Le prince Ahmed el-Sanoussi plaide pour un système fédéral en Libye

Après avoir été condamné à mort et après avoir passé 31 ans en prison, le prince Ahmed Zubair al-Senussi reste un homme influent en Libye et en particulier dans sa région du Cyrénaïque. Le cousin du seul et dernier roi Idris 1e de Libye a accordé une interview au média italien Speciale Libia, suite à la nomination du Gouvernement d’unité nationale ce 15 mars 2021.

Le prince Ahmed al-Senoussi, militant du printemps arabe, petit-neveu du roi Idris (Photo : CC/Flickr/Parlement européen)

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Le prince Ahmed Zubair al-Senussi rappelle le rôle joué par le roi Idris 1e dans l’unité du pays

Le prince Ahmed Zubair al-Senussi, aussi appelé Zubeir Ahmed el-Charif, est un membre influent de l’ancienne famille royale libyenne. En 2011, il a reçu le prix Sakharov du Parlement européen. Son grand-père était Ahmed Chérif al-Sanoussi, connu aussi comme Ahmad 1e, bien qu’il n’ait jamais régné. Chef de la famille des Sanoussi, descendants de tribus chérifiennes algériennes, Ahmad 1e a dirigé l’ordre Sanousiyya lors des conflits armés contre la France, puis contre l’Italie et enfin pendant la Première guerre mondiale. La fille d’Ahmad 1e a épousé son cousin Idris al-Sanoussi, qui sera connu en 1951, comme Idris 1e, roi de Libye.

Né en 1934, le prince Ahmed Zubair al-Senussi a vécu et grandi en Cryénaïque. Il a été formé à l’école militaire en Irak, où il a vécu une bonne partie de sa vie, avant de retourner en Libye. En 1970, il projette de renverser Kadhafi qui s’était emparé du pouvoir suite à un coup d’État. Arrêté et condamné à la peine de mort, il restera 31 ans en prison, dont 9 ans en isolement. Il vivra pendant des années dans une cellule de 5 mètres carrés, avec un seul livre. Après avec été gracié et libéré, le prince a fait profil-bas et a vécu simplement à Benghazi. Il a appris la mort de son épouse à sa sortie de prison.

Le prince Ahmed al-Sanoussi au centre, lorsqu’il était membre du Conseil provincial de Cyrénaïque (Photo : Wikimedia Commons)

En 2011, éclate la révolution libyenne. Le prince Ahmed Zubair al-Senussi obtient alors un poste officiel et devient membre du Conseil national de transition (CNT). Ce Conseil est dissous un an plus tard, et le prince est choisi pour diriger le Conseil provincial de Cyrénaïque qui vient de se former. La Libye est composée de trois entités, la Tripolitaine, le Cyrénaïque et le Fezzan. Le Cyrénaïque est la région traditionnelle de la famille al-Sanoussi.

Lorsque les trois régions se sont unifiées sous le seul drapeau de la Libye, en 1951, c’est l’émir de Cyrénaïque, Idris al-Sanoussi qui fut choisi pour régner en tant que premier roi de Libye. Le prince Ahmed Zubair al-Senussi rappelle au média italien Speciale Libia que sa famille a toujours adhéré à la Constitution, qui exigeait d’avoir un roi politiquement neutre et qui représentait les différentes communautés du pays, sans s’immiscer dans les affaires.

Le roi Idris 1e de Libye, ancien émir de Cyrénaique, chef de la famille chérifienne al-Sanoussi (Photo : domaine public)

Un système fédéral devrait être privilégié pour donner de l’autonomie à la Tripolitaine, le Cyrénaïque et le Fezzan

«La famille royale était représentée par un roi et un prince héritier, mais le reste de la famille Senussi étaient des citoyens ordinaires. Chacun a mis à disposition son potentiel scientifique et ses compétences pour aider l’Etat. Nous étions tous proches les uns des autres, mais nous n’avons pris aucun ministère, ni contrôlé le parlement, comme cela se produit dans les monarchies du Golfe, où chaque membre de la famille royale a des pouvoirs spécifiques », explique le prince. Rappelons qu’il a longtemps milité pour le retour à la monarchie, plaidant pour un système fédéral qui permettrait de laisser une certaine autonomie aux trois régions.

Il faut que « la Libye parvienne à une formule stable basée sur des bases solides, car le pays continue de passer d’une période de transition à une autre et cela ne nous donne plus d’espoir. Alors que nous étions proches de la stabilité en 2012, nous avons formé le Conseil provincial de Cyrénaïque avec lequel nous avons appelé à un système fédéral comme l’était la Libye à l’époque du Royaume-Uni de Libye

En février 2021, le Forum de dialogue politique libyen chapeauté par l’ONU a fini par trouver un accord et a nommé un nouveau gouvernement. Le Gouvernement d’unité nationale (GNU) dirigé par Abdulhamid Dbeibeh est officiellement assermenté depuis le 15 mars 2021. Un système proportionnel a été choisi pour la chambre des représentants. « Je constate aujourd’hui que les Nations Unies nous ont donné un mauvais modèle de pouvoir », déplore le prince, qui donne pour exemple le Liban et l’Irak qui ont adopté le même système et s’est avéré catastrophique. « Ils ont introduit le système de quotas, ce système défaillant qui a déjà fait tomber le Liban. En réalité, les responsables actuels ou futurs, s’ils veulent réussir à construire l’Etat de Libye, doivent adopter le système fédéral pour mieux servir et garantir les droits de chaque citoyen ». Le prince conclut tout de même en précisant qu’il ne connait pas suffisamment le nouveau Premier ministre Abdulhamid Dbeibeh et qu’il espère tout de même que celui-ci puisse mener à bien sa mission et conduire le pays à adopter une constitution. Le Soir rappelle que ce gouvernement est censé diriger le pays jusqu’à des élections législatives prévues le 24 décembre 2021.

Nicolas Fontaine

Rédacteur en chef

Nicolas Fontaine est rédacteur web indépendant depuis 2014. Après avoir été copywriter et auteur pour de nombreuses marques et médias belges et français, il s'est spécialisé dans l'actualité des royautés. Nicolas est aujourd'hui rédacteur en chef d'Histoires royales. nicolas@histoiresroyales.fr