Charles 1er Stuart, tyran ou « martyr du peuple » ?

« Remember » aurait dit le roi Charles 1er à l’évêque de Londres Juxon avant de monter sur l’échafaud le 30 janvier 1649. « Souvenez-vous ! », injonction qui pèse sur l’Histoire et fait résonner encore plus fort les dernières paroles du monarque de France, Louis XVI, jugé et condamné lui aussi à mourir un jour de janvier, le 21 de l’année 1789 : « Peuple, je meurs innocent des crimes qu’on m’impute. Je pardonne aux auteurs de ma mort, et je prie Dieu que le sang que vous allez répandre ne retombe jamais sur la France… » Ainsi, plus d’un siècle avant la France, l’Angleterre a fait un procès à son roi puis l’a décapité, manifestant un étrange comportement de la part d’un peuple si imprégné de présence monarchique, si dévoué à l’idée de royauté. Comment cela a-t-il été possible ?

Le roi Charles 1e d’Angleterre par Antoine van Dyck (Photo : Domaine public)

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Un règne troublé

Tout semblait sourire à Charles, roi d’Angleterre et d’Écosse, lorsqu’il succède en 1625 à son père James 1er Stuart, fort impopulaire. Cette même année est aussi celle de son mariage avec la sœur de Louis XIII, Henriette-Marie de France, la plus jeune fille d’Henri IV. Mariage qui toutefois ne répond pas aux vœux d’une partie des parlementaires anglais, la future épouse ayant le double tort d’être catholique et française. Car le Parlement anglais est déjà, et sera durant tout son règne, le grand adversaire de Charles 1er.

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Une succession de maladresses

Jeune, séduisant, le roi est d’un caractère indécis, on le dit le jouet de son entourage, soumis à l’influence de George Villiers, second duc de Buckingham, qui déjà conseillait son père. Sur le plan diplomatique, ce favori, qu’on dit le « plus bel homme du monde » accumule les maladresses, allant jusqu’à provoquer une guerre avec l’Espagne, et indispose la monarchie française par son soutien aux huguenots de La Rochelle. À la cour d’Angleterre, la mode qu’il introduit, dentelles exubérantes et cheveux longs, mœurs légères, exaspère les puritains de tous bords.

George Villiers, 2e duc de Buckingham et favori de Jacques 1e puis de Charles 1e (Image : Domaine public)

Trois ans plus tard, le duc est assassiné par un puritain fanatique et Charles, à court d’argent, doit recourir au Parlement pour trouver le financement des nombreuses dépenses de la Couronne et restaurer les finances royales, mises à mal par les guerres et les dilapidations. Le Parlement tente de limiter les prérogatives du monarque et Charles procède à son renvoi en 1629, inaugurant une période qui restera connue sous le nom de « longue tyrannie ».

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Un roi tyran ?

Onze ans vont s’écouler sans que le Parlement soit réuni, onze années pendant lesquelles, sous la double influence de la reine catholique, particulièrement fermée au compromis, et du nouveau favori et conseiller de Charles, Lord Stafford, des lois périmées seront réappliquées, à la seule fin de lever de nouveaux impôts et taxes. Une politique religieuse tout aussi intransigeante à l’égard des puritains anglais et des presbytériens d’Écosse heurte la grande majorité des sujets de Charles, finissant par opposer deux partis inconciliables, d’une part la petite bourgeoisie et la noblesse rurale, qui se reconnaîtra dans Cromwell, d’autre part l’aristocratie proche du couple royal.

C’est à cette période que certains puritains, les Pilgrim Fathers, attachés à leur liberté religieuse comme à leurs prérogatives individuelles, n’hésitent pas à s’embarquer sur le Mayflower pour aborder d’autres rivages…

Oliver Cromwell a établi le Commonwealth républicain d’Angleterre (Image : Domaine public)

Le Parlement n’a pas dit son dernier mot

En 1640, Charles est contraint de convoquer à nouveau le Parlement, car l’argent manque à l’excès. S’ensuivra rapidement une dissolution, ce sera le « Court Parlement », puis une nouvelle convocation, la même année, sans que les négociations aboutissent, tout au contraire. Alors que le Parlement résiste en siégeant par intermittences – ce sera le « Long Parlement », rien ne peut plus éviter la révolution et la guerre civile. En 1641, Stafford est jugé, condamné à mort et exécuté. 

Avec le soulèvement contre le roi Charles Ier à Nottingham le 22 août 1642 commence la guerre civile anglaise et écossaise, qui ne se terminera que le 3 septembre 1651 à la bataille de Worcester.

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Un roi incompris ?

Le caractère de Charles 1er Stuart interroge la postérité. A-t-il été ce « traître, tyran, meurtrier » qu’une légende noire consacrera bientôt ?

Son indécision, sa maladresse politique sont bien évidemment coupables comme son goût pour un pouvoir absolu, autocratique. Il se rachète lorsqu’il prononce ses dernières paroles, force est de reconnaître qu’il a su mourir dignement, en roi : « Que le peuple sache que j’ai toujours désiré qu’il jouisse d’une complète liberté. Mais je dois aussi lui dire que la liberté ne peut exister que sous un gouvernement qui respecte la vie et les biens de chacun… Je suis le martyr du peuple. Je pardonne à ceux qui m’ont condamné et à ceux qui vont me mettre à mort. »

L’impitoyable dictature que le régicide Cromwell fera peser sur le royaume ramènera le fils de Charles Ier sur le trône, Charles II, clôturant définitivement un épisode républicain particulièrement sanglant.

Sources : UniCaen, Valeurs Actuelles, L’Éléphant, Hérodote

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Sylviane Lamant

Sylviane est diplômée en Littérature française. Biographe et professeur, elle partage avec Histoires Royales sa passion pour l'histoire.

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