Pourquoi Jacques de Monaco est-il aussi marquis des Baux ?

Le 10 décembre 2014 naissaient Jacques et Gabriella Grimaldi, les deux premiers enfants légitimes du prince souverain Albert II de Monaco. Pas de discussion possible entre qui est né le premier, bien que jumeaux, la primogéniture à préférence masculine est d’application dans la Principauté ! Par conséquent, Jacques est l’hériter du trône et porte le titre de marquis des Baux. D’où vient ce titre et pourquoi porte-t-il le nom d’un territoire français ?

Pourquoi le prince héréditaire Jacques de Monaco porte-t-il le titre de marquis des Baux ? (Photo : Niviere David/ABACAPRESS.COM)

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L’héritier du trône monégasque est marquis des Baux

En Belgique, l’hériter est duc de Brabant, au Royaume-Uni, il est prince de Gales, en Espagne, prince des Asturies et à Monaco… marquis des Baux. Le marquis des Baux est le seul à ne pas porter un titre qui fait référence à un territoire de son propre pays. L’actuel détenteur de ce titre est le prince héréditaire Jacques, le jumeau de la princesse Gabriella, tous deux nés le 10 décembre 2014.

Jacques est né à 17 heures 06, soit deux minutes après sa sœur. Il est donc le cadet. Cependant, la principauté de Monaco est la seule monarchie européenne avec l’Espagne, à suivre l’ordre de primogéniture à préférence masculine, plaçant un garçon avant sa sœur, peu importe l’ainé.

À sa naissance, le prince héréditaire Jacques a hérité du titre de marquis des Baux, réservé à l’héritier et la princesse Gabriella est devenue comtesse de Carladès. Le marquis des Baux, pour les Baux-de-Provence et Carladès pour un ancien territoire d’Auvergne. Deux titres qui font référence à des territoires situés en France et non à Monaco. La première raison est simple. La Principauté étant un tout petit territoire, la possibilité d’offrir un titre de noblesse attaché à un lieu est assez restreinte.

La deuxième raison est historique et remonte au 17e siècle, à la date de la signature du Traité de Péronne. La Principauté ne fut pas toujours restreinte au Rocher. Auparavant, la Principauté comprenait Monaco mais aussi les communes voisines de Roquebrune et Menton. Depuis 1614, sous Honoré, le souverain n’était plus uniquement connu comme le seigneur de Monaco mais comme le prince de Monaco, un titre reconnu par le roi d’Espagne, dont Monaco était sous le protectorat un peu trop envahissant.

En tant qu’héritier, Jacques Grimaldi a hérité du titre de marquis des Baux. Sa sœur, Gabriella porte le titre de comtesse de Carladès, qui fait référence aussi à un territoire français (Photo : David Niviere ABACAPRESS.COM)

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Traité de Péronne : Louis XIII dédommage Honoré II de Monaco avec le marquisat des Baux-de-Provence

Sous tutelle espagnole, le prince Honoré II de Monaco a cherché à s’en défaire et à se séparer de la couronne espagnole. Profitant du contexte de la Guerre de Trente Ans et de la rivalité entre la France et l’Espagne, Monaco se range du côté de la France, qui remporte la bataille.

Le Traité de Péronne, signé par Honoré II pour Monaco et Louis XIII pour la France, permet à la Principauté de retrouver sa liberté, tout en bénéficiant de la protection française. Le roi de France décide même d’offrir des territoires en compensation à son nouvel allié, pour le dédommager de ses biens confisqués par les Espagnols. La France offre au prince de Monaco le duché de Valentinois, le marquisat des Baux-de-Provence, le comté de Carladès, la cité de Chabeuil, les baronnies de Calvinet et de Buis, et la seigneurie de Saint-Rémy-de-Provence. Il s’agit bien d’un cadeau dynastique, ces territoires étant sous l’autorité française, contrairement à Roquebrune et Menton qui font partie de la Principauté.

Le prince Honoré II de Monaco s’est séparé du protectorat espagnol en signant le traité de Péronne avec le roi de France, lui permettant de retrouver son indépendance et d’hériter de titres français (Image : domaine public)

La Traité de Péronne resta en vigueur jusqu’à la Révolution française, date à laquelle les territoires monégasques (Monaco, Roquebrunne, Menton) furent rattachés à la France. Après la défaite de Napoléon, en 1815, Monaco fut rattaché au royaume de Sardaigne, et enfin, quelques décennies plus tard, les Sardes les rendirent à la France pour la remercier de son aide lors de la conquête de l’Italie. En 1861, Roquebrune et Menton décident par plébiscite de rejoindre la France, la Principauté ne comprend plus que Monaco.

Lorsqu’avec le Traité de Péronne le prince Honoré de Monaco reçut le marquisat des Baux, qui correspond à la ville de Baux-de-Provence, il décida d’en offrir le titre à son fils héritier, le prince Hercule. Le prince Hercule fut le premier détenteur du titre et mourut tragiquement à 27 ans, avant son père, tué par inadvertance par un garde qui manipulait une arme. En mémoire à ce prince héréditaire qui ne monta jamais sur le trône, le titre de marquis des Baux fut octroyé par tradition à tous les héritiers du trône.

Le prince souverain Honoré II de Monaco a donné à son fils, Hercule, le titre de marquis des Baux qu’il avait obtenu du roi de France, en compensation des biens confisqués par les Espagnols. Le premier marquis des Baux mourut avant son père et le titre fut conservé pour les héritiers (Image : Domaine public)

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Un titre de noblesse monégasque pour l’héritier du trône

En réalité, le titre de marquis des Baux était un titre de noblesse français. Comme tous les titres de noblesse du royaume de France, il était uniquement transmissible par descendance masculine. Or, quand en 1949 Louis II de Monaco mourut, il n’avait aucun successeur masculin légitime. C’est sa fille illégitime, Charlotte, qui lui succéda sur le Rocher. D’un point de vue nobiliaire français, le titre de marquis des Baux ne peut pas se transmettre de la sorte et s’est donc officiellement éteint, n’ayant aucune autorité en France à cette époque pour légitimer la transmission irrégulière. Par conséquent, à partir de cette date, lorsque le titre continua à être transmis à Monaco, il s’agit bien d’un titre de noblesse monégasque et non français, qui est conféré par le chef d’État monégasque, qui peut décider des titres de noblesse dans son pays, comme le prévoit l’Article 16 du Titre II de la Constitution.

Sources : L’Express

Nicolas Fontaine

Rédacteur en chef

Nicolas Fontaine est rédacteur web indépendant depuis 2014. Après avoir été copywriter et auteur pour de nombreuses marques et médias belges et français, il s'est spécialisé dans l'actualité des royautés. Nicolas est aujourd'hui rédacteur en chef d'Histoires royales. nicolas@histoiresroyales.fr