Le prince Hridayendra : futur roi du Népal ?

Le jeune homme a 18 ans cette année. Il peut officiellement occuper pleinement ses fonctions royales. Le prince Hridayendra est un jeune homme comme tous les autres. Sur son compte Instagram – boucle d’oreilles en diamant, baskets aux pieds et sweat à capuche sur le dos –, il publie des photos avec ses sœurs, ses amis du lycée ou en vacances dans la vallée de Pokhara. Rien ne laisse penser que Hridayendra Shah avait un tout autre statut, il y a à peine 12 ans. Le jeune homme est le petit-fils du dernier roi Gyanendra, déposé en 2008, et certains royalistes l’imaginent déjà monter un jour sur le trône.

Le prince Hridayendra pourrait-il devenir le futur roi du Népal (Photo : Instagram/hridayendra.b.b_shah)

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Hridayendra : le fils du prince héritier du Népal

Voir un jour Hridayendra Shah sur le trône du Népal n’est pas une idée si farfelue. En 2008, après 240 ans de dynastie hindoue, la famille Shah a accepté de se retirer. Le roi Gyanendra, extrêmement impopulaire a accepté son sort, laissant place à l’instauration d’une république. Ce régime n’a pas réussi à faire ses preuves et depuis quelques semaines, les manifestations pro-monarchiques s’amplifient dans le pays, demandant le retour du roi.

Pour l’heure, le retour à la monarchie n’est pas encore signée, et les royalistes bien que de plus en plus bruyants, restent minoritaires. Mais on peut tout de même imaginer les possibles candidats, qui se presseraient sur le trône. L’ancien roi Gyanendra a depuis longtemps fait savoir qu’il restait disponible, et prêt à récupérer sa place si les Népalais le souhaitaient. Mais le roi est prêt à faire d’autres concessions, comme voir l’un de ses héritiers monter à sa place sur le trône. Parmi eux, il y a le jeune prince Hridayendra, 18 ans en 2020, fils du prince héritier Paras et de la princesse héritière Himani. Encore enfant, alors que la monarchie était vivement critiquée, on pensait déjà que le roi Gyanendra abdiquerait en faveur de son petit-fils (alors âgé d’à peine 5 ans) pour sauver la dynastie.

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Qui est le prince Hridayendra Shah ?

Hridayendra, du nom complet de Hridayendra Bir Bikram Shah Dev qu’il reçut 11 jours après sa naissance lors d’une cérémonie hindoue, est né le 30 juillet 2002 au palais royal de Katmandou. À sa naissance, son grand-père, le roi Gyanendra est sur le trône depuis seulement un an, succédant à son frère, suite au massacre de la famille royale népalaise.

Le prince Hridayendra est le deuxième enfant, mais premier fils, du prince héritier Paras Bir Bikram Shah Dev et de la princesse héritière Himani Rajya Laxmi Devi Shah. Sa mère est issue de l’ancienne famille princière indienne de Sikar. Il a une grande sœur, la princesse Purnika née en 2000, et suivra une petite sœur, la princesse Kritika, en 2004.

Les princesses Kritika et Purnika Shah du Népal en 2020 (Photo : Instagram/purnika_shah)

À sa naissance, le prince Hridayendra recevra le titre de Nava Yuvaraj, qui signifie « jeune prince héritier ». Ce titre est traditionnellement réservé à l’héritier présomptif du prince héritier. Deuxième dans l’ordre de succession au trône, futur roi du Népal, Hridayendra aura droit à toutes les cérémonies traditionnelles à sa naissance. Suivant les préceptes védiques, il est nourrit de riz à six mois, lors de la cérémonie d’annaprashana, puis il sera présenté à la population lors d’une procession sur des sites religieux de la capitale. L’ensemble des cérémonies est présidé par le Premier ministre.

Le prince Hridayendra porte le titre de Nava Yuvaraj, en tant qu’héritier du prince héritier (Photo : DR)

En août 2006, le parlement adopte une nouvelle loi, modifiant l’ordre successoral au trône du Népal. Les femmes peuvent non seulement monter sur le trône, mais en plus, la primogéniture absolue est adoptée, signifiant que seul le droit d’ainesse est pris en compte, sans distinction de genre. Hridayendra ne reculera toutefois pas d’une place, bien que sa sœur Purnika soit son aînée, car la loi n’a pas d’effet rétroactif et ne s’appliquera qu’à partir des prochaines naissances.

Début 2007, le sort de la monarchie est de plus en plus incertain. Au mois de juillet, le premier ministre Girija Prasad Koirala fait comprendre au roi qu’il devrait abdiquer et au prince héritier qu’il devrait laisser passer son tour, pour offrir le trône directement à son fils. Plusieurs politiciens feront pression en ce sens, et l’éventualité de voir un enfant sur le trône semble de plus en plus probable.

Le Nepal Times donnait à l’époque plus de détails sur la vie du jeune prince : « Il est espiègle et caractériel, mais pas méchant. Il adore les armes en jouet et ceux qui vivent au palais plaisantent en disant que son amour pour les armes à feu est génétique. » Rappelons que la famille royale avait été décimée par le prince héritier Dipendra à peine 6 ans avant l’écriture de cet article. « On dit qu’il est très proche de son père. Jusqu’à très récemment, Paras l’emmenait partout, même dans les événements officiels. Alors que la discussion sur l’avenir du roi Gyanendra s’échauffe et que beaucoup suggèrent que Hridayendra devienne le prochain roi, ce jeune garçon passe ses journées comme n’importe quel enfant normal de six ans. »

Mais le roi Gyanendra n’abdiquera pas et en décembre 2007 la décision tombe. Sous pression des Maoïstes, la monarchie hindoue est abolie et on annonce que la république sera effective dans les mois qui suivent, à la suite d’élections. Le 28 mai 2008, la monarchie est officiellement abolie.

Le roi Gyanendra et la reine Komal fêtent leurs 50 ans de mariage en juillet 2020 dans une restaurant (Photo : Instagram/purnika_shah)

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Hridayendra futur roi du Népal ?

Douze ans après l’abolition de la monarchie, la république n’a pas réussi à s’imposer. Il a fallu attendre des années pour rédiger la première constitution, la culture népalaise est en perdition et les gouvernements se succèdent tous plus impuissants les uns que les autres. La situation est telle, que certains rêvent de revoir le roi sur le trône, une figure qui au moins culturellement ou symboliquement, parle à la population. Oui mais quel roi ?

Il est fort probable que Gyanendra sera le premier candidat. Pourtant, parmi les manifestants qui protestent aujourd’hui dans les villes du pays, on retrouve surtout une population jeune, qui aimerait voir une figure jeune à la tête du pays, Gyanendra n’ayant pas réussi à convaincre une première fois.

Le prince Hridayendra est le fils du prince héritier Paras, petit-fils du dernier roi de Népal (Photo : Instagram/hridayendra.b.b_shah)

Saurav Bhandari, un jeune Népalais de 27 ans, fait partie de ces manifestants, alors qu’il était contre la monarchie il y a quelques années. Il est membre d’un groupuscule de jeunes monarchistes et exprime à la presse locale ses envies quant au choix du prochain roi. « Il n’y a aucun espoir en Paras Shah (l’ancien prince héritier, ndlr), et il n’y en a jamais eu. Mais nous avons Hridayendra. Nous mettrons tout en œuvre pour mener ce combat jusqu’au bout et nous croyons que le changement est possible ». Ce jeune Népalais souhaite donc suivre le scénario envisagé en 2007, à savoir, exclure le prince héritier et demander au roi de choisir son petit-fils pour monter sur le trône.

À l’abolition de la monarchie, la famille héritière est partie vivre à Singapour, puis en Thaïlande, avant de retourner au Népal. Le roi Gyanendra et son épouse, la reine Komal, vivent une vie simple, comme de simples citoyens, une attitude aujourd’hui appréciée par la population. Les deux sœurs de Hridayendra sont très populaires sur les réseaux sociaux, surtout Purnika. La princesse Purnika Shah est suivie par plus de 76 000 abonnés et partage des selfies avec ses copines, comme toutes les jeunes filles de son âge.

Le prince Hridayendra a suivi sa scolarité à la Lincoln School de Katmandou, une école non confessionnelle. Il est suivi par 25 000 abonnés sur Instagram et publie des photos innocentes, ne prenant pas part aux événements politiques. Sous ses photos avec son chien ou lors d’une séance de natation, on peut lire des commentaires de Népalais qui appellent au secours, comme « Notre futur roi ! » ou «Sauve le Népal ! ».

Sources : Instagram, BBC, Nepal Times, MyRepublica

Nicolas Fontaine
Nicolas Fontaine

Rédacteur en chef

Nicolas Fontaine est rédacteur web indépendant depuis 2014. Après avoir été copywriter et auteur pour de nombreuses marques et médias belges et français, il s'est spécialisé dans l'actualité des royautés. Il est aujourd'hui rédacteur en chef d'Histoires royales. nicolas@histoiresroyales.fr