La famille Bernadotte : ces Français qui règnent sur la Suède depuis 1818

Aussi loin que l’histoire s’en souvienne, la Suède fut un royaume. Le royaume de Suède fut l’un des plus prestigieux et puissants territoires de Scandinavie. Le premier roi historiquement attesté fut le roi Éric VII en 970. Issu de la dynastie de Munsö, de nombreuses autres familles se succédèrent, dont la prestigieuse Vasa ou le clan des Holstein-Gottorp. Soudain, en 1818, apparait une famille alors inconnue de toutes les cours européennes, la famille Bernadotte. Qui sont-ils ? Quelles sont les origines de la famille Bernadotte ? Comment Jean-Baptiste Bernadotte fut appelé à devenir le roi de Suède ?

La famille royale en 1837, première génération des Bernadotte sur le trône de Suède. De gauche à droite : le prince Oscar et sa mère, la reine Désirée. La princesse héritière Joséphine et ses quatre enfants (devant), le prince Auguste, la princesse Eugénie, le prince Charles, le prince Gustave. Debout, derrière, le prince héritier Oscar et le roi Charles XIV Jean, né Jean-Baptiste Bernadotte, adopté par le roi Charles XIII, dont le buste trône à l’arrière. (Photo : Domaine public)

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Les origines de la famille Bernadotte

La plupart des familles royales ont pour prestigieux ancêtres, des anciens rois, des familles puissantes, des anciennes familles de la noblesse et des seigneurs de l’époque féodale. La famille royale de Suède a pour ancêtre agnatique Jean-Baptiste Bernadotte, issu d’une famille du Béarn, dans le sud-ouest de la France, sans origine aristocratique, sans titre de noblesse, de la simple bourgeoisie de Pau.

D’après le généalogiste Gustave Chaix d’Est-Ange, c’est du petit village de Maucor, dans l’actuel département des Pyrénées-Atlantiques qu’est originaire le patriarche des Bernadotte… Joandou du Poey. Première nouvelle, la famille Bernadotte avait pour nom d’origine du Poey.

Joandou de Poey, né en 1590 à Maucor, épousa en 1615 à Pau, Germaine de Bernadotte. Germaine de Bernadotte, fille de Jean de Layus, avait pris pour patronyme le nom de la maison familiale qu’elle possédait à Pau. Il était de tradition à l’époque d’adopter le nom du lieu dont on était propriétaire. D’un point de vue étymologique, Bernadotte viendrait lui-même d’une déformation de « Bernard ». Joandou et Germaine eurent un fils, Pierre de Poey, qui prit également plus tard le nom de Bernadotte, ayant à son tour hérité de cette maison, située aujourd’hui au n°5 de la rue Bernadotte à Pau.

Maison qui porte le nom de Bernadotte et qui fut donné aux descendants de Joandou de Poey. Jean-Baptiste Bernadotte est également né ici. (Photo de droite, maison dans l’état actuel, après rénovations et transformations, en 2017) (Photos : WikiCommons et capture Google Maps)

Pierre de Poey dit Bernadotte épousa Marguerite Barraqué de Lée en 1639. Ils eurent pour fils Jean Bernadotte, qui deviendra tisserand. À partir du 17e siècle, la famille Bernadotte prit de l’importance à Pau, notamment dans le commerce, s’installant comme une famille bourgeoise.

Acte de baptême de Jean Bernadotte, fils de Pierre Bernadotte et Marguerite Barraqué de Lée (Crédits : capture Archives départementales des Pyrénées-Atlantiques)

Jean épousa Marie de la Barrère-Bertandot de Higueres (aussi appelée Marie du Grangé) en 1671 et eurent pour enfant à nouveau un fils, Jean, né en 1683.

Acte de mariage de Jean de Bernadotte et Marie du Grangé en 1671 (Crédits : capture Archives départementales des Pyrénées-Atlantiques)

Jean épousa Marie de Laplace en 1707 (elle est appelée Marie Sartou et Marie Pucheu sur certains actes paroissiaux).

Acte de mariage de Jean de Bernadotte et Marie de Laplace (Crédits : capture Archives départementales des Pyrénées-Atlantiques)

Jean et Marie de Laplace (de Pucheu) sont les parents d’Henri Bernadotte, né le 14 octobre 1711. Henri deviendra procureur au sénéchal de Pau. Il épouse en 1754 Jeanne de Saint-Jean. Henri et Jeanne sont les parents du futur roi de Suède. Ils eurent plusieurs enfants dont trois garçons, Jean-Évangéliste, Arnaud et Jean-Baptiste. Arnaud mourut à 2 ans. Par contre, Jean-Évangéliste et Jean-Baptiste furent les deux descendants qui permirent à la famille Bernadotte de perdurer.

Jean-Évangéliste est l’ancêtre des Bernadotte vivant en France. Il fut contrôleur des Eaux et Forêts, membre du collège électoral des Basses-Pyrénées. Il fut reçu chevalier de la Légion d’honneur en 1807 et fut créé 1e baron Bernadotte en 1810. À sa mort, il transmit à son fils unique Joseph, le titre de baron de l’Empire.

Quant à Jean-Baptiste Bernadotte, il naquit le 26 janvier 1763, dans la maison bourgeoise des Bernadotte, bien que son père, Henri, n’était pas extrêmement fortuné, malgré sa position et son rôle de procureur de province. Quand Henri mourut, Jean-Baptiste n’était âgé que de 17 ans et il laissa la famille dans une situation financière compliquée. Jean-Baptiste s’engagea alors rapidement dans l’armée, d’abord dans le régiment Royal-La-Marine.

Acte de baptême de Jean-Charles Bernadotte, au lendemain de sa naissance, en 1763 (Crédits : capture Archives départementales des Pyrénées-Atlantiques)

En 1798, Jean-Baptiste rencontre Désirée Cléry, une Marseillaise, fille d’un riche marchand de soie et échevin de Marseille. Ils se marient peu de temps après et ont rapidement un fils, Oscar.

Prenant rapidement du galon, Jean-Baptiste deviendra l’un des 18 maréchaux de l’Empire, gouverneur en Allemagne, en Italie. Apprécié par Napoléon, ce dernier éleva la bourgade de Pontercorvo, en Italie, en duché et fit de Jean-Baptise le prince souverain de Pontecorvo en 1806. Quelques années plus tard, son destin va basculer, lorsqu’il fut approché pour devenir prince héritier de Suède pour succéder à Charles XIII de Suède, également roi de Norvège.

Représentation de Jean-Baptiste Bernadotte à la période où il devient prince de Pontecorvo (Crédits : Domaine public)

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Le premier Bernadotte sur le trône de Suède

En Suède, la dynastie Holstein-Gottorp bat de l’aile. La Suède perd la guerre de Finlande, en 1809, ayant pour résultat de perdre la Finlande, récupérée par la Russie. Les politiciens tiennent le roi Gustave IV Adolphe pour responsable et celui-ci se voit contraint d’abdiquer. Pour ne pas compromettre la monarchie et pour préserver sa dynastie, Gustave IV Adolphe accepte d’abdiquer en faveur de son oncle, le prince Charles, duc de Sudermanie, qui devient donc roi, sous le nom de Charles XIII.

Cette abdication eut l’effet escompté, la monarchie ne semblait plus menacée. Par contre, le choix de Charles XIII pour souverain ne fut pas des plus judicieux. Il a déjà 60 ans, il n’a pas de descendant mâle légitime (il est le père de Carl Löwenhielm, un enfant illégitime) et développe une sénilité précoce. Le parlement suédois choisit de lui attribuer un héritier, le prince Christian Auguste de Slovénie-Holsatie-Sonderburg-Augustenburg. Le roi l’adopte en 1810, mais Christian Auguste meurt soudainement. Le parlement choisit alors un nouvel héritier au roi et c’est Jean-Baptiste Bernadotte qui attire les faveurs des parlementaires. Le parlement pense qu’en choisissant un maréchal de Napoléon, le pays deviendrait un allié de la France. Napoléon accepta de déchoir Bernadotte de touts ses titres impériaux et de ses fonctions militaires, le reconnaissant comme prince héritier suédois. Le roi Charles XIII adopte Jean-Baptiste pour qu’il devienne officiellement son fils et héritier.

Le 20 octobre 1810, Jean-Baptiste Bernadotte pose le pied pour la première fois en Suède. La veille, il avait été converti au luthéranisme au Danemark. Le 30 octobre, il rencontre pour la première fois le roi Charles XIII et la reine Hedwige. Le 5 novembre 1810, il prête serment et se fait adopter officiellement par le roi et change de prénom, devenant Karl Johan (Charles-Jean)

Le 5 février 1818 meurt le roi Charles XIII. Charles-Jean monte sur le trône le lendemain. Il est couronné officiellement roi de Suède à la cathédrale de Stockholm le 11 mai et est couronné roi de Norvège à la cathédrale de Trondheim en septembre de la même année. Son épouse, Désirée Clary est elle aussi couronnée en même temps que son mari, en tant que reine Desideria de Suède. Leur fils Oscar, qui avait déjà 19 ans à cette date devint prince héritier. Le mariage d’Oscar avec Joséphine de Leuchtenberg, qui n’est autre que la petite-fille de l’impératrice Joséphine de Beauharnais, confirma la légitimité de la dynastie Bernadotte.

En janvier 1844, le roi Charles XIV Jean fête son 81e anniversaire au lit. Il ne peut plus bouger à cause d’une gangrène au pied. Le 5 mars, il est victime d’un accident vasculaire cérébral, tombe dans le coma et meurt le 8 mars 1844. Son fils lui succède et devient Oscar 1e.

Le roi Charles XIV Jean sur son lit de mort (Photo : Domaine public)

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La famille Bernadotte aujourd’hui

Depuis Jean-Baptiste Bernadotte, qui régna sous le nom de Charles XIV Jean, les Bernadotte n’ont jamais perdu leur trône suédois. Il est l’arrière-arrière-arrière-grand-père de l’actuel roi Carl XVI Gustaf.

La famille royale de Suède en visite à Pau, visite le musée Bernadotte situé dans l’ancienne maison familiale. De gauche à droite : le prince Daniel, la princesse héritière Victoria, la reine Silvia et la roi Carl XVI Gustaf (Photo : Facebook/France 3 Aquitaine)

La branche française des Bernadotte s’est éteinte en 1966, à la mort de Louis Henry, 5e baron Bernadotte. Le baron Bernadotte est mort sans descendance masculine. Ses cousinages étaient également dépourvus de descendants mâles survivants. Ils étaient les descendants de Jean-Évangile Bernadotte, le fils aîné d’Henri Bernadotte, 1e baron Bernadotte.

La branche cadette des Bernadotte perdure à travers les descendants du roi Charles XIV Jean, deuxième fils d’Henri Bernadotte, frère de Jean-Évangile. La branche des Bernadotte de Suède est elle-même divisée suite à la répudiation de certains fils de rois suédois.

Bien que vivant principalement en Suède ou Allemagne, la branche Bernadotte de Wisborg porte un titre de noblesse luxembourgeois. Le titre de comte de Bernadotte de Wisborg est un titre de noblesse luxembourgeois accordé par le grand-duc Adolphe de Luxembourg à son neveu, le prince Oscar, fils du roi Oscar II, en 1888 suite à son mariage morganatique. Par la suite, le Luxembourg a continué à attribuer les titres de noblesses de comtes de Wisborg aux membres de la famille royale suédoise qui ont été déchus de leurs titres de princes de Suède suite à leurs mariages avec des roturières.

Jusqu’au 22 décembre 2019, Dagmar Bernadotte de Wisborg était la doyenne de la famille Bernadotte. Elle est décédée à 103 ans. Depuis 1966, date de la mort du dernier baron français Bernadotte, chef de la branche aînée de la famille, c’est le roi de Suède qui est le chef de famille, étant le mâle en lignée agnatique, le plus proche du défunt baron. À la mort du roi Gustave VI Adolphe, c’est son petit-fils, l’actuel roi Carl XVI Gustaf qui est devenu le chef de la famille.

Source : Encyclopædia Britannica, Archives du 64

Nicolas Fontaine

Rédacteur en chef

Nicolas Fontaine est rédacteur web indépendant depuis 2014. Après avoir été copywriter et auteur pour de nombreuses marques et médias belges et français, il s'est spécialisé dans l'actualité des royautés. Nicolas est aujourd'hui rédacteur en chef d'Histoires royales. nicolas@histoiresroyales.fr