Christian VII : un roi obsédé par la masturbation et la violence

Quelques semaines avant son 17e anniversaire, Christian VII fut proclamé roi de Danemark, à la mort prématurée de son père, Frédéric V, en 1766. Le jeune roi n’avait pas d’ambitions royales. S’il est maintes fois représenté avec un sceptre dans la main, on pourrait y voir le symbole phallique qui intéressait le monarque. Christian VII, connu pour ses troubles psychologiques et sa folie, était un homme aux mœurs sexuelles particulières, masturbateur compulsif, pris d’excès de violence et de besoins soudains de destruction.

Le roi Christian VII connu un règne de régences, incapable de régner seul à cause de son instabilité mentale. Pris de crises de folie, il était obsédé par les prostitués, la masturbation et la violence (Image : Domaine public)

Lire aussi : La chaise sexuelle du roi Édouard VII mise en vente pour 68 000 $

L’influence de Struensee sur Christian VII et la reine Caroline-Mathilde

Christian VII ne fut pas un grand roi. Durant ses 40 ans de règne, il ne fut roi que nominalement, plusieurs régences se succédant, incapable de régner à cause de son instabilité mentale. Grâce aux récits documentés du docteur Johann Friedrich Struensee, un aristocrate allemand bien introduit dans les cercles intellectuels de l’époque des Lumières, on connait les troubles du jeune roi avec beaucoup de précisions.

Le roi Christian VII lors de son ascension sur le trône à près 17 ans (Image : Domaine public)

Nommé médecin personnel de Christian VII en 1769, soit trois ans après l’accession du roi sur le trône, Struensee aura une très bonne influence sur le monarque danois. Le roi sera quasiment dépendant des soins mais aussi des conseils de son médecin, au point qu’il sera nommé Conseiller d’État et deviendra de facto le régent du Danemark.

Johann Friedrich Struensee, médecin du roi, devint régent du royaume et dirigea le gouvernement danois… puis il se rapprocha intimement de la reine (Image : Domaine public)

En 1766, Christian VII avait contracté un mariage arrangé avec Caroline-Mathilde de Grande-Bretagne, une cousine qui n’avait que 15 ans à son mariage et qui ignorait tout des problèmes mentaux de son futur époux. Un problème qu’elle découvrit bien vite et qui la fit déchanter. Le roi et la reine avaient néanmoins réussi à avoir un enfant, le prince héritier Frédéric mais il semblait difficile pour la reine Caroline-Mathilde de vivre aux côtés de son époux instable.

Le docteur Struensee a dans un premier temps conseillé à Christian VII d’approfondir sa relation avec Birgitte Sofie Gabel, une femme érudite qui devait avoir une bonne influence sur son amant. Le docteur pensait qu’en fréquentant une femme intelligente, le roi gagnerait du bon sens. Cette relation qui devait assagir le roi ne fonctionna pas et Christian VII accorda toute son attention à la courtisane Støvlet-Cathrine qui l’encourageait dans ses pulsions destructrices. Plus tard, le docteur Struensee parviendra à réconcilier le roi et la reine pendant quelques temps.

La reine Caroline-Mathilde, née dans la famille hanovrienne qui régnait sur la Grande-Bretagne, fut l’épouse malheureuse de Christian VII (Image : Domaine public)

La reine Caroline-Mathilde eut un œdème en 1769, ce qui la poussa à consulter fréquemment le docteur Struensee. Le roi avait accordé toute sa confiance en son médecin et conseillait son épouse de bien suivre son traitement. À force de fréquenter celui qui prenait tant soin d’elle, une relation s’installa entre la reine et le médecin. Affectueux et attentionné, il avait aussi vacciné le prince héritier Frédéric contre la variole et avait pris à sa charge l’éducation de l’enfant. La reine ne pouvait que tomber amoureuse. En 1771, quand la reine accoucha de la princesse Louise Augusta, il n’y eut aucun doute quant à l’identité du géniteur. Ce ne pouvait être le roi qui, pour sauver les apparences, accepta d’être reconnu comme le père de l’enfant. L’histoire se terminera mal pour la reine, qui après un divorce et un complot pour renverser son époux le roi, se verra bannir à vie du royaume et mourra peu de temps après de la scarlatine, à seulement 23 ans. Struensee fut décapité en 1772 à 34 ans.

Lire aussi : Catherine la Grande : une impératrice nymphomane ?

Un roi masturbateur, instable et violent

Dans le livre Behind the Palace Doors, on y apprend que le passe-temps préféré de Christian VII était « de se trouver des prostitués, la masturbation excessive et casser des choses. Aussi, il aimait être puni, surtout être attaché à une chaise et fouetté comme un banal criminel ». L’entourage de Christian y est, on dit, pour quelque chose. À l’époque, des pages composent la cour. Ceux-ci sont parfois d’origine douteuse et certains, une fois les appartements royaux investis, pouvaient avoir une mauvaise influence sur les membres de la famille royale. Les pages du roi Christian VII, aux mœurs très légères, sont selon certains biographes ceux qui ont initié l’adolescent à la masturbation.

Le roi Christian VII aimait sortir dans la rue pour démarrer des bagarres et casser des vitrines (Image : domaine public)

Lire aussi : Lord Mountbatten, mentor du prince Charles, fiché par le FBI comme un « pervers » attiré par les « jeunes garçons »

Le livre historique Scandinavia in the Age of Revolution explique que la masturbation est perçue comme un transfert, un exutoire pour le jeune souverain qui ne voulait pas être roi. À l’époque, de telles activités étaient plutôt perçues comme une faiblesse de l’esprit et le précepteur suisse du futur roi, Élie Salomon François Reverdil écrira dans ses mémoires que la « masturbation avait une influence négative sur les capacités d’apprentissage du prince ». La petite taille du jeune roi était aussi imputée à son habitude de masturbation. « La masturbation était une attaque au corps princier, au pouvoir royal absolutiste et donc, au bien-être de la nation ».

Son entourage devait toujours être sur ses gardes, comme le rapporte The Romance of Diplomacy, il lui arrivait de donner une gifle au premier venu qu’il croisait dans les couloirs. Quand il se sentait d’humeur destructrice, il mettait de simples vêtements et sortait dans la rue pour assouvir ses besoins. Il vagabondait alors dans les rues de Copenhague, agissant tel un vandale en détruisant des vitrines. Il pouvait aussi démarrer une bagarre dans la rue ou casser du mobilier dans un palais.

Après les années de politique libérale de Struensee et de la reine Caroline-Mathilde inspirée des Lumières, c’est Julianne-Marie de Brunswick qui prit la régence du royaume, une fois le médecin exécuté et Caroline-Mathilde répudiée. Julianne-Marie était la belle-mère de Christian VII, deuxième épouse de feu Frédéric V. Officiellement, c’est le prince Frédéric, fils handicapé de Julianne-Marie et de Frédéric V, et donc demi-frère de Christian VII, qui était régent. Durant cette période, Julianne-Marie, son fils Frédéric et le Premier ministre de l’époque réinstallent l’ancien régime conservateur. Une période qui prendra fin en 1784, quand le prince héritier Frédéric (le fils unique de Christian VII et Caroline-Mathilde) prendra la régence du royaume. Ce dernier reviendra à une politique libérale plus proche de l’approche de Struensee. Christian VII mourra en 1808, à 59 ans et Fréderic VI deviendra roi après déjà 24 ans de régence. Christian VII de Danemark aura vécu un règne de 40 ans, jalonné de régences. Totalement détruit physiquement et mentalement durant les dernières années de sa vie, il succombera d’un anévrisme cérébral.

Nicolas Fontaine
Nicolas Fontaine

Rédacteur en chef - Rédacteur sénior

Nicolas Fontaine est rédacteur web indépendant depuis 2014. Après avoir été copywriter et auteur pour de nombreuses marques et médias belges et français, il s'est spécialisé dans l'actualité des royautés. Il est aujourd'hui rédacteur en chef d'Histoires royales. nicolas@histoiresroyales.fr

No Comments Yet

Leave a Reply