Massacre de la famille royale du Népal : le prince héritier décime sa famille

Le 1e juin 2001, le massacre de la famille royale a lieu au palais royal Narayanhiti de Katmandou. Lors d’un dîner de famille, le prince héritier Dipendra s’emporte, sous les effets de l’alcool et sous l’emprise de la drogue. Son père, le roi Birendra du Népal demande à ce qu’on le fasse sortir, lui et ses acolytes. Il reviendra plus tard avec une arme au banquet et tuera toute sa famille. Voici comment débute le plus tragique des drames royaux des années 2000. Cette histoire connait une version officielle et une version théorique.

Cérémonie de crémation de la famille royale du Népal après le massacre :

Lire aussi : Attaque contre la famille royale des Pays-Bas : la fête nationale mortelle du 30 avril 2009

Que s’est-il passé le 1e juin 2001 au palais royal de Katmandou ?

Le 1e juin 2001, 9 personnes sont mortes, dont le Roi, la Reine et 4 autres personnes qui furent blessées. Le prince héritier Dipendra, qui venait de tuer une partie de la famille royale, terminera son massacre en retournant l’arme contre lui. Le prince héritier tombe dans un coma profond mais rate son suicide. De facto, il devient roi, ayant tué son père et étant le prince héritier. Néanmoins, il mourra 3 jours plus tard, le 4 juin, des suites de ses blessures. Puisque que la majorité des héritiers du roi Birendra sont morts lors du massacre, c’est son frère cadet (oncle du prince héritier), Gyanendra qui devint roi. Cette histoire est la version officielle.

Le roi Birendra, la reine Aishwarya et leurs trois enfants, la princesse Shruti, le prince héritier Dipendra (auteur du massacre) et le prince Nirajan. Ils sont tous morts lors de la tuerie (Photo : DR)

Plusieurs thèses plus ou moins sérieuses, dont certaines ont fait l’objet d’études approfondies, désignent Gyanendra Shah comme le commanditaire de la tuerie. Gyanendra fut pourtant roi jusqu’à l’abolition de la monarchie, faisant marche-arrière dans les tentatives de démocratisation du pays de son frère, qui avait également accepté la diminution des pouvoirs royaux. Gyanendra Shah est aujourd’hui perçu comme la solution pour relever le pays, plongé dans une misère politique totale depuis l’instauration de la république.

Lire aussi : La dernière princesse irakienne est morte à 100 ans : Badyia avait échappé au massacre de la famille royale

La version officielle du massacre désigne le prince héritier comme l’unique coupable

La version officielle, qui fait du prince héritier Dipendra le responsable du massacre, émane du rapport officiel de l’enquête très sommaire menée par le gouvernement. Pourtant, quelques détails troublants permettent à certains de désigner celui qui deviendra le roi Gyanendra Shah, comme le responsable. Sans ce massacre, il serait passé à côté du pouvoir, son frère étant sur le trône et ayant plus d’un héritier pour lui succéder.

Les motifs qui auraient pu pousser Dipendra à tuer son père et sa famille sont multiples. On met principalement en avant un crime passionnel. Ce dernier voulait épouser Devyani Rana, qui était descendante de la famille rivale Rana par son père, et issue d’une des plus riches familles indiennes par sa mère. Que ce soit dans la famille de Dipendra ou de Devyani, cette union semblait totalement interdite. Pour l’épouser Dipendra aurait dû renoncer au trône.

L’attribut alt de cette image est vide, son nom de fichier est prince-heritier-birendra-shah-nepal.jpg.
Le prince héritier est-il l’auteur du massacre ? (WikiCommons)

Quelles sont les théories sur le massacre de la famille royale népalaise ?

Cette version officielle ne convainc pas tout le monde. Plusieurs éléments laissent penser que le massacre ne s’est pas déroulé de cette manière et tend à désigner le roi Gyanendra comme commanditaire. Des soupçons ont rapidement émergé quant au sérieux de l’enquête. En deux semaines, le gouvernement du nouveau roi avait rendu son rapport, sans ayant fait appel à des médecins légistes et experts en criminalité. Certains se demandent aussi pourquoi Gyendra ne participait à ce repas de famille, alors que tous les membres de la famille royale étaient présents.

Le prince héritier Dipendra aurait tenté de se suicider en s’infligeant une balle dans la tempe gauche, alors qu’il était droitier. Dans un premier temps, le nouveau roi Gyanendra annonce que la tuerie est accidentelle. Cette thèse est totalement farfelue, puisqu’un tir peut effectivement partir par mégarde, mais un tir continu d’une arme d’assaut ne peut pas se produire par accident, surtout que l’arme était en mouvement pour tirer sur plus d’une dizaines de personnes dans une assemblée. Également, l’ordre de Gyanendra de démolir et reconstruire très rapidement la salle où eut lieu le massacre a alimenté les soupçons, pensant que sa volonté était de détruire des preuves rapidement.

Le Népal a connu 3 rois en quelques jours. Photo du couronnement du roi Gyanendra Shah

Le massacre de la famille royale népalaise confirme également une légende et prophétie vieille de plus de 200 ans dans le pays. Lorsque Prithvi Narayan Shah unifia la pays en 1768, la légende circulait depuis des siècles qu’il s’était confronté à un ermite. Ce religieux qui n’appréciait pas l’arrogance du roi, prédit 10 générations de règne à sa descendance. Il ce fait que Birendra Shah fut justement de la dixième génération par rapport à son aïeul Prithvi Narayan.

Lire aussi : Fayçal II : le jeune roi d’Irak assassiné qui inspira Hergé

Abolition de la monarchie au Népal

Jusqu’en 1990, le Népal était une monarchie absolue. Ce pays totalement anti-démocratique dépendait entièrement de la bonne volonté du roi. Suite aux mouvements de protestation et à la menace qui planait sur la monarchie, le roi Birendra entreprit de très grandes réformes. Le régime devint une monarchie parlementaire avec un Premier ministre comme chef du gouvernement et un roi comme chef d’État. Le Parlement devint bicaméral avec d’un côté la Chambre des représentants, dont les élus sont directement issus d’un vote du peuple, et de l’autre le Conseil national, composé notamment de personnes élues par le roi et par des collèges de représentants locaux. Malgré ces efforts de démocratie, aucun gouvernement n’a tenu plus de deux ans avec ce mode de fonctionnement.

Depuis 2002, la politique du nouveau roi Gyanendra Shah pose question. Il révoque plusieurs gouvernements, il exige l’arrestation de plusieurs hommes politiques, l’Union européenne tire la sonnette d’alarme et réprimande le régime anti-démocratique du roi. Manifestations et grèves éclatent en 2006. Une coalition exceptionnelle entre les partis, même d’opposition, permet aux politiciens de déchoir le roi et de le priver de la plupart de ses pouvoirs. En janvier 2007, un Parlement d’intérim se met en place et en fin d’année l’Assemblée constituante a annoncé la fin de la monarchie le 24 décembre 2007. Le 28 mai 2008, l’abolition est effective.

L’ancien roi Gyanendra en visite au Népal, en 2019 (Photo : DR)

Le Népal devint à cette date la République démocratique fédérale du Népal. Ce pays deux fois plus grand que l’Irlande mettait fin à 240 ans de monarchie dominée par la dynastie Shah. En 1768, date de l’unification du Népal, ce fut Prithvi Narayan Shah, souverain du royaume de Gorkha qui devint le premier roi du Népal, étant considéré comme responsable de l’unification de plusieurs petits royaumes. Depuis lors, ce sont ses descendants qui règnent sur le pays. De 1846 à 1951, bien que la dynastie Shah continue à fournir les rois du pays, ceux-ci sont conférés à un rôle symbolique, alors que le vrai pouvoir est aux mains de la dynastie Rana, qui établit un régime particulier. La famille Rana est la famille qui fournit les Premiers ministres héréditaires, de père en fils, alors que les Shah continuent à fournir les rois. En 1951, la dynastie Shah reprend les pleins pouvoirs.

Depuis plus de 10 ans, cette république reste inchangée, aucune des promesses faites lors du renversement du roi Gyanendra Shah n’a été tenue. Le pays stagne, pire, il plonge. La culture du pays est mise à mal, les jeunes ambitieux quittent le pays, et la modernisation ne semble pas être au cœur des préoccupations du pouvoir en place. La situation est telle que de nombreux Népalais et hommes politiques demandent le retour à la monarchie.

Lire aussi : Un retour à la monarchie au Népal ?

Source : The New York Times

Nicolas Fontaine
Nicolas Fontaine

Rédacteur en chef - Rédacteur sénior

Nicolas Fontaine est rédacteur web indépendant depuis 2014. Après avoir été copywriter et auteur pour de nombreuses marques et médias belges et français, il s'est spécialisé dans l'actualité des royautés. Il est aujourd'hui rédacteur en chef d'Histoires royales. nicolas@histoiresroyales.fr

No Comments Yet

Leave a Reply