alliance que sa famille a scellé avec d’autres juifs puissants allemands et cousins, les Rotschild, lors de leur venue en Angleterre vers 1770. James Goldsmith a eu de nombreuses conquêtes féminines, en plus de ses trois mariages, ce qui donne lieu à toutes les rumeurs et spéculations possibles, d’autant plus que ses relations connues étaient principalement des filles issues de la noblesse ou de bonne famille. Mais jusqu’à preuve du contraire, la mère de Diana entretenait une relation amicale avec lui. Liaison aurait-il eu, faudrait-il encore que Diana en soit issue.

Selon un livre de Tina Brown, Sir James Goldsmith, célèbre homme d’affaires et politicien, serait le père biologique de Diana (Photo : Allstar Picture Library Ltd / Alamy / Abaca)

Notons aussi le hasard qui veut que James Goldsmith (père caché présumé de Diana) porte le même nom que Carole Goldsmith, mère de Catherine Middleton, épouse du fils de Diana. La coïncidence vient ajouter de l’eau au moulin des complotistes qui soulignent ici une fois de plus l’alliance des Goldsmith. Sauf que James Goldsmith s’appelle en réalité Goldschmidt. Le nom a été anglicisé lors de la venue de sa famille en Angleterre. La famille de Carole Goldsmith est quant à elle britannique depuis toujours et a toujours porté le nom sous la forme Goldsmith, qui est un nom très répandu, formé sur base d’un nom de métier. Il n’ont donc aucun lien de parenté.

Rappelons tout de même que Frances Ruth Roche, mère de Diana, est la fille de Ruth Sylvia Gill et de Maurice Roche, 4e baron Formoy. Ruth Sylvia et Maurice se sont épousés à l’église St. Devenick de Bieldside en 1931. La famille de Maurice Roche descend d’Edmond Roche, un parlementaire irlandais anobli baron Formoy par la reine Victoria en 1855. Il n’y a donc aucun lien entre «Roche aka Rotschild», comme on peut voir la formulation retranscrite sur les forums conspirationnistes.

Pour la petite histoire, en ligne matrilinéaire directe, il est assez étonnant de découvrir, selon le livre du généalogiste Richard K. Evans, que la plus ancienne aïeule connue de l’ancienne princesse de Galles, Eliza Kovarkian, provenait d’Arménie de mère indienne. Elle n’était donc pas juive.

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Le prince de Galles et sa proximité avec le judaïsme

Enfin, la théorie veut aussi que le prince Charles serait juif, circoncis par le rabbin Jacob Snowman en 1948, comme l’aurait voulu une tradition victorienne voire hanovrienne. La circoncision du prince Charles a fait l’objet de plusieurs thèses et recherches sur lesquelles nous ne reviendrons pas ici. La conclusion de cette théorie est simplement que plusieurs princes ont été circoncis, non pas pour suivre une tradition familiale mais pour des raisons médicales et sanitaires. Il existait aussi une tendance à la circoncision des garçons dans les classes supérieures britanniques entre 1890 et 1940 pour des raisons d’hygiène.

Le dernier élément, qui vient semer le doute chez les complotistes, est l’attitude de la princesse Alice de Battenberg, mère du prince Philip. Elle est connue pour avoir aidé des juifs à se cacher durant la Seconde Guerre mondiale. Pour son acte héroïque, la princesse devenue nonne orthodoxe, a été enterrée à Jérusalem et est déclarée Juste parmi les Nations de manière posthume.

La princesse Alice de Battenberg est enterrée dans l’église chrétienne orthodoxe Sainte-Madeleine de Jérusalem selon ses dernières volontés. Elle a aidé de nombreux juifs à se cacher à Athènes durant la guerre, ce qui lui vaudra d’être reconnue comme Juste parmi les Nations. Son arrière-petit-fils, le prince William est venu se recueillir sur sa tombe en juin 2018 (Photo : Abacapress)

La reine Elizabeth II est-elle juive ?

Dernière hypothèse évoquée : Elizabeth II serait la descendante du roi David. CQFD. Sauf que rien de tout ceci n’est vrai. Comment peut-on affirmer que la reine Elizabeth II serait apparentée au roi David ?

Différents arbres généalogiques relevant de l’hypothèse relient la reine Elizabeth II au roi David. Ces filiations bancales proviennent souvent de mouvements complotistes ou sectaires. Le mouvement religieux le plus connu, qui adhère à cette thèse, est l’anglo-israélisme. Ce courant religieux, suivi par différents groupes sectaires, prétend que tous les Anglo-Saxons descendraient d’une des 10 tribus perdues d’Israël. Parmi les sectes les plus importantes, qui adhèrent à la théorie de l’anglo-israélisme, il y a l’Église Universelle de Dieu dont le nom a changé en 2009 et est à présent connue comme Grace Communion International.

Rappelons tout d’abord qu’historiquement, il est impossible d’affirmer une quelconque filiation au roi David, tout simplement car la science n’a pas encore prouvé l’existence de ce roi biblique. Le plus ancien roi d’Israël qui est mentionné dans la Bible et dont on a la preuve de son existence, est le roi Omri, qui a régné à partir de -885.

La théorie selon laquelle la reine Elizabeth II descendrait du roi David a été développée en détail dans un autre article. Quel serait le rapport entre Elizabeth II descendante de David et les Anglo-Saxons descendants des 10 tribus perdues ? En effet, David ne descend pas des tribus perdues mais de la tribu de Juda. La tradition biblique veut que les tribus perdues proviennent du royaume du Nord et ont été perdues lors de leur dispersion par les Assyriens en -722. Les rois bibliques mais aussi historiques d’Israël, qui viendront plus tard, descendent du royaume du Sud, qui lui a continué d’exister. Le royaume du Sud est donc issu des deux autres tribus «non perdues», celles de Juda et de Benjamin. Le roi David et les suivants, descendent de ces deux tribus.

Si on adhère à la théorie selon laquelle Elizabeth II descend de David, elle descendrait donc aussi de la tribu de Juda. Les courants anglo-israélites, initiés par Herbert W. Armstrong, expliquent qu’en tant que descendants du roi David, les souverains britanniques apportent leur protection aux 10 tribus perdues, qui ont dorénavant pris la forme du peuple britannique. Ces théories sont bien entendu créées pour soutenir les idéologies suprémacistes américaines, les Américains étant eux-mêmes descendants des Anglo-Saxons, et donc reliés directement aux personnages bibliques.

Pour résumer la filiation supposée, Elizabeth II descendrait de la princesse Tea Tephi, fille du roi Sédécias. Elle se serait échappée d’Israël avec le prophète Jérémie, lors de l’invasion du royaume par le roi babylonien Nabuchodonosor II, en -586. Cette princesse juive se serait réfugiée en Irlande, où elle aurait épousé le roi Érimón. Le roi Érimón est lui-même un roi légendaire dans la tradition irlandaise. Il serait à l’origine des dynasties suivantes, et donc, son épouse, devenue la reine Tea Tephi également. Par la suite, la légende rejoint la réalité puisque des princesses irlandaises épouseront des rois d’Écosse, qui a leur tour deviendront rois d’Angleterre.

Outre les suppositions farfelues de cette théorie, la judéité se transmet par les femmes, or cette théorie prend en compte l’héritage patrilinéaire légendaire du roi Érimón comme l’un des ancêtres de la famille royale actuelle. Autrement dit, même si cette légende était vraie et qu’Elizabeth II descendrait d’Érimón et de Tea Tephi, elle ne serait pas juive. Enfin, mentionnons simplement que la princesse Tea Tephi est apparue mystérieusement pour la première fois dans un livre écrit par un Anglo-Israélite en 1861 !

Bien évidemment, toutes ces théories présentent un grand nombre d’inexactitudes, oubliant parfois que la judéité est transmise par la mère, d’autres fois balayant simplement les actes signés dans des églises ou encore, le fait qu’aujourd’hui, le souverain britannique est bien la reine Elizabeth II, Gouverneur Suprême de l’Église d’Angleterre.

Pour terminer, d’autres pensent que le prophète Mahomet serait un ancêtre de la reine Elizabeth II, mais ça, c’est une autre histoire ! Retrouvez d’autres articles qui démontent les théories complotistes et les fake news ici.

Nicolas Fontaine
Nicolas Fontaine

Rédacteur en chef

Nicolas Fontaine est rédacteur web indépendant depuis 2014. Après avoir été copywriter et auteur pour de nombreuses marques et médias belges et français, il s'est spécialisé dans l'actualité des royautés. Il est aujourd'hui rédacteur en chef d'Histoires royales. nicolas@histoiresroyales.fr