Le 18 janvier 1990, l’exil de la famille royale de Roumanie prenait fin : 30 ans de présence royale dans la république

Le 18 janvier 1990 est une date mémorable pour les membres de la famille royale roumaine. Après 42 ans d’exil, ils étaient autorisés à remettre les pieds dans leur pays. Ce jour-là, la princesse Margareta et sa sœur, la princesse Sofia, furent les deux premières de la famille à fouler le sol roumain. L’arrivée dans le pays de deux filles du roi Michel marquèrent les premiers pas d’une reconstruction lente et progressive vers le retour à l’acceptation d’une famille royale de représentation. Trente ans plus tard, la famille royale occupe une fonction semi-officielle et l’agenda à l’étranger de la famille est géré par les ambassades. Les grands moments familiaux comme les enterrements, ou récemment l’exhumation de la reine mère Hélène, sont retransmis en direct à la télévision. Voici l’histoire de 30 ans de présence de la famille royale roumaine dans la République de Roumanie.

Le 18 janvier 1990 : fin de l’exil

Lorsque la famille royale roumaine fut autorisée à rentrer dans son pays, le roi Michel 1e, 69 ans à l’époque, n’était pas présent dans l’avion de la compagnie Swiss Air, en provenance de Genève. À bord de cet avion, se trouvaient la princesse Margareta, 41 ans à l’époque, et l’une de ses 4 sœurs, la princesse Sofia, 33 ans. Ce retour de la famille a eu lieu quelques jour à peine après la chute de Nicolae Ceausescu, qui s’est terminée par son exécution, le 25 décembre 1989.

C’est en sa qualité de fille aînée du roi Michel 1e, que la princesse Margarita est arrivée la première en Roumanie. Le but de sa visite, secondée par l’une de ses sœurs, était de prendre le pouls de la vie en Roumanie. Pendant tant d’années, la désinformation faisait rage à l’intérieur et à l’extérieur des frontières. Quelles étaient les attentes du peuple roumain ? Quel était le niveau de vie ? Y avait-il des hôpitaux, des écoles, des organismes publics fonctionnels ? En plus d’observer les besoins immédiats des Roumains, la princesse Margareta se devait de préparer au mieux le retour de son père, le roi Michel.

À cette période, les Roumains qui venaient d’être libérés du joug communiste, ont aperçu une lueur d’espoir, en se rappelant de l’existence de cette famille royale, qui a continué à veiller sur eux à distance. Le retour de la famille royale dans le pays a engendré la création de groupes pro-monarchistes, principalement suivi par la jeunesse. Ces jeunes avaient toujours connu le communisme et rêvaient d’un régime légitime qui soit équitable et fort.

Ces associations, qui ont réussi à se faire entendre, ont permis de rassembler des personnalités désireuses de contribuer à la reconstruction de la présence royale en Roumanie. Elles ont également fourni au roi et à sa famille des informations leur permettant de mieux préparer leur arrivée et la manière dont ils allaient devoir s’y prendre pour être acceptés dans le pays.

De son côté, le roi Michel, resté en Suisse, s’active et prépare son départ. Il convoque son cabinet de travail et sort un communiqué dans lequel il dit « qu’il est de son devoir, en tant que souverain en exil et citoyen roumain, d’attirer l’attention du peuple sur ses droits lors des élections qui se tiendront en avril. Le roi veut tout d’abord rappeler que le texte de la Constitution de 1923 doit être considéré comme totalement valable et, de toute façon, une base utile pour le nouveau Parlement élu, lorsqu’il examinera l’avenir constitutionnel de la Roumanie ».

Le retour du roi Michel 1e à la Noël 1990

Malheureusement, l’arrivée du roi en avril 1990 est un échec. Il souhaitait arriver à temps pour les élections, et cela coïnciderait également avec Pâques. Le gouvernement a mis un frein et n’a pas fourni les visas nécessaires au roi et à sa famille pour qu’ils rentrent au pays. Le retour du roi Michel eut lieu en décembre 1990, pour Noël. Dès son arrivée à l’aéroport d’Otopeni, près de Bucarest, la presse l’attendait et c’est un convoi exceptionnel qui a ensuite emmené le roi directement jusqu’au monastère de Curtea de Argeş, nécropole royale. Le convoi a été arrêté en chemin, ne permettant au roi et à sa famille d’atteindre le monastère où reposent tous les membres de la famille royale. Contraints de faire demi-tour, ils sont expulsés de Roumanie le 26 décembre. Cette expulsion politique reste un souvenir douloureux pour la famille et les partisans monarchistes.

Le deuxième retour, en 1992

À partir de cette date, la famille royale a compris qu’elle avait un rôle à jouer dans ce pays, même si l’accès au territoire semblait difficile et compromis. La princesse Margareta a créé sa fondation et le roi Michel s’est intéressé aux enjeux politiques du pays. À plusieurs reprises, il a tenté d’entrer dans des négociations avec le pouvoir de Bucarest même si sa marge de manœuvre était très limitée. La princesse Margareta, quant à elle, voyage dans toute l’Europe via sa fondation, telle un ambassadeur. La fondation permet notamment de créer des projets pour les enfants roumains. Rapidement, cette association est présentée comme d’utilité publique en Roumanie, bien que l’accès au territoire reste compliqué.

De 1992 à 1996 : l’interdiction de rentrer en Roumanie

En avril 1992, l’archevêque Pimen de Suceava et Rădăuilor a invité le roi Michel à le rejoindre pour célébrer Pâques. Le roi Michel et la reine Anne sont arrivés en avion en Roumanie, et ont directement rejoint l’église Saint-Georges pour participer aux célébrations religieuses. Des centaines de milliers de Roumains se sont ruées pour observer le convoi royal dans lequel se trouvait leur ancien souverain. Au vu de l’engouement du public, le gouvernement a pris peur, pensant que le roi s’apprêtait à faire un retour politique. Après l’office religieux, le gouvernement décida d’interdire au roi de remettre les pieds sur le territoire. Cette interdiction dura jusqu’en 1996. Pendant cette période de 4 ans, le reste de la famille royale était en droit d’entrer en Roumanie. La reine Anne et ses filles ont commencé à être de plus en plus présentes lors d’événements caritatifs. Plusieurs visites et rencontres avec la population ont été organisées.

1997 : le retour définitif du roi et de la famille royale de Roumanie

Suite aux élections de 1996, les choses ont beaucoup changé pour la famille royale. Le changement de majorité au parlement a permis au roi et à sa famille de se voir réhabilités. Une décision gouvernementale du 21 février 1997 est signée pour rendre la nationalité roumaine au roi, à la reine mère Hélène, ainsi qu’à tous les membres de la famille royale, avec effet rétroactif. Avec un passeport roumain en poche, il fut à partir de cette date beaucoup plus simple pour le roi de visiter son propre pays.

L’année 1997 marque également un tournant d’un point de vue dynastique. Lors d’un dîner organisé pour la presse et les personnalités politiques et sociales du pays, le roi s’est exprimé quant à l’avenir de la famille royale. Au cours du dîner, il a fait savoir sa décision de nommer sa fille aînée héritière, bien que la loi salique était inscrite dans la dernière constitution au moment de la chute de la monarchie. Il a demandé au Parlement et à la classe politique de respecter cette décision et, en cas de retour à la monarchie, de faire introduire dans la Constitution ce changement dans la règle de succession à la Couronne. 

La famille royale roumaine crée sa place dans les institutions républicaines

L’institutionnalisation et l’adoption d’une position officielle de la famille royale s’est poursuivie jusqu’en 2001, par l’adoption d’une loi qui a officiellement reconnu la position du roi Michel I. Malgré le fait que cette loi soit écrite de manière républicaine, désignant le roi Michel comme « ancien chef de l’État roumain », elle est tout de même très bénéfique à la famille. En effet, elle a permis l’établissement d’une présence physique permanente à Bucarest de la Maison royale. La loi permet donc que l’ancien chef d’État et sa famille s’établissent de façon permanente au palais Elisabeta, qui fut la dernière résidence royale avant la chute de la monarchie en 1948. Depuis lors, le palais royal est devenu le vrai bastion de la famille. À l’intérieur de ces murs, la famille est totalement légitime et organise ses multiples événements dynastiques, caritatifs, diplomatiques, …

Malheureusement, toutes les activités publiques de la famille royale engendrent certaines dépenses. Malgré le soutien de généreux sponsors dans le pays et à l’étranger, plus de ressources sont nécessaires pour faire fonctionner cette véritable institution. À ce titre, le roi décida de demander la restitution des biens qui, le 30 décembre 1947, lui appartenaient personnellement (et non ceux qui appartenaient à la couronne). Une loi existe à cet effet, afin que tout citoyen roumain puisse réclamer des biens lui ayant été confisqués par le régime communiste. Malheureusement, son statut d’ancien chef d’État a posé quelques problèmes à cette demande, la limite précise entre les biens personnels et les biens dont il disposait en tant que souverain n’étant pas toujours très claire. En 2005 encore, la Cour constitutionnelle a rejeté sa demande. Parmi les biens que réclament aujourd’hui encore la famille, il y a le domaine royal de Sinaia, le domaine royal de Săvârşin et encore d’autres petits bâtiments.

Malgré ces difficultés, la cohabitation entre la famille royale et le pouvoir en place est relativement bonne et cordiale depuis 1997. Profitant de ce climat favorable à la famille royale, le 5 janvier 2005, le roi demanda à restaurer son ordre dynastique familial, l’ordre de Carol 1e. L’anniversaire des 15 ans de sa restauration a été célébré, il y a deux semaines. La même année, une Maison de Sa Majesté a été créée afin de consolider l’institution que représentait sa famille. En 2007, le roi procède à de grands changements internes à sa famille, en recodifiant entièrement les règles fondamentales. Ces modifications ont été très largement commentées et approuvées par la presse nationale. L’ensemble des maisons royales régnantes en Europe a reconnu la version modernisée de la constitution de la maison royale de Roumanie.

La famille royale roumaine aujourd’hui

En 2007, Michel 1e fait changer son nom de famille en « de Roumanie », un nom qu’adoptent évidemment ses descendants, qui sont alors les seuls à appartenir à la famille royale de Roumanie. Tous ses cousins Hohenzollern (nom de famille qu’il portait auparavant) ne peuvent plus prétendre à apparaitre dans l’ordre de succession. Mais aussi, Michel 1e va lui-même faire le tri dans ses descendants, en retirant sa fille la princesse Irina de l’ordre de succession, ainsi que ses enfants ou petits-enfants. Aujourd’hui, ils ne sont plus que 5 dans l’ordre de succession au trône, après Margareta.

Grâce au statut particulier qu’a réussi à se forger la famille royale, un certain nombre de fonctions officielles sont accordées à ses membres et à sa représente actuelle, la princesse Margareta, devenue Gardienne de la Couronne, tel que l’avait demandé son père, en 1997. Ainsi, des décorations officielles, reconnues par l’État, sont remises et décernées par la famille royale. Il existe comme dans toutes les cours européennes, une liste de fournisseurs de la famille royale, également reconnus par l’État. Tout ce qui touche à la famille royale, comme baptiser une école, un parc, une rue du nom d’un ancien roi, d’une reine ou en mémoire d’un membre de la famille revient à la famille royale.

La mort de Michel 1e et la pérennité de la famille royale roumaine

Plusieurs événements royaux sont devenus des traditions, comme la soirée du corps diplomatique, les garden parties, les soirées au palais et les remises de récompenses. Le 5 décembre 2017, le roi Michel est mort à l’âge de 96 ans. Grâce à toutes les mesures mises en place par la famille, et à la réhabilitation de sa famille dans le cœur des Roumains, le roi eut droit à des funérailles nationales et royales.

Depuis 2016 déjà, la princesse Margareta officiait en tant que régente, remplaçant son père lors d’événements publics. Depuis sa mort, bien que la famille royale connut des périodes difficiles, elle continue avec son époux, le prince Radu, de faire connaitre les missions de sa famille. Très populaire, la princesse Margareta, outre ses nombreux engagements caritatifs à travers sa fondation, est également présidente de la Croix-Rouge de Roumanie.

Depuis hier, et en particulier aujourd’hui, ce 18 janvier 2020, de nombreux événements sont organisés pour commémorer les 30 ans de la fin de l’exil de la famille royale. Les célébrations ont commencé hier, avec une réception en marge de la publication d’un livre commémoratif de cet événement. Plusieurs chaines de télévision proposent aujourd’hui des émissions spéciales et commémoratives.

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Nicolas Fontaine
Nicolas Fontaine

Rédacteur en chef - Rédacteur sénior

Nicolas Fontaine est rédacteur web indépendant depuis 2014. Après avoir été copywriter et auteur pour de nombreuses marques et médias belges et français, il s'est spécialisé dans l'actualité des royautés. Il est aujourd'hui rédacteur en chef d'Histoires royales. nicolas@histoiresroyales.fr