Les nécropoles de la famille impériale russe : la cathédrale Pierre-et-Paul et le mausolée des grands-ducs

Au centre de la forteresse Pierre-et-Paul de Saint-Pétersbourg est érigée l’impressionnante cathédrale dont la flèche dorée est visible de tous les points de vue de la capitale impériale. La cathédrale est la nécropole des empereurs de Russie depuis Pierre le Grand. À côté de la cathédrale se trouve le mausolée des grands-ducs, où reposent d’autres membres de la famille impériale.

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Une cathédrale comme nécropole impériale

C’est en 1703 que Pierre le Grand décida de construire les fondations d’une nouvelle ville, choisissant la petite île aux Lièvres, située au centre de la Neva. Rapidement, c’est une forteresse qui sera construite sur l’île et la ville de Saint-Pétersbourg va s’étendre autour de ce centre. La forteresse Pierre-et-Paul devait avoir une fonction militaire mais elle servira principalement de prison, jusqu’à l’ère soviétique où elle sera transformée en musée.

Dans la forteresse se trouvent la Monnaie nationale, l’ancienne prison du bastion Troubetskoï, de nombreux bâtiments qui servent aujourd’hui de musées, ainsi qu’une cathédrale et un mausolée. La cathédrale est le bâtiment central de la forteresse. Peu grande en superficie, la cathédrale est pourtant immanquable grâce à son clocher.

Le clocher de la cathédrale dépasse des remparts de la forteresse construite sur l’île aux Lièvres (Photo : Histoires Royales)

Le clocher de la cathédrale est une flèche de 123 mètres de hauteur surmontée par un ange doré, l’un des symboles de la ville. La construction de la cathédrale a commencé en 1712. Saint-Pétersbourg a été fondée en 1703 et c’est en 1706 que Pierre le Grand en fit sa capitale. L’empereur avait choisi de construire des somptueux palais et des bâtiments dans des styles baroques ou rococo, s’inspirant de palais européens et vénitiens.

Vue latérale de la cathédrale (Photo : Histoires Royales)

Pierre le Grand fit remplacer l’église en bois qui se trouvaient au centre de la forteresse depuis la fondation de la ville. Il chargea l’architecte italien Domenico Trezzini de réaliser le bâtiment. Débutée en 1712, la construction sera achevée en 1733. Le clocher est équipé d’un carillon flamand fabriqué à Malines. Encore aujourd’hui, on peut entendre la douce mélodie sonner toutes les heures.

La flèche de la tour représentant un ange est située à 123 mètres (Photo : Histoires Royales)
Vue de face de la cathédrale Saint-Pierre-et-Saint-Paul de Saint-Pétersbourg (Photo : Histoires Royales)

Depuis Pierre le Grand, tous les empereurs de Russie sont enterrés dans la cathédrale Saint-Pierre-et-Saint-Paul, au centre de la forteresse. Les épouses et les enfants des empereurs y sont également enterrés. Avant Pierre le Grand, le lieu pour enterrer les tsars n’étaient pas établi. Historiquement, les grands princes de Moscou, puis les premiers tsars, étaient inhumés dans les édifices religieux qui se sont succédé sur le site actuel de la cathédrale de l’Archange-Saint-Michel à Moscou. C’est d’ailleurs là que Pierre II (qui fait exception) est aussi enterré. Avec Ivan VI, ce sont les deux seuls empereurs postérieurs à Pierre 1e qui ne sont pas inhumés à la cathédrale Saint-Pierre-et-Saint-Paul.

La «boathouse» (gauche), l’arrière du mausolée (centre) et la cathédrale (droite) (Photo : Histoires Royales)

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Les tombeaux des tsars et tsarines de Russie

L’intérieur de la cathédrale est richement décoré avec son autel recouvert d’or. La cathédrale n’ayant qu’une fonction de nécropole, la nef semble vide. Les tombeaux des empereurs et de leur famille ont été disposés de façon un peu anarchique dans les allées de la cathédrale.

Intérieur de la cathédrale Saint-Pierre-et-Saint-Paul où sont enterrés les membres de la famille impériale (Photo : Histoires Royales)
Les tombeaux d’Elisabeth 1e, de Catherine 1e et Pierre 1e le Grand (Photo : Histoires Royales)
Les tombes sont toutes identiques (Photo : Histoires Royales)
Photos de la crypte impériale à Saint-Pétersbourg (Photo : Histoires Royales)

L’empereur Nicolas II, son épouse et leurs enfants, qui ont été assassinés, ont une chapelle qui leur est réservée dans la cathédrale. Ils ont rejoint la cathédrale en 1998 après la découverte de leur corps. Ils reposent dans la chapelle Sainte-Catherine située après l’entrée, donnant sur l’intérieur de la cathédrale. Trois petites tombes se trouvent aussi à l’entrée, dans une petite alcôve et ne donnent pas directement sur l’intérieur de la cathédrale.

Derrière une porte en bois près de l’entrée de la cathédrale se cache la chapelle Sainte-Catherine, dans laquelle sont inhumés Nicolas II, sa femme et leurs enfants (Photo : Histoires Royales)

Les tombes sont quasiment toutes identiques, celles des enfants étant plus petites. Un aigle bicéphale, symbole impérial, est posé sur chacun des quatre angles du couvercle du tombeau pour indiquer qu’il s’agit d’un souverain. Les autres membres de la famille ont simplement la croix orthodoxe gravée sur le couvercle. Les noms ne figurent pas sur les tombeaux en marbre et ont été ajoutés sur des plaquettes posées devant les tombes.

D’autres tombes de membres de la famille impériale (Photo : Histoires Royales)
Tombe de l’impératrice Maria Feodorovna (née princesse Dagmar de Danemark) (1847-1928) (Photo : Histoires Royales)
La tombe de Nicolas 1e (avant plan gauche), devant celle de Paul 1e (Photo : Histoires Royales)

Seules deux tombes se distinguent. Le tombeau d’Alexandre II est vert et celui de son épouse, l’impératrice Maria Alexandrovna (née Marie de Hesse-Darmstadt) est rose. Le tombeau d’Alexandre II est en jaspe vert et celui de son épouse en rhodonite rose de l’Oural.

La tombe verte d’Alexandre II et la tombe rose de l’impératrice Maria (Photo : Histoires Royales)

Sur la tombe de Pierre le Grand sont aussi disposées des médailles. C’est Alexandre 1e qui a initié cette tradition en 1803, en exigeant que l’on pose sur le couvercle la médaille en or que l’empereur avait reçu de façon posthume de la part des citoyens, à l’occasion du centième anniversaire de la fondation de la ville. À l’occasion des autres anniversaires et commémorations, d’autres pièces ont été posées au fil des décennies. Pour son 300e anniversaire, Pierre 1e a aussi eu droit à son buste. La dernière médaille à avoir été posée date de 2003, à l’occasion du 300e anniversaire de la fondation de Saint-Pétersbourg.

La tombe de Pierre 1e le Grand avec ses médailles sur le couvercle (Photo : Histoires Royales)

Le mausolée grand-ducal

Après un siècle d’utilisation, les places viennent à manquer dans la cathédrale. Nicolas 1e décide en 1831 de réserver la cathédrale aux empereurs et à leur épouse. On entreprend alors de construire un nouvel édifice pour accueillir les dépouilles des autres membres de la famille. On construit d’abord une petite chapelle, qui elle aussi sature très vite et dont l’usure se fera très vite. Ce n’est qu’en 1897 que Nicolas II confie à l’architecte David Grimm la construction d’un véritable mausolée. Il faudra 10 ans et 3 architectes pour que le mausolée soit terminé.

L’entrée du mausolée des grands-ducs et la cathédrale à l’arrière (Photo : Histoires Royales)

Le mausolée forme un dôme, dont le point culminant est à 48 mètres. Le mausolée est consacré en 1908. L’intérieur est relativement sobre (à cause des dégâts causés) et en marbre italien. Le grand vitrail représentant la résurrection du Christ est sur le mur de l’entrée. Aujourd’hui, les visiteurs n’entrent pas par l’entrée mais par l’une des sorties qui donne directement sur une pièce jouxtant la cathédrale. Les deux bâtiments sont donc reliés par un couloir.

L’entrée du mausolée grand-ducal par le couloir qui vient de la cathédrale avec la porte d’entrée originelle en bois, en face (Photo : Histoires Royales)
Le mausolée des grands-ducs (Photo : Histoires Royales)

Le mausolée subira de nombreux dégâts pendant la guerre puis subira la négligence des années soviétiques. En 1992, Boris Eltsine donne son autorisation pour que le grand-duc Vladimir Kirillovitch soit enterré dans le mausolée. Le grand-duc Vladimir est le fils du grand-duc Cyrille, lui-même cousin et successeur de Nicolas II, auto-proclamé empereur quelques années après l’assassinat de la famille impériale. L’inhumation du grand-duc Vladimir est l’occasion de rénover l’édifice et d’autres bâtiments de la forteresse.

Tombe du grand-duc Vladimir Kirillovitch (Photo : Histoires Royales)

En 2006, le vitrail de la résurrection du Christ de Nikolaï Brouni, de style Art nouveau, est lui aussi rénové. D’autres travaux devraient avoir lieu pour rénover l’autel qui a disparu et d’autres tombes, actuellement cachées par des rideaux blancs.

Après avoir enterré le grand-duc Vladimir dans le mausolée, la famille obtient l’autorisation de rapatrier le corps de ses parents. Le grand-duc Cyrille Vladimirovitch et son épouse, la grand-duchesse Victoria Feodorovna (née Victoria-Mélita de Saxe-Cobourg-Gotha) étaient inhumés jusque-là à Cobourg, en Allemagne. La dernière à avoir rejoint le mausolée est la grande-duchesse Léonida Guéorguievna (née princesse Léonida Bagration-Moukhranskaïa). Léonida est décédée en 2010. Elle était la veuve du grand-duc Vladimir et mère de l’actuelle prétendante au trône impérial.

Tombe de Léonida Guéorgievna (Photo : Histoires Royales)
Tombe de Victoria Feodorovna (Photo : Histoires Royales)
Tombe de Cyrille Vladimirovitch (Photo : Histoires Royales)

Le 1e octobre 2021, à l’occasion de son mariage religieux à la cathédrale Saint-Isaac de Saint-Pétersbourg, le grand-duc Georges Mikhaïlovitch, fils unique de la grande-duchesse Maria Vladimirovna s’est rendu à la forteresse Pierre-et-Paul pour se recueillir sur la tombe de ses ancêtres. Il s’agit du premier acte effectué par le tsarévitch après son mariage avec Victoria Romanovna. Le tsarévitch Georges est le descendant de l’empereur Alexandre II.

Nicolas Fontaine

Rédacteur en chef

Nicolas Fontaine est rédacteur web indépendant depuis 2014. Après avoir été copywriter et auteur pour de nombreuses marques et médias belges et français, il s'est spécialisé dans l'actualité des royautés. Nicolas est aujourd'hui rédacteur en chef d'Histoires royales. nicolas@histoiresroyales.fr