Isabelle de France, reine d’Angleterre envers et contre tout

Qui est vraiment celle que l’on a surnommée « la Louve de France » ? Ce surnom impitoyable lui a été donné bien après sa mort et récemment le travail des historiens et des biographes a rendu justice aux qualités politiques de la malheureuse Isabelle de France, reine malmenée en son royaume d’adoption. Rien n’a été facile à cette reine du XIIIe siècle, fille du roi de France Philippe le Bel. 

Une existence hors du commun l’attend lorsque son père la donne en mariage à douze ans au roi d’Angleterre Édouard II ; au-delà des apparences, elle sera une régente habile autant qu’appréciée par son peuple. Mais comment, à une époque où l’adultère d’une reine, réel ou supposé, est un véritable crime, a-t-elle pu gouverner trois années au vu et au su de tous, le duc de Mortimer à ses côtés ? 

Représentation de la reine Isabelle accueillie à son retour en Angleterre après un voyage en France avec son fils, le futur Edouard III (Image : domaine public)

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Une reine humiliée

La jeune fille, aux dires de ses contemporains, est d’une exceptionnelle beauté ; elle se révèle particulièrement intelligente, fine et douée pour les relations diplomatiques. Toutes qualités dont elle aura grand besoin car Édouard II n’est pas le mari idéal. Le roi, c’est connu, ne peut se passer de son favori, auquel il a le mauvais goût de confier l’organisation de la cérémonie du couronnement, au grand dépit des nobles de la cour. C’est, volontairement ou non, un ratage parfait ! Un chroniqueur rapporte que les plats arrivent froids au dîner, à une heure indue… La reine est humiliée et ces brimades, ces insolences iront très loin, ne cesseront plus, le ton en est donné. 

Représentation du couronnement d’Édouard II en 1308 (Image : domaine public)

 Une femme trompée

D’emblée, la nouvelle reine d’Angleterre est la victime de ce qu’il faut bien nommer un « ménage à trois ». Édouard honorera cependant son épouse, lui donnant plusieurs enfants, deux fils dont le futur Édouard III, deux filles, Aliénor et Jeanne, mais ne cessera jamais ses relations intimes avec ses favoris, d’abord Gaveston, comte de Cornouailles, ensuite Despenser – Hugues le Jeune -, ambitieux qui n’a de cesse d’obtenir des gratifications pour asseoir le pouvoir de sa famille. À quelle date la reine humiliée prend-elle pour amant le baron de Wigmore, Roger Mortimer ? S’il est difficile de répondre à cette question, on sait du moins que Mortimer l’accompagnera jusqu’au bout de ses entreprises et de ses combats, avec une fidélité jamais prise en défaut.

Des combats sur tous les fronts 

Isabelle est la digne fille de ce grand roi de France, Philippe IV le Bel, qui a centralisé le pouvoir royal et fait donner à ses enfants une éducation poussée, y compris à sa fille qui toute sa vie gardera le goût des livres et un sens politique développé. Au quotidien, à la cour où elle est si peu reine, elle doit faire preuve d’habileté et de patience tandis qu’autour du couple royal s’orchestrent les complots, se fomentent les révoltes. 

Il y aura la lutte contre les Écossais, dont le roi Robert Bruce a pris la tête, celle contre les barons conduits par le comte Thomas de Lancastre. Le puissant Roger Mortimer, ardent opposant au pouvoir royal, s’allie aux nobles mécontents qui veulent mettre fin au règne du roi épris de ses favoris successifs. Il y aura la « Grande Famine » qui, s’abattant sur l’Angleterre, bouleverse les équilibres humains et sociaux. Il y aura les retours au pays de son enfance, la France qui l’a toujours soutenue par l’intermédiaire du roi son père, il y aura enfin les forces qu’elle y puise, au sens propre, puisque c’est à partir de son pays natal qu’elle organise l’invasion de son pays d’adoption, en septembre 1326, accompagnée de Mortimer, du prince héritier Édouard et de leurs partisans, bientôt rejoints par les opposants au roi et à Despenser. La destitution du souverain en titre n’est plus qu’une question de jours. 

La reine Isabelle et Roger Mortimer s’en vont avec leurs troupes renverser le roi Edouard II (Image : domaine public)

Une régence de fait 

Commandant en chef de l’insurrection qui a abouti à chasser du trône le roi d’Angleterre, Mortimer, bien que sans aucun titre officiel, va exercer de fait la régence aux côtés de la reine dont il est notoirement l’amant. Curieusement, Isabelle et le duc demeurent populaires ; l’abdication du roi est suivie du couronnement du jeune prince devenu Édouard III en 1327 et la mort annoncée, en septembre de la même année, du monarque déchu ne provoque aucun soulèvement, malgré la rumeur d’assassinat qui s’est répandue dans le pays. 

Au sommet de l’État débute alors une régence conjointe qui voit la reine et son amant exercer le pouvoir sur les sujets anglais… Mais le mal court, les faveurs excessives que s’octroie Mortimer, davantage préoccupé de sa fortune personnelle que du service du royaume, attisent le courroux et la rébellion, y compris dans son propre camp.

 Bon sang ne saurait mentir

Édouard III n’a que dix-sept ans au moment où il s’empare du pouvoir qui lui a été soustrait. L’âge exact de sa mère quand elle l’a mis au monde. Lorsque débute la régence, il mettra à profit, malgré sa jeunesse et son inexpérience, ce temps court pour prendre ses marques. Rejoindre le camp des opposants, l’organiser pour assurer son règne, faire déposer et exécuter le régent sans titre, écarter définitivement sa mère de tout commandement, c’est son œuvre. Trois années durant, le royaume a vu le pouvoir royal s’avilir dans l’édification de richesses personnelles. Édouard met fin à cette situation le 29 novembre 1330 avec l’exécution de Mortimer, sans faiblesse, sans prêter l’oreille aux supplications d’Isabelle : « Beau fils, faites grâce au gentil Mortimer ! » Un véritable roi est revenu au pouvoir. 

Comment, devant la détermination de ce monarque, ne pas penser à l’inflexibilité de sa mère la reine qui, en son temps, avait osé éclairer Philippe le Bel sur l’inconduite de ses trois belles-filles, malgré la terrible et prévisible issue de ces révélations ? Bon sang ne saurait mentir…

Roger Mortimer, 3e baron Mortimer de Wigmore et 1er comte de March, a été exécuté pendu au gibet en novembre 1330 (Image : domaine public)

Sources : Universalis, Isabelle de France-Reine d’Angleterre, Paris Match

Nicolas Fontaine

Rédacteur en chef

Nicolas Fontaine est rédacteur web indépendant depuis 2014. Après avoir été copywriter et auteur pour de nombreuses marques et médias belges et français, il s'est spécialisé dans l'actualité des royautés. Nicolas est aujourd'hui rédacteur en chef d'Histoires royales. nicolas@histoiresroyales.fr