Le roi Willem-Alexander a participé à la présentation des résultats de quatre années de recherches menées pour tenter de comprendre l’implication réelle de la famille d’Orange-Nassau dans l’histoire coloniale et l’esclavage. L’enquête indépendante a abouti à l’écriture de cinq ouvrages complets sur le sujet, dont les conclusions sont accablantes pour les ancêtres du souverain actuel. Le roi Willem-Alexander a pris connaissance de « ces conclusions dérangeantes » pour lui et sa famille.
Le roi Willem-Alexander reçoit les cinq ouvrages qui concluent quatre ans de recherche sur la responsabilité de la Maison d’Orange-Nassau dans l’histoire coloniale
C’est le roi Willem-Alexander lui-même qui, en 2022, a demandé la formation d’un comité dédié à l’étude historique du passé colonial de sa famille. L’étude a été encouragée par le débat général autour de la décolonisation de l’espace public et de la responsabilité de l’État dans l’esclavage. Un carrosse utilisé par le Roi, sur lequel figurent des tableaux représentant des scènes coloniales, a également dirigé le débat vers la responsabilité des monarques. C’est ainsi que des recherches ont été menées à
l’Université de Leyde, à la demande personnelle du roi Willem-Alexander, sous la supervision d’un comité indépendant.

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Le 2 octobre 2026, les quatre membres du comité ont présenté chacun une partie des résultats, lors d’un événement à l’Académie de l’Université de Leyde. Le professeur Gert Oostindie a remis au roi Willem-Alexander les résultats de leurs recherches. Ceux-ci sont compilés en cinq ouvrages écrits par une soixantaine de chercheurs. Il y a quatre livres et un ouvrage de vulgarisation qui résume les quatre premiers, parcourant quatre siècles d’actions menées par les souverains de la Maison d’Orange-Nassau. À l’issue de la présentation, le roi Willem-Alexander a réagi en prononçant un discours.
« Je suis convaincu que la connaissance du passé est essentielle pour comprendre le présent », a déclaré le chef de l’État. « Je ressens une responsabilité envers la société et les descendants des personnes réduites en esclavage : celle de faire la lumière sur le rôle joué par ma famille dans l’histoire coloniale. J’ai déjà évoqué le rôle de la Maison d’Orange-Nassau dans l’histoire coloniale et l’esclavage, ainsi que l’inaction flagrante des stathouders et des rois, qui n’ont pris aucune mesure à son encontre. Cette recherche le confirme. Mais vous allez encore plus loin ».
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« Les stathouders et les rois ont soutenu le système colonial, y compris l’exploitation et la violence.
La Maison d’Orange-Nassau a été fondée au 16e siècle par Guillaume 1er, appelé Guillaume le Taciturne. Ce dernier était un comte de Nassau qui dirigea des territoires situés dans les Pays-Bas et la Belgique actuels, après avoir dirigé la révolte des Provinces-Unies contre l’Espagne. La famille de Nassau est originaire de Rhénanie mais elle obtint le titre de prince d’Orange d’un cousin mort sans descendance, ayant lui-même hérité du titre par sa belle-famille. À partir de 1581, Guillaume le Taciturne sera stathouder de Hollande, de Zélande, d’Utrecht et de Frise. Les stathouders sont des gouverneurs militaires qui agiront comme des souverains et dont le titre sera même héréditaire. Lorsque le royaume des Pays-Bas fut créé en 1815, c’est Guillaume d’Oange-Nassau, fils du dernier stathouder général des Pays-Bas qui fut choisi comme premier roi. La famille royale actuelle descend de Guillaume 1er et de toute la lignée des stathouders. Cette hérédité depuis le 16e siècle montre l’influence qu’a eue cette famille sur ces territoires. La responsabilité des stathouders et des rois des Pays-Bas dans l’histoire coloniale ne peut être niée.

« Vous démontrez que le colonialisme et l’esclavage ont été activement soutenus par les stathouders et les rois, y compris par leur consentement à la répression de toute résistance », a admis le roi Willem-Alexander. « En cela, ils portaient une coresponsabilité quant à sa pérennité. » Le roi a poursuivi : « Les stathouders et les rois ont soutenu le système colonial, y compris l’exploitation et la violence. À cet égard, ils étaient des enfants de leur temps. C’étaient les opinions dominantes à l’époque, aux Pays-Bas et dans toute l’Europe. Cependant, cela n’enlève rien au constat que le « leadership contestataire » faisait défaut, alors que celui-ci aurait pu faire toute la différence. C’est une conclusion poignante et troublante. Une conclusion qui me touche ». La conclusion générale des recherches rappelle la mise en perspective historique nécessaire. On peut y lire : « Sans la Maison d’Orange, les Pays-Bas seraient tout de même devenus une puissance coloniale ; ni les stadhouders ni une maison royale n’étaient nécessaires à cela. »
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« Je reste engagée en faveur du lien, de la guérison et de la réconciliation »
Le roi Willem-Alexander a tout de même apporté une précision quant à l’histoire plus récente de sa famille. « À partir du règne de ma grand-mère, la situation change. Les reines Juliana et Beatrix se sont fortement impliquées auprès des communautés postcoloniales. Vous le démontrez également. » Dès les années 1600, les Pays-Bas commencent leurs grandes explorations et établissent leurs colonies sur d’autres continents. Cela a commencé par l’Amérique, où le Néerlandais Pierre Minuit a fondé La Nouvelle-Amsterdam, qui deviendra par la suite New York lorsque la ville sera reprise par les Britanniques. Au 17e siècle, les Pays-Bas devinrent la première puissance commerciale, grâce à la Compagnie néerlandaise des Indes orientales et la Compagnie néerlandaise des Indes occidentales. Les Pays-Bas ont détenu des colonies en Amérique, dans les Antilles, en Afrique et en Asie. L’indépendance de l’Indonésie n’a été reconnue par les Pays-Bas qu’en 1949 et la dernière colonie fut le Suriname, qui a pris son indépendance en novembre 1975, durant le règne de la reine Juliana, la grand-mère de Willem-Alexander.
« Je sais qu’en ce moment même, nombreux sont ceux qui nous regardent et qui ressentent encore les séquelles de l’histoire de l’esclavage en 2026, et qui en portent encore la douleur », a déclaré le roi. « Je me sens profondément lié à eux. J’adhère aux résultats de vos recherches. Pour moi, votre travail n’est pas une conclusion, mais un encouragement. Je ne peux changer le passé. Mais je peux, dans la mesure de mes moyens, contribuer positivement au présent et à l’avenir. Cette conviction est le fil conducteur de ma vie et de mon rôle de roi. Votre enquête, avec ses conclusions dérangeantes, est pour moi une motivation supplémentaire à continuer de consacrer tous mes efforts à ce que j’ai juré lors de mon investiture : à savoir, protéger la liberté et les droits de tous les citoyens néerlandais et de tous les résidents. Avec la Reine, je reste engagée en faveur du lien, de la guérison et de la réconciliation. »