La Guerre des Deux-Roses : une tragédie en plusieurs actes

La Guerre des Deux-Roses, qui opposa pendant trente ans – de 1455 à 1485 – les maisons royales de Lancastre et d’York, est un épisode particulièrement violent de l’histoire anglaise. Descendants des fils du roi Édouard III Plantagenêt, les héritiers des deux dynasties prétendaient avoir une égale légitimité au trône d’Angleterre.

Le nom des Deux-Roses a marqué les esprits tant il est en décalage avec l’idée de guerre mais c’est postérieurement aux évènements qu’il lui fut attribué, fruit de l’imagination de Shakespeare puis de Walter Scott. Si la maison York avait, en effet, une rose blanche parmi ses nombreux emblèmes, c’est seulement à la fin de la guerre que les Lancastre adoptèrent la rose rouge.

Représentation poétique de la guerre des Deux-Roses d’après un passage de la passage de Henri VI de Shakespeare. Le duc d’York et le duc de Somerset prennent une rose blanche et une rose rouge (Photo : Domaine public)

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Défaite et folie : les ferments de la guerre

La concurrence de légitimité des deux maisons – les York étaient les descendants des deuxième et quatrième fils d’Édouard III et les Lancastre du troisième fils -, s’est inscrite dans un contexte historique qui en a facilité l’issue belliqueuse.

Le roi Henri VI – un Lancastre dont l’ancêtre avait détrôné en 1399 l’héritier du trône d’alors – est un monarque faible et impopulaire : on lui reproche la corruption de la cour, la perte de nombreuses possessions anglaises sur le continent dans la fameuse guerre de Cent Ans qui oppose le royaume aux Français, les désordres à l’intérieur du pays où les familles nobles, recrutant les soldats démobilisés par les défaites anglaises, se livrent à d’incessantes guerres privées. A ce mauvais bilan s’ajoutent les graves troubles mentaux dont souffre le roi qui le conduisent en 1453 à s’éloigner du pouvoir au profit de Richard, duc d’York, Lord Protecteur du royaume, qui en assume pleinement les prérogatives.

A la guérison du roi, un an plus tard, la reine Marguerite d’Anjou, écartée par le duc d’York, reprend le pouvoir et se place à la tête des Lancastre pour réduire l’influence de ce dernier.  C’est avec la première bataille de Saint-Albans, provoquée par le duc d’York en 1455, que commence une guerre civile de trente ans.

Le mariage d’Henri VI et de Marguerite d’Anjou. Illustration réalisée vers 1484 (Image : Domaine public)

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Une succession de luttes sans merci

On a pu parler d’un « jeu de chaises musicales » à propos de cette guerre tant elle s’est accompagnée de renversements de situation entre les deux belligérants. En 1460, le duc d’York parvient à se faire reconnaître comme le successeur d’Henri VI, déshéritant le fils de celui-ci. Mais il est tué quelques mois plus tard à la bataille de Wakefield, au cours de laquelle Marguerite d’Anjou, toujours à la tête des troupes des Lancastre, ordonne sa décapitation ainsi que celle de son second fils. Son fils aîné, Édouard IV, réussit à accéder au trône en 1461 après de nombreuses batailles dont la plus sanglante sera celle de Towton où entre 20 et 40 000 hommes perdront la vie. Ce macabre décompte est considéré par les historiens comme le chiffre de décès le plus élevé jamais enregistré en un jour sur le sol anglais.

Une pause relative suivra pendant le règne d’Édouard IV, malgré de multiples affrontements en différents points du territoire qui conduiront même à un bref retour d’Henri VI en 1470. Mais le décès en 1471 d’Henri VI et de son fils privant les Lancastre d’héritier, la présence des York sur le trône sera alors consolidée et la paix un temps rétablie.

La  mort d’Édouard IV en 1483 va, toutefois, rouvrir une période de troubles avec la disparition de ses héritiers, l’avènement de son frère Richard III et l’apparition d’une revendication au trône formulée par Henri Tudor, fils du demi-frère d’Henri VI, et soutenu par les Lancastre.  Impopulaire et considéré comme un usurpateur, Richard III sera battu et tué à la bataille de Bosworth, Henri Tudor devenant alors en 1485 Henri VII d’Angleterre. En épousant Elisabeth d’York, il joint les deux maisons royales ennemies et symbolise cette union en intégrant les roses rouge et blanche dans l’emblème des Tudor.

Représentation du roi Henri VII, Élisabeth d’York, Henri VIII et Jeanne Seymour (Image : Domaine public)

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Une guerre aux troubles épisodes

Au-delà du fracas des armes, la guerre des Deux-Roses est restée célèbre pour la violence des affrontements humains qui l’ont traversée. Ces affrontements entre familles royales, souvent liées, se sont trouvés en outre amplifiés par les agissements et complots de leurs entourages, prêts à toutes les trahisons pour défendre leurs intérêts. La guerre a également été le théâtre d’une disparition qui reste mystérieuse, celle des deux fils d’Édouard IV, qui furent envoyés, encore enfants, à la Tour de Londres par leur oncle Richard et dont on ignore ce qu’ils sont devenus. 

Une telle tragédie ainsi que les passions humaines dont cette guerre est si riche ne pouvaient qu’ inspirer de nombreux auteurs : du théâtre de Shakespeare, avec le célèbre Richard III, jusqu’à la série au grand succès Game of Thrones, la guerre des Deux-Roses demeure une source inépuisable pour l’imagination et la création artistique.

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Sources : Universalis, Herodote

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Sylviane Lamant

Sylviane est diplômée en Littérature française. Biographe et professeur, elle partage avec Histoires Royales sa passion pour l'histoire.