Qui sont les 3 rois français qui règnent sur leur royaume en 2019 ?

En République française, trois rois exercent encore aujourd’hui leur pouvoir de plein droit. Il ne s’agit pas des trois prétendants au trône de France qui sont Jean-Christophe Napoléon, Louis de Bourbon ou Jean d’Orléans, selon si on est un partisan bonapartiste, orléaniste ou capétien. Non, il s’agit de trois rois qui règnent sur leurs royaumes coutumiers, certes assez petits et certes, assez loin de la métropole. À environ 16 000 km du continent, dans les territoires des îles Wallis et Futuna, trois rois règnent, entourés de leurs ministres, en respectant à la fois la loi française et leurs traditions.

Découvrez le roi Patalione Kanimoa, le roi Lino Leleivai et le roi Eufenio Takala, qui règnent sur les royaumes d’Uvea, Alo et Sigave.

Qui sont les rois coutumiers en France ?

En France, le droit coutumier est admis dans certains territoires, grâce à l’article 75 de la Constitution française, qui attribue un « statut personnel » à ces territoires (qui sont Wallis-et-Futuna, Mayotte et la Nouvelle-Calédonie). Alors qu’en France, le droit est qualifié de civiliste, les territoires qui bénéficient du statut personnel, peuvent également appliquer le droit coutumier dans certaines matières.

Le droit coutumier est le droit qui était principalement utilisé au Moyen-Âge un peu partout dans le monde, et qui codifie les lois en se basant sur des coutumes. En Nouvelle-Calédonie, par exemple, le droit coutumier est utilisé par les Kanaks. À Wallis-et-Futuna, le droit coutumier permet aux populations locales de garder la chefferie traditionnelle pour gouverner leurs territoires.

La République française reconnait la chefferie traditionnelle, en vertu de l’article 3 du statut de 1961. Les rois dirigent les affaires sur leur territoire et le représentent lorsqu’ils sont en visite officielle. La dernière visite en date est celle du 9 juillet 2019, lorsque les trois rois se sont rendus à Paris, au Sénat. Les îles ne sont pas subdivisées en communes, comme partout ailleurs en France, mais en circonscriptions territoriales qu’on appelle des royaumes. Ainsi, les trois îles de Wallis-et-Futuna sont dirigées par des rois, qui règnent sur des royaumes, dont les règles de gouvernance dépendent d’un royaume à l’autre. Le royaume d’Uvea occupe l’île de Wallis, le royaume de Sigave occupe le tiers nord-ouest de l’île de Futuna et le royaume d’Alo occupe la partie sud-est de l’île de Futuna ainsi que l’île d’Alofi.

Les rois de Wallis et Futuna et leur délégation en visite à Paris (photo : AFP)

Le royaume d’Uvea et le roi Patalione Kanimoa

Le royaume d’Uvea qui s’étend sur toute l’île de Wallis est divisée en trois districts : Hihifo, Hahake et Mu’a. La capitale est Mata Utu. Sa superficie est de 96 km2 et sa population est de 8 333 habitants.

Le roi d’Uvea porte le titre de Lavelua. Comme dans les trois autres royaumes, la monarchie n’est pas héréditaire. C’est un conseil de nobles, les aliki, qui élisent le roi et peuvent le destituer. Le roi d’Uvea est entouré d’un premier ministre (Kalae kivalu) et d’un gouvernement composé de 5 ministres. C’est le roi qui nomme le chef de chacun des trois districts de son royaume. Ces chefs ont quant à eux l’autorité sur chacun des chefs des 21 villages de l’île.

Entre 2014 et 2016, un différend politique sur l’île a laissé le trône vacant. En 2014, deux chefs se disputent le titre de roi. Le 14 avril 2016, a lieu une élection officielle reconnue par l’État français, qui officialise le règne de Patalione Kanimoa, en remplacement de Kapeliele Faupala. Son règne prend effet à compter du 17 avril. Le nom complet du roi, qui porte le titre de Lavelua, est Patalione Kanimoa Takumasiva Aisake. Le roi fut également président de l’Assemblée territoriale de Wallis-et-Futuna de 2001 à 2005, élu dans une liste locale de l’UMP. La confusion règne dans ce royaume où Tominiko Halagahu, revendique également le titre de roi. 

Le royaume d’Alo et le roi Lino Leleivai

Le royaume d’Alo est divisé en deux. La partie principale occupe les deux-tiers sud-est de l’île de Futuna, l’autre partie occupe la totalité de l’île d’Alofi (qui n’est pas habitée). Le royaume d’Alo, avec pour capitale Mala’e, totalise en 2018 1950 habitants, le nombres ayant presque diminué de moitié en 10 ans.

Le roi d’Alo porte le titre local de Tuigaifo. Comme pour les deux autres royaumes, le titre de roi n’est pas héréditaire et il s’octroie par un vote des familles princières du royaume. Ces familles peuvent également destituer leur roi quand elles le décident. Ainsi, le 15 mai 2016, le roi Petelo Sea a été destitué. C’est Filipo Katoa qui est désigné Tuigaifo. Il restera roi jusqu’à son abdication, en 2018, pour raisons de santé. Le 30 novembre 2018, monte sur le trône, le nouveau roi d’Alo, le Tuigaifo Lino Leleivai. Comme premier ministre (Tiafo’i), le roi a choisi Petelo Vaitanaki.

Le roi Lino Leleivai d’Alo

Le royaume de Sigave et le roi Eufenio Takala

Le royaume de Sigave occupe le tiers nord-ouest de l’île de Futuna. Sa capitale est Leava et s’étend sur 6 villages. Le royaume compte 1275 habitants et en comptait plus de 2000, il y a encore quelques dizaines d’années.

Le roi porte le titre de Tui Sigave ou de Tamolevai. Il est entouré de 5 ministres et son règne dépend, lui aussi du bon vouloir des familles princières qui l’élisent ou le destituent. Comme dans les deux autres royaumes, ce pouvoir de destitution confère une situation relativement instable aux souverains. De nombreuses rivalités se font ressentir et les règnes durent environ 2 à 3 ans. Dans le cas du royaume de Sigave, on note également une longue période, de 2009 à 2016, durant laquelle il n’y eut aucun roi, à cause des différends politiques qui rendaient le choix d’un roi impossible, suite à l’abdication du roi Visesio Moeliku.

Le 1e mars 2016, le roi Eufenio Takala est élu et il est intronisé 5 jours plus tard.

Le roi actuel de Sigave est Eufenio Takala (Photo : capture d’écran)

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