Michel 1e : le premier tsar de la dynastie Romanov

Le 14 mars 1613, une délégation d’officiels est envoyée au monastère Ipatiev, à Kostroma. Elle a pour mission de ramener à Moscou le jeune Michel Fiodorovitch Romanov (Михаи́л Фёдорович Рома́нов). Michel, 17 ans, ne le sait pas encore, pourtant depuis le 21 février, il est le nouveau tsar de Russie, comme l’avait décidée l’Assemblée ou Congrès de la Terre russe (le Zemski sobor). Michel 1e fut couronné au mois de juillet, après avoir accepté son rôle avec peu d’enthousiasme. Le règne de Michel 1e dura 32 ans, jusqu’à sa mort en 1645. Discret, voire absent, il n’avait que l’horlogerie en tête, laissant réellement la direction du pays à son père, puis à sa famille maternelle. Il restera néanmoins dans l’histoire pour avoir été le premier tsar de la dynastie Romanov.

Tableau représentant le jour où Michel Fiodorovitch Romanof apprit qu’il deviendrait empereur, au monastère Saint-Hypiathios (Saint-Ipiatev) en 1613 (Crédits : Domaine public)

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Comment les Romanov ont-ils pris le pouvoir en Russie ?

Aussi lointain que l’histoire de Russie s’en souvienne, ce sont les Riourikides (descendants Varègues) qui ont régné sur la Rus’ de Kiev (862 à 1146) en tant que grands princes de Kiev, puis sur la Moscovie (depuis 1276) en tant que grands princes de Moscou et enfin en tant que tsars de Russie (à partir de 1547).

Fin de la dynastie des Riourikides

Au 16e siècle, au bout de 14 ans de règne, le grand prince Ivan le Terrible de la dynastie des Riourikides, choisit de changer de titre, convaincu par sa mission divine, et devient tsar. Il sera le premier tsar de toutes les Russies en 1547 à l’âge de 17 ans. Il épouse Anastasia Romanovna Zakharine, issue d’une famille de boyards proche du pouvoir. Leur fils, Fédor 1e, succèdera à Ivan le Terrible à sa mort. Malheureusement, Fédor est peu intelligent, voire retardé mental. Un système de régence est mis en place pour gouverner à sa place. Cette régence ne plait pas à Boris Godounov, le frère d’Irina Godounova, épouse du tsar Fédor.

Boris échafaude différents plans et coups d’État pour renverser un à un les régents de Fédor. Il finit par obtenir le poste qu’il convoitait et c’est lui qui dirigera réellement le pays. On le soupçonne également d’avoir commandité l’assassinat du frère de Fédor, qui était son seul héritier. Si bien qu’à la mort de Fédor, en 1598, sans descendant, c’est Boris qui se proclame empereur. Commence alors la période, désignée par la suite, comme les Temps des troubles.

Les Temps des troubles

Pendant les Temps des troubles différents dirigeants se succèdent sans véritable légitimité et même un usurpateur arrive à se faire passer pour un tsar. En 1611, le Zemski sobor (grande assemblée qui réunit les plus hautes instances de la noblesse, du clergé et des représentants de commerçants) désigne Ladislas Vasa, fils du roi Sigismond III de Pologne, comme tsar. Le Zemski sobor espère qu’il sera le candidat idéal pour devenir un tsar digne de ce nom après une dizaine d’années troubles.

Ce choix ne plut pas à la population, qui refusait de voir en Ladislas le tsar qu’ils attendaient. Le Zemski sobor se réunit une nouvelle fois en 1613 et comprend qu’il faut élire un nouveau tsar, de sang russe. Pour séduire le peuple, ils choisissent un digne héritier (de cœur pas de sang) de la dynastie des Riourikides, Michel Fiodorovitch Romanov. En effet, le grand père de Michel, Nikita était le frère de la tsarine Anastasia Romanovna Zakharine, épouse du regretté Ivan le Terrible.

L’élection du Michel Romanov met fin aux Temps des troubles

Nikita fut un conseiller d’Ivan le Terrible et ils accomplirent de nombreuses choses ensemble. Nikita avait également réussi à faire de son fils, Féodor Nikitich Romanov le patriarche de Moscou, sous le nom de Philarète. Philarète, père de Michel 1e, était emprisonné en Pologne depuis 1610, tombé en disgrâce lorsque Boris Godounov prit le pouvoir. C’est ainsi que le 21 février 1613, le Zemski sobor porta son choix sur ce jeune homme de 17 ans, Michel Fiodorovitch Romanov, pour son héritage, par son grand-père, proche du regretté Ivan le Terrible et par son père, ancien patriarche de Moscou.

Le règne de Michel 1e de Russie

Michel Fiodorovitch Romanov n’a que 17 ans quand il devient empereur de Russie. Il s’agit d’un jeune homme très simple, très pieux ou forcé à l’être. Michel Romanov sait à peine lire lorsqu’on vient le chercher. Il a passé une enfance malheureuse, austère. Son père était le patriarche de Moscou, qu’il n’a quasiment connu qu’emprisonné en exil et sa mère est Xenia Ivanovna Chestova, une femme pieuse qui n’eut d’autre choix que de se cacher avec son fils dans un couvent lorsque Boris Godounov prit le pouvoir. Le jeune Michel n’a pour quotidien que les prières apprises dans ce monastère et deviendra totalement dépendant de sa mère, qu’il ne quitta jamais, même devenu adulte.

Cette illustration montre le peuple russe qui implore Xenia Ivanovna Chestova (ou Ksénia Ivanovna) d’accepter que son fils devienne empereur alors qu’il vit dans le monastère. (Crédits : Domaine public)
Le jeune Michel devenu empereur de Russie (Crédits : Domaine public)

Après avoir hésité, Michel accepte son destin et quelques mois plus tard, le 22 juillet 1613, il se fait couronner à la cathédrale de l’Assomption du Kremlin. Michel, à la fois naïf et désintéressé, accepte les nouvelles conditions de son règne. Il signe sans aucune retenue l’acte qui le prive de certains pouvoirs. Ayant très peu d’intérêt pour la politique, il préfère convoquer plus régulièrement le Zemski sobor, cette assemblée qui au moins peut prendre des décisions utiles à sa place. Durant son règne, on prit l’habitude de convoquer cette assemblée une fois par an, ce qui n’était pas une habitude auparavant.

Bien évidemment, une fois tsar, il mit fin à l’exil et à l’emprisonnement de son père, le patriarche Philarète, qui devient réellement l’homme de pouvoir de Moscou. Jusqu’à la fin de sa vie, Philarète ou Fédor Romanov, va jouer le rôle de régent pour son fils. Durant le règne de Michel 1e, la Russie doit faire fasse à des brigands, connait des guerres contre la Suède et la Pologne mais aussi, par la suite, à des signatures de traités de paix avec ces pays. Sans compter sur les prétentions de Ladislas Vas, l’empereur russe porté en disgrâce, qui continue à affirmer sa légitimité.

Le patriarche Philarète, né Fédodor Nikitch Romanoff, père de l’empereur Michel 1e (Crédits : Domaine public)

Pendant ce temps, alors que son père mène à bien des réformes importantes pour le pays, le tsar Michel n’a qu’une obsession, l’horlogerie. Michel 1e est passionné d’horloges et il en commandera plus de 20 000 en Europe. Il a rempli le palais d’horloges, voulant garnir chaque pièce avec ses horloges. Tellement passionné par l’horlogerie et en tant qu’homme pieux, il fit réunir des experts dans le but de trouver un moyen d’améliorer les clochers du Kremlin. Il voulait faire jouer des cantiques à ces tours surplombant la ville.

Ladislav Vasa renonce à son trône

Il faudra attendre 1732 pour que Ladislav Vasa renonce au trône impérial de Russie, qu’il avait perdu suite l’élection de Michel Romanov en 1913. En 1932, Ladislav devient roi de Pologne et grand-duc de Lituanie, suite à la mort de son père. Trois ans plus tard, en 1735, la Russie tente de récupérer des terres à la Pologne mais échoue. Le tsar Michel accepte sa défaite sanglante et paie 20 000 roubles de compensation à la Pologne, signant en même temps le traité de paix de la Polionovka. Le roi de Pologne étant Ladislav Vasa, connu sous le nom de règne de Ladislav IV Vasa, ce dernier accepte le traité de paix et se sentant en sécurité sur son territoire polonais, accepte de renoncer définitivement au trône de Russie.

Durant le règne de Michel, la Russie continua à s’étendre vers l’est en agrandissant la Sibérie.

La vie privée du tsar Michel 1e

Le tsar Michel 1e, officiellement dirigeant de Russie mais surtout intéressé par l’horlogerie (Crédits : Domaine public)

Le tsar Michel était pieux, passionné d’horlogerie, désintéressé par la politique, simple et volontairement effacé. Il laissait faire ses conseillers. Son premier conseiller fut son père, qui régna à sa place jusqu’en 1633. Le roi Michel choisit de se tourner vers la famille de sa mère pour reprendre ce rôle, à la mort de son père. Ce fut donc véritablement plusieurs membres de la famille Saltykov qui dirigèrent le pays à partir de la mort du patriarche Philarète.

En 1624, à 28 ans, 11 ans après son couronnement, Michel 1e épouse la princesse Maria Vladimirovna Dolgoroukova, descendante par sa mère de la dynastie des Riourikides. Malheureusement, 5 mois après leur mariage, elle contracta une maladie et en mourut. Deux ans plus tard, il épousa Eudoxie Strechnieva, issue d’une famille de nobles, qui devint la tsarine Eudoxie. De ce mariage naquirent 10 enfants, dont l’hériter du tsar Michel, le futur tsar Alexis 1e.

En 1645, le tsar Michel tombe malade. Cette maladie se déclare notamment après à sa baisse de santé provoquée par son stress et sa tristesse suite au mariage raté de l’une de ses filles. Michel 1e voulait aider sa fille aînée, la princesse Irina (ou Irène) à épouser le comte Valdermar-Christian de Schleswig-Holstein, fils du roi Christian IV de Danemark et de son épouse, la roturière Kristen Munk. Pour sa peine, Valdemar-Christian, qui était venu voir sa promise en Russie, qu’il refusa notamment parce qu’il ne voulait pas devenir orthodoxe, resta prisonnier quelques temps.

La tsarine Eudoxie, deuxième épouse du tsar Michel 1e (Crédits : Domaine public)

À cette époque, l’empereur Michel souffre du scorbut, il boite, il déprime et sa santé mentale ne fait que de décliner. Le 12 juillet, Michel 1e fait un malaise lors d’un office religieux et décède en juillet 1645. Son fils aîné, Alexis, devient tsar.

Succession de Michel Fiodorovitch Romanov

Tout comme la dynastie des Riourikides a duré 800 ans, la dynastie des Romanov, commencé en 1613 par Michel 1e, a pris fin officiellement en 1917, à la mort du tsar Nicolas II et de toute sa famille, exécutés par les Bolchéviques.

Source : Wikipedia 1, Wikipedia 2, Wikipedia 3

Nicolas Fontaine
Nicolas Fontaine

Rédacteur en chef

Nicolas Fontaine est rédacteur web indépendant depuis 2014. Après avoir été copywriter et auteur pour de nombreuses marques et médias belges et français, il s'est spécialisé dans l'actualité des royautés. Il est aujourd'hui rédacteur en chef d'Histoires royales. nicolas@histoiresroyales.fr

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