Margareta de Roumanie appelle à la responsabilité nationale lors de la 155e soirée royale du corps diplomatique

C’est une tradition vieille de 155 ans. Le chef de la famille royale de Roumanie réunit annuellement les ambassadeurs et représentants des corps diplomatiques étrangers en poste à Bucarest pour une soirée royale. Magrareta de Roumanie a repris cette tradition depuis de nombreuses années. Ce 17 novembre, la fille du roi Michel 1e a prononcé son discours annuels aux ambassadeurs, lors d’une soirée organisée au Palais Royal.

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Soirée royale du Corps diplomatique au Palais Royal de Bucarest

C’est à la fin du 19e siècle que le roi Carol 1e de Roumanie a organisé pour la première fois une soirée en l’honneur des ambassadeurs en poste dans son pays. La première réception de ce genre a eu lieu il y a 155 ans, dans la salle du trône du Palais royal. Après cela, chaque année, les rois Carol Ier, Ferdinand, Carol II et Michel 1e ont maintenu la tradition consistant à honorer les relations diplomatiques entre la Roumanie et les différents pays du monde. 

Pendant l’exil et l’arrêt des activités de Michel Ier, cette tradition a dû être interrompue pendant 5 décennies. En 1997, lorsque le roi Michel a repris du service, il a décidé de rétablir la tradition. Depuis 2009, sa fille ainée, Margareta, Gardienne de la Couronne a personnellement organisé ces événements, sans interruption.

(Photo : Familia Regală)

Ce 17 novembre, des personnalités représentant l’administration présidentielle, le parlement roumain, le gouvernement et le ministère des Affaires étrangères étaient conviés à cette soirée à laquelle assistait également le prince Radu.

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Margareta de Roumanie appelle à la responsabilité nationale

Dans son discours en anglais, la chef de la Maison royale de Roumanie a rappelé à ses invités que l’année 2021 est particulière pour sa famille puisqu’elle célèbre le centenaire de la naissance du roi Michel 1e. «Un siècle au cours duquel la Roumanie est passée de l’euphorie de la réalisation de l’unité nationale après la Première Guerre mondiale, au désastre de la Seconde Guerre mondiale, aux décennies de misère du despotisme communiste qui ont suivi, et à la période d’espoir et de renouveau après la fin de la guerre froide.»

(Photo : Familia Regală)

Margareta n’a pas manqué de faire le point sur la situation sanitaire qui s’améliore mais aussi sur les difficultés rencontrées par son pays lors de cette pandémie. «Il y a des leçons à tirer à tous les niveaux : il y a des questions sur l’efficacité de notre administration, l’état de nos services de santé et l’investissement que nous y consacrons, ainsi que la capacité de nos institutions étatiques à lutter contre la vague des théories du complot et les rumeurs malveillantes, qui contribuent au rythme relativement lent de notre programme de vaccination.»

Malgré son désir de maintenir un sens de l’autocritique, Margareta rappelle qu’il est peut-être bon d’attendre avant de porter un jugement trop hâtif. «Nous devons également retenir notre jugement jusqu’à ce que cette crise soit vraiment terminée et que nous puissions établir une évaluation plus équilibrée de ce qui s’est passé.»

Selon Sa Majesté, l’entraide possible grâce aux partenaires étrangers et en particulier au sein de l’Union européenne, est l’une des grandes leçons à tirer de cette crise. «Pour moi, l’importance de la solidarité européenne est l’une des leçons clés de la pandémie. Il ne m’appartient pas de me prononcer sur certaines des divergences politiques actuelles qui préoccupent l’Union européenne. Mais je voudrais dire que, quelle que soit l’importance de ces différences, nous ne devons pas perdre de vue certains faits fondamentaux.»

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Margrareta de Roumanie, qui a récemment distinguée par l’école de diplomatie de Genève, a également voulu attirer l’attention sur un autre point important, celui de l’instabilité de la région. «La sécurité de notre région semble se dégrader. Au cours des dernières semaines, nous avons assisté à une tentative délibérée de remettre en cause le statu quo en Europe tel qu’il a été créé à la fin de la guerre froide.» Elle rappelle aussi combien la «coopération de défense polono-roumaine reste la pierre angulaire de nos accords de sécurité régionale» et elle a rendu «hommage aux contributions britanniques, canadiennes et américaines» en matière de sécurité. Ces trois pays en dehors de l’UE «restent essentiels à la sauvegarde de notre indépendance.» Margareta a également félicité la Moldavie pour la voie qu’elle entreprend et le chemin emprunté par l’Ukraine.

«La leçon la plus importante de la crise sanitaire actuelle est probablement l’importance de la bonne gouvernance et de la maturité politique», continue-t-elle. «Notre défense nationale dépend non seulement de nos soldats et de leurs armes, mais aussi de nos médecins et infirmières, et de leurs ventilateurs à oxygène. Et coordonner ces efforts, s’assurer que toutes les entités jouent leur rôle, est l’affaire des politiques.»

«Je sais, bien sûr, que les combats politiques sont l’essence de la démocratie. Je sais aussi qu’il est facile pour quelqu’un comme moi de lancer des appels à l’unité nationale. Mais ce soir, je voudrais lancer un appel différent : celui de la responsabilité nationale. Nous ne pouvons pas attendre de nos proches partenaires qu’ils nous prennent au sérieux si nous passons des mois sans gouvernement et si les ministres vont et viennent tous les mois. Nous ne pouvons pas nous attendre à ce que les électeurs restent à l’écart des politiciens populistes si les politiciens existants ne leur offrent rien. Notre secteur privé est dynamique, talentueux et compétent. Mais nous ne pouvons pas nous attendre à retrouver la forte croissance économique dont notre pays a besoin si la seule chose que font nos élus et responsables politiques est de se chamailler au sujet de la répartition des portefeuilles ministériels.»

Sa Majesté exhorte à «un débat national plus large sur la manière de surmonter les obstacles constitutionnels évidents qui empêchent notre système politique de fonctionner correctement. Nous ne devons pas hésiter à changer la constitution : la plupart de nos principaux partenaires européens non seulement en parlent tout le temps, mais mettent aussi périodiquement en œuvre des modifications constitutionnelles.»

Avant de conclure son discours et de remercier ses invités pour leur présence, Margareta de Roumanie a rappelé que son père «a mené une vie dans laquelle il n’a jamais fait de compromis sur les principes qui lui étaient chers, mais n’a également jamais considéré aucun devoir comme étant au-dessous de sa dignité, s’il aidait sa nation. Je suis déterminée à continuer sur ses traces.»

Nicolas Fontaine

Rédacteur en chef

Nicolas Fontaine est rédacteur web indépendant depuis 2014. Après avoir été copywriter et auteur pour de nombreuses marques et médias belges et français, il s'est spécialisé dans l'actualité des royautés. Nicolas est aujourd'hui rédacteur en chef d'Histoires royales. nicolas@histoiresroyales.fr