Qui sont ces Japonais qui vont intégrer la famille impériale et l’ordre de succession au trône ?

Le Parlement japonais a révisé la loi de succession au trône pour empêcher l’extinction de la famille impériale, en raison du nombre restreint de ses membres. Cette nouvelle loi propose de réintégrer au sein de la Maison impériale des membres issus de branches collatérales. Ils seraient aujourd’hui une dizaine d’individus, des hommes de plus de 15 ans et célibataires, potentiellement adoptables pour rejoindre la famille impériale. Qui sont-ils et à quoi leurs enfants pourraient prétendre ?

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Une dizaine d’hommes peut répondre aux critères pour intégrer la Maison impériale

Ils sont employés de bureau, entrepreneurs ou impliqués dans la vie publique. Ils mènent une vie au sein de la société civile mais ils pourraient du jour au lendemain abandonner leur vie de roturier pour vivre derrière les murs d’un palais. Le 17 juillet, le Parlement japonais a voté la révision de la loi déterminant l’ordre de succession au trône du Chrysanthème et les conditions d’appartenance à la Maison impériale. Étudiée à maintes reprises depuis plus de vingt ans, cette révision a finalement été votée et devrait être effective aux alentours du mois d’octobre.

L’impératrice Masako et l’empereur Naruhito avec leur fille unique, la princesse Aiko (Photo : Imperial Household Agency of Japan via AP/SIPA)

Depuis quelques jours, la presse internationale rapporte cette nouvelle, bien que des zones d’ombre subsistent en ce qui concerne les modalités précises d’application de cette nouvelle loi. Depuis quelques décennies, la famille impériale manque d’héritiers mâles pour prétendre au trône du Chrysanthème. L’empereur Naruhito et l’impératrice Masako n’ayant eu qu’une fille, celle-ci ne peut pas prétendre au trône, et en l’état actuel, l’héritier direct de l’empereur est son frère cadet, le prince héritier Fumihito. Lui aussi a rencontré des difficultés pour avoir un fils. Après la naissance de deux filles, Fumihito a enfin eu un garçon, le prince Hisahito, né en 2006. Le prince Hisahito, qui aura 20 ans en septembre, occupe actuellement la deuxième place dans l’ordre de succession. Aujourd’hui, la pérennité de la dynastie repose sur les épaules du jeune homme. Il existe un seul autre membre de la famille dans l’ordre de succession, le prince Masahito, qui est l’oncle de l’empereur. Cependant, il est âgé de 90 ans et n’a pas d’enfants. Face à cette impasse, il devenait de plus en plus urgent de modifier cette loi avant de se retrouver sans potentiel héritier.

Bien que les Japonais soient favorables à voir la princesse Aiko succéder à son père, la loi salique n’a finalement pas été abolie. Elle pourra toutefois maintenir son rang au sein de la Maison impériale après son mariage (Photo : POOL/ZUMA/SIPA)

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Certains candidats descendent d’un empereur du 14e siècle

La constitution japonaise actuelle a été rédigée après la Seconde Guerre mondiale et n’a jamais été amendée. L’ordre de succession est déterminé par la Loi de la maison impériale de 1947, qui restreint les candidats au trône aux seuls descendants mâles de l’empereur Taisho (Yoshihito). Cette règle a eu pour conséquence d’évincer les princes issus de branches cousines. La révision de la loi permettrait de réintégrer ces hommes dont les ancêtres appartenaient à ces maisons princières. L’idée est donc de restituer à ces branches le statut qu’elles avaient avant le changement de loi de 1947.

En mai dernier, un sondage Kyodo News avait révélé que 83 % des personnes interrogées étaient favorables à l’accession au trône d’impératrices, soit à l’abolition de la loi salique (qui impose une succession agnatique ou patrilinéaire). On constate que le parlement a fait tout son possible pour éviter d’abolir la loi salique, préférant intégrer des hommes qui vivent depuis leur naissance comme des roturiers et ont un très faible lien de parenté avec l’empereur plutôt que de permettre à une femme de monter sur le trône. En effet, même avant leur exclusion de la famille en 1947, ces onze branches (maisons princières) étaient composées d’environ une cinquantaine de membres dont l’ancêtre commun avec l’empereur remontait, pour certains, au 14e siècle. Il s’agit donc de cousins très éloignés.

Le prince héritier Fumihito et la princesse héritière Kiko avec leur deuxième fille, la princesse Kako, et leur fils, le prince Hisahito, en 2024. Leur fille aînée a été exclue de la famille impériale après son mariage en 2021 (Photo : Imperial Household Agency of Japan via AP/SIPA)

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Selon les médias japonais, cette réintégration pourrait concerner une dizaine d’hommes. La nouvelle loi prévoit que ces hommes doivent avoir plus de 15 ans et ne peuvent pas être mariés ni avoir d’enfants. Contrairement à ce qui a pu être rapporté ces derniers jours dans la presse, ces hommes qui seront « adoptés » retrouveront uniquement un statut au sein de la Maison impériale. L’adoption constitue un mécanisme juridique permettant de recréer un lien de filiation avec un membre de la famille impériale, condition nécessaire pour retrouver le statut de prince. Selon les derniers éléments, il semblerait que ces nouveaux princes ne pourront pas eux-mêmes prétendre au trône. L’idée est de les intégrer au sein de la Maison impériale, les former et ce sont seulement leurs propres fils qui intégreront éventuellement l’ordre de succession. Ces fils seront donc déjà nés pleinement en tant que princes et auront toujours vécu comme des membres de la famille impériale.

Parmi les onze branches qui ont été déchues en 1947, il y a, entre autres, les Fushimi, Kuni, Kaya, Asaka, Higashikuni, Kitashirakawa ou encore Takeda. Plusieurs de ces branches sont en réalité des familles issues des Fushimi. Fushimi est le nom donné aux descendants du prince Fushimi Yoshihito (1351-1416), l’un des fils de l’empereur Sukō (1334-1398). Ce qui signifie que pour les descendants actuels de cette branche, ils ont pour ancêtre commun avec l’empereur Naruhito un empereur du 14e siècle. La famille Kuni, par exemple, est le nom donné aux descendants du prince Kuni Asahiko (1824-1891), un prince de la famille Fushimi qui a créé sa propre branche. Cette branche a la particularité d’avoir un lien de sang plus proche avec la famille impériale car une princesse de cette famille, Kuni Nagako, a épousé le futur empereur Hirohito. Ils sont les grands-parents de l’empereur Naruhito. Parmi les familles non issues des Fushimi, il y a la famille Kanin, qui descend de l’empereur Higashiyama (1675-1710) et la famille Arisugawa, bien qu’éteinte aujourd’hui, qui descend de l’empereur Go-Yōzei (1571-1617).

Ce lien de parenté, remontant parfois jusqu’au 32e degrés avec l’empereur actuel, a posé question à l’opposition lors du vote de la loi. La Première ministre conservatrice, Sanae Takaichi, farouchement opposée à l’abolition de la loi salique, a argumenté que des adoptions avaient déjà eu lieu au sein de la famille impériale et qu’il s’agissait d’une tradition. L’agence Asahi a toutefois fait des recherches et a démontré que cet argument était à remettre en perspective. Le premier cas d’adoption mentionné par la Première ministre a eu lieu en 1847 mais il s’agissait d’un arrangement interne entre deux branches cadettes et cet arrangement aurait été annulé après onze ans. Le deuxième cas concerne une adoption d’un prince par l’empereur Meiji à la fin du 19e siècle. Le jour de cette adoption, le prince en question est décédé. Dans les deux cas, il s’agissait d’adoptions au sein de la famille impériale. La nouvelle loi prévoit d’adopter des roturiers issus d’une famille destituée depuis près de 80 ans.

L’empereur Naruhito et l’impératrice Masako n’ont pas de fils pour poursuivre la dynastie millénaire (Photo : Mischa Schoemaker/ABACAPRESS.COM)

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Que faire en cas de refus des individus concernés par cette réforme ?

Japan Times rapporte qu’il y a aussi quelques personnalités publiques qui appartiennent à ces familles potentiellement candidates à rejoindre la Maison impériale. C’est le cas notamment de Tsunekazu Takeda qui fut le président du Comité olympique japonais, mais il a démissionné après avoir fait l’objet d’une enquête des autorités françaises pour des allégations de corruption liées à l’organisation des Jeux olympiques de Tokyo. Son fils, Tsuneyasu Takeda, commentateur à la télévision et personnalité publique, est le seul protagoniste de cette histoire qui a réagi publiquement à la potentielle réintégration de sa famille. Lui-même est marié, ce qui semble l’exclure de la réintégration selon les critères actuels, toutefois, il s’est exprimé sur le sujet et a pointé du doigt certains éléments importants.

Cette loi laisse supposer que le candidat acceptera la proposition. Or, ces hommes devraient abandonner leur travail, se plier aux règles du Palais et changer de vie. Mais quelle la liberté est offerte à ces hommes de refuser la proposition ? Il n’y a actuellement, selon les recherches faites au Japon, qu’une dizaine d’hommes qui remplissent ces critères. Si aucun d’eux n’accepte la proposition, ce changement de loi n’aura donc aucune utilité. Quel membre actuel de la famille sera choisi pour devenir le « parent adoptif » ? Cela aura probablement une conséquence aussi sur l’ordre de succession au trône. Parmi les onze anciennes branches, laquelle est considérée comme la plus proche de l’empereur ? La famille Kuni est celle dont le lien de parenté est le plus proche car leur ancêtre en commun est le père de l’impératrice Nagako mais ce lien passe par une femme, ce qui n’entre pas en ligne de compte dans le calcul.

Isao Tokoro, professeur émérite d’histoire impériale à l’université Kyoto Sangyo, considère ce plan d’adoption comme « défectueux ». Il craint que « le processus de sélection devienne arbitraire ». En effet, le nombre de candidats étant déjà restreint à une dizaine d’hommes, cela reviendra à poser un choix sur un individu. Cette logique va à l’encontre même de la monarchie, qui ne choisit pas son monarque.

Pour la première fois dans l’histoire moderne du Japon, la survie de la plus ancienne monarchie héréditaire du monde pourrait dépendre non plus uniquement de la naissance d’un héritier, mais du consentement volontaire d’hommes ayant vécu toute leur existence comme de simples citoyens. Ce renversement illustre à quel point la question successorale est devenue cruciale pour l’avenir de la dynastie. La monarchie nippone est la plus ancienne du monde. La déesse Amaterasu Omikami, déesse du Soleil, a donné les rizières, le blé et la culture de la soie. Elle est aussi considérée comme la mère de la famille impériale. C’est elle qui aurait engendré la dynastie Yamato, qui règne depuis toujours sur le Japon. Selon la légende, le premier empereur, Jinmu, qui aurait régné de -660 à -585, était l’arrière-arrière-arrière-petit-fils de la déesse. Il est le fondateur légendaire de la famille, tandis que le premier empereur avéré historiquement est l’empereur Ojin, monté sur le trône en l’an 270.

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Nicolas Fontaine

Rédacteur en chef

Nicolas Fontaine est un journaliste spécialisé dans les familles royales et l'histoire des monarchies européennes et mondiales. Nicolas Fontaine a fondé Histoires Royales, le premier média en ligne dédié à l'actualité des têtes couronnées en 2019. nicolas@histoiresroyales.fr