La princesse Esmeralda demande le retrait des statues de Léopold II et des actions concrètes de la Belgique envers le Congo

La princesse Esmeralda de Belgique, auteure et militante, fille du roi Léopold III, signe une tribune dans Brussels Times, dans laquelle elle se prononce en faveur du retrait des statues du roi Léopold II, son arrière-grand-oncle. Elle indique qu’il s’agit pour elle d’une première étape dans le processus de réparation que devrait entamer la Belgique envers le Congo.

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La princesse Esmeralda de Belgique demande des excuses, dire la vérité et prendre des mesures concrètes

La demi-sœur du roi Albert II signe un édito dans le magazine anglophone bruxellois Brussels Times. Le 42e numéro de la version papier, paru en ce début d’année 2022, est en très grande partie consacré à Léopold II. Brussels Times donne la parole à des personnalités belges, comme à Pierre Kompany, père du footballeur Vincent Kompany, et premier bourgmestre noir de l’histoire de la Belgique.

Le déboulonnage des statues est un phénomène qui a pris de l’ampleur dans le monde entier en 2020, suite à la mort de George Floyd, provoquant des manifestations et le début du mouvement Black Lives Matter. Partout dans le monde, des réflexions ont été lancées à propos de la glorification de personnages controversés de l’histoire. En Belgique, le personnage le plus décrié est le roi Léopold II, qui avait fait du Congo sa propriété privée, une propriété 77 fois plus grande que la taille de la Belgique.

La statue équestre de Léopold II, près du Palais royal de Bruxelles, est régulièrement victime de vandalisme (Photo : Histoires Royales)

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«Le règne du souverain a été violent, même pour les standards de l’impérialisme du 19e siècle», écrit la princesse Esmeralda de Belgique à propos de Léopold II, qui signe son article du nom d’Esmeralda de Réthy. «Il était aussi mon arrière-grand-oncle et je sens que j’ai la responsabilité de rejoindre le nombre croissant de Belges qui brisent le tabou en parlant des atrocités coloniales de notre pays».

La princesse Marie-Esmeralda, 65 ans, explique que le racisme latent en Europe, est l’héritage de la période coloniale et impérialiste. «La colère à l’encontre des statues est compréhensible. Pourquoi les gens de couleur devraient-ils avoir confiance en des autorités qui maintiennent des monuments aux colonisateurs et aux marchands d’esclaves ? Ce sont peut-être des symboles mais ils ne sont pas des détails triviaux». Selon la tante du roi Philippe, la présence de ces statues rappelle de douloureux souvenirs.

La princesse Marie-Esméralda de Belgique, fille du roi Léopold III et de la princesse de Réthy, signe un édito dans Brussels Times (Photo : Eric Herchaft/Reporters/ABACAPRESS.COM)

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«Nous devons enlever ces statues. Elles glorifient des hommes – et oui, ils étaient tous des hommes – qui étaient tous suprémacistes et qui ont provoqué la mort et la souffrance d’autochtones dans de nombreux pays en Afrique, en Asie et dans les Amérique». La princesse Esmeralda va plus loin : «La Belgique doit aussi s’excuser».

Plusieurs démarches ont déjà eu lieu en ce sens, comme la constitution d’une commission parlementaire qui doit réfléchir aux questions liées au passé colonial de la Belgique. Le roi Philippe a lui-même exprimé ses «profonds regrets» pour les exactions de l’ancien roi des Belges, lors de son discours prononcé à l’occasion du 60e anniversaire de l’indépendance du Congo.

Le roi Philippe a été le premier souverain régnant à exprimer clairement son avis sur le sujet. Dans son discours adressé à la population congolaise et au président, Félix Antoine Tshisekedi, il expliquait que «pour renforcer davantage nos liens et développer une amitié encore plus féconde, il faut pouvoir se parler de notre longue histoire commune en toute vérité et en toute sérénité».

Le roi Philippe avait déclaré : «À l’époque de l’État indépendant du Congo, des actes de violence et de cruauté ont été commis, qui pèsent encore sur notre mémoire collective. La période coloniale qui a suivi a également causé des souffrances et des humiliations. Je tiens à exprimer mes plus profonds regrets pour ces blessures du passé dont la douleur est aujourd’hui ravivée par les discriminations encore trop présentes dans nos sociétés». Quelques jours avant cette déclaration du roi Philippe, la princesse Esmeralda avait demandé publiquement à ce que le souverain s’exprime sur le sujet. Elle précisait à La Libre que «le Roi ne pourrait jamais le faire de lui-même. Mais ce serait évidemment très fort si le gouvernement et le Roi le faisaient ensemble».

Une statue de Léopold II vandalisée dans un parc à Ixelles (Photo : Histoires Royales)

Dans Brussels Times, la princesse Esmeralda demande «la fin de la propagande», notamment dans la façon d’apprendre cette période de l’histoire aux enfants. «Nous devons apprendre aux enfants à l’école que la richesse et les grands bâtiments de Belgique ont été financés par la vente de l’ivoire, du caoutchouc et le pillage du bois dans notre colonie.» Ne pas en parler de façon claire aurait, selon la princesse, entretenu un mythe d’un passé colonial dont on pourrait presqu’être nostalgique.

Interrogée par RTL Info en juin 2020, la princesse Esmeralda ajoutait : «Je pense qu’il y a une espèce de mythe qui demeure qui fait que l’on veut parler de la colonisation de la part de nous Européens et on refuse de voir ce qu’elle a causé pour tout un continent.»

«Notre dernière tâche sera de parler de réparations». S’il existe plusieurs façon de réparer ses erreurs passées, la princesse Esmeralda parle d’une annulation de la dette des anciennes colonies ou la mise en place d’un système d’échange plus équitable pour les pays en voie de développement. La princesse voit aussi un lien entre le colonialisme, qui a provoqué le pillage des ressources, et la crise environnementale. La fille du roi Léopold III, qui marche dans ses traces en ce qui concerne la préservation de la nature, voit aussi une manière de se racheter, en mettant en place des mesures contre l’exploitation de l’environnement. Elle conclut en rappelant qu’aujourd’hui personne ne pourrait défendre le système colonial basé sur une prétendue supériorité raciale. «Si nous voulons guérir et nous réconcilier, il faut commencer par dire la vérité».

Nicolas Fontaine

Rédacteur en chef

Nicolas Fontaine est rédacteur web indépendant depuis 2014. Après avoir été copywriter et auteur pour de nombreuses marques et médias belges et français, il s'est spécialisé dans l'actualité des royautés. Nicolas est aujourd'hui rédacteur en chef d'Histoires royales. nicolas@histoiresroyales.fr