Le 24 février 1848 : l’abdication de Louis-Philippe pour sauver sa dynastie

Le 24 février 1848, c’est l’insurrection dans Paris. La France connait sa troisième révolution depuis 1789 et le peuple manifeste contre son « Roi-Citoyen ». Jusqu’alors, Louis-Philippe pensait y échapper mais cette fois-ci, il craint le pire. Il pense à ses prédécesseurs et à leur fin tragique. Le roi des Français se résigne et rédige son acte d’abdication à la hâte, pensant encore sauver la monarchie et sa dynastie, en désignant son petit-fils comme héritier. Pourtant, en fin de journée, Alphonse de Lamartine, président du Conseil de Saône-et-Loire et membre du nouveau gouvernement provisoire proclame la Seconde République. Une semaine plus tard, le roi déchu Louis-Philippe 1e embarque pour l’Angleterre incognito.

La France connaitra encore un second empire de 1852 à 1870 mais elle n’eut plus aucun roi. Ce 24 février est la date d’anniversaire du dernier jour de la royauté en France.

Le roi Louis-Philippe a abdiqué le 24 février 1848. Daguerréotype de 1842 (Crédits : Domaine public)

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Les derniers jours de la monarchie de Juillet

À la tête d’un royaume qui connaissait de nombreuses réformes sociales, qui a connu des révolutions, différents régimes, Louis-Philippe d’Orléans avait succédé à son cousin Charles X, en 1830, en acceptant les nouvelles règles monarchiques qui s’appliquaient un peu partout en Europe. Finie la monarchie absolue de droit divin, place à un régime monarchique parlementaire. Louis-Philippe n’est pas roi de France mais roi des Français. Ce bon père de famille est marié à Marie-Amélie, une épouse aimante et ensemble, ils ont 5 enfants. Le roi Louis-Philippe vit presque sans frasques aux Tuileries. L’aristocratie a perdu de sa magie, en perdant son droit divin. Pour certains, sa vie ressemblait plus à celle que l’on menait au sein de la bourgeoisie, que celle que l’on connait jusqu’alors au sein de l’aristocratie royale, ce qui lui valut aussi le nom de « Roi-Bourgeois ».

Louis-Philippe 1e a succédé à son cousin Bourbon, Charles X, acceptant de devenir le premier roi des Français, un souverain à la tête d’une monarchie parlementaire (Crédits : Domaine public)

D’un côté raillé par la noblesse qui voyait en lui un roi qui avait perdu toute autorité, toute splendeur et prestige, et de l’autre côté, il était encore très critiqué par ceux qui estimaient les reformes insuffisantes. Il se voulait être un roi proche de son peuple, il a pourtant perdu son trône, incapable de l’écouter.

Malgré les efforts du Roi pour se plier aux règles d’une monarchie plus équilibrée, la société française connaissait une vague de paupérisation importante et la différenciation des classes était encore plus présente. Les Français demandaient à faire baisser le cens, pour que le droit de vote soit accessible à plus de citoyens. Les plus progressistes demandaient carrément le droit de vote universel, des demandes qui semblaient difficiles à comprendre pour Louis-Philippe. Les biens de consommation avaient doublé de prix, la crise économique grondait dans les milieux ruraux, sans parler de la spéculation et de la faillite de certains industriels.

Ici, le Roi-Bourgeois représenté au Palais, en train de signer une loi, avec son Premier ministre Guizot, debout derrière lui (à gauche). Peinture de 1844, représentant une scène de 1842, par Claude Jacquand (Crédits : Domaine public)

L’interdiction du banquet et l’insurrection parisienne

Peu à peu des « banquets » s’organisent dans le pays. Ce qui portait le nom de « banquets » étaient tout simplement des réunions politiques révolutionnaires, prétextant être un repas afin de contourner l’interdiction des réunions politiques. Des centaines de personnes se réunissaient pour écouter d’éminents orateurs lors de réunion qui prenaient l’allure de banquets. En tout, environ 70 banquets seront organisés partout en France.

Le 19 février 1948, un nouveau banquet est annoncé à Paris. Le gouvernement très conservateur de Guizot, premier ciblé par les protestataires, craint dorénavant que ces réunions prennent trop d’importance et fait interdire ce banquet. C’en est trop pour l’opposition dynastique. Cette interdiction met le feu au poudre et un appel à manifester est lancé pour le 22 février. On compte environ 6000 manifestants, il y a une forte présence militaire à Paris et le Roi peut aussi compter sur les dizaines de milliers de soldats de la Garde nationale pour le protéger. Le 23 février la tension monte et le roi Louis-Philippe comprend combien son ministre Guizot est impopulaire, alors que le peuple bafoue son nom dans le rue. Pour mettre fin aux protestations, le Roi renvoie son ministre et proclame le comte Molé nouveau Président du Conseil des ministres.

Illustration d’un banquet organisé quelques mois avant la révolution de 1848 (Crédits : Domaine public)

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Le renvoi de Guizot fait son effet. Le peuple s’apaise et erre dorénavant calmement dans les rues. Les anciens manifestants ont pour idée d’aller humilier une dernière fois Guizot en huant sous sa fenêtre. Mais au détour d’une rue bloquée, un manifestant un peu agité brandit sa torche en direction d’un officier. Celui-ci pense être menacé et ouvre le feu. Alors que la tension semblait s’apaiser c’est soudain le chaos total. Un véritable massacre a lieu sur le boulevard des Capucines. Entre vingt et cinquante citoyens sont abattus. La rumeur court vite et le peuple rejoint les rues vers 23 heures pour pleurer la mort de ces martyrs.

Le Roi apprend la nouvelle. Il se rend compte que ce massacre a déjà fait trop de victimes. Il refuse d’utiliser la force, mais il refuse par ailleurs la dissolution du Parlement comme on lui avait pourtant conseillé. Son nouveau « Premier ministre », le comte Molé n’a pas le temps de former son nouveau gouvernement qu’il a déjà démissionné au bout de quelques heures. Le roi Louis-Philippe est contre l’idée de nommer Thiers qui lui est pourtant conseillé. Il se tourne vers Odilon Barrot pour faire plaisir au peuple, Odilon Barrot étant l’un des instigateurs de banquets et peut-être malgré lui, l’un des déclencheurs de cette révolution qui semble le dépasser. Mais il est trop tard.

Le 24 février 1848, Louis-Philippe abdique en faveur de son petit-fils

Dès le matin du 24 février 1848, le peuple arrive au palais. Le Roi voit sa fin arriver. Lui qui pensait jusque-là pouvoir contenir et maitriser la manifestation, comprend que son heure pourrait bientôt sonner.

Dans un ultime espoir de sauver sa tête et la monarchie, il accepte d’abdiquer en faveur de son petit-fils, le prince Philippe, comte Paris. Philippe est le fils du défunt fils aîné de Louis-Philippe, le prince Ferdinand-Philippe. Il n’a malheureusement que 9 ans. Louis-Philippe désigne donc sa belle-fille, l’épouse du défunt Ferdinand-Philippe et mère de Philippe, comme régente. Pour les monarchistes, Philippe est connu sous le nom de règne de Louis-Philippe II.

« J’abdique cette couronne que la voix nationale m’avait appelé à porter, en faveur de mon petit fils le Comte de Paris. Puisse-t-il réussir dans la grande tâche qui lui échoit aujourd’hui. » Acte d’abdication de Louis-Philippe 1e, le 24 février 1848 (Crédits : Domaine public)

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Barrot, bien qu’étant un participant de la première heure des banquets, n’était pas un vrai républicain mais bien un réformateur de la monarchie. Choisi pour calmer la foule, Barrot accepte l’abdication de Louis-Philippe et la désignation de son petit-fils, ainsi que celle de la régente Hélène de Mecklembourg-Schwerin.

L’exil de Louis-Philippe

Il est midi, l’acte d’abdication de Louis-Philippe semble être bien perçu par les députés, qui se montrent également favorables à l’accession au trône du jeune Philippe avec sa mère pour régente. D’ailleurs, dès le début d’après-midi, celle-ci arrive au palais Bourbon avec son fils, dans l’espoir de procéder à son intronisation.

La princesse Hélène de Mecklembourg-Schwerin tient dans son fils le prince Philippe, comte de Paris, désigné par son grand-père pour lui succéder. Peinture datant de 8 ans avant la révolution (Crédits : Domaine public)

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Les insurgés arrivent au même moment au palais Bourbon et empêchent la proclamation officielle du nouveau roi. La chambre des députés comprend que la situation est grave et choisit de confier le pouvoir à un gouvernement provisoire, repoussant l’acte de passation de pouvoir. À l’hôtel de Ville, le soir du 24 février, Alphonse de Lamartine, membre du nouveau gouvernement provisoire, déclare la Deuxième République. Le Président de ce gouvernement provisoire est Jacques Charles Dupont de l’Eure. Durant la nuit du 24 au 25, le bruit se répand partout dans la France. Le pays est de nouveau une république.

Illustration du gouvernement provisoire proclamé le 24 février 1848, avec Alphonse de Lamartine assis à gauche et le Président du gouvernement Jacques Dupont de l’Eure assis au centre. (Crédits : Domaine public)

Craignant pour sa vie, Louis-Philippe reste caché et s’enfuit incognito à bord d’une voiture, jusqu’au Havre. Le 2 mars, il embarque sur un bateau, sous le nom de Mr Smith. Arrivé en Angleterre, la reine Victoria l’accueille et lui met à disposition le château de Claremont, dans le Surrey. Deux ans plus tard, l’ancien roi meurt le 26 août 1850 en exil. Son épouse, la reine Marie-Amélie lui survivra et continuera son existence paisible en Angleterre, utilisant le titre de courtoisie de comtesse de Neuilly.

La reine Marie-Amélie mourut en 1866, à l’âge de 83 ans. Marie-Amélie et Louis-Philippe seront inhumés en 1876 dans la chapelle royale Saint-Louis à Deux.

Source : Wikipedia, Herodote, Britannica

Nicolas Fontaine

Rédacteur en chef

Nicolas Fontaine est rédacteur web indépendant depuis 2014. Après avoir été copywriter et auteur pour de nombreuses marques et médias belges et français, il s'est spécialisé dans l'actualité des royautés. Nicolas est aujourd'hui rédacteur en chef d'Histoires royales. nicolas@histoiresroyales.fr