Premier discours du roi d’Arabie saoudite aux Nations unies : l’Iran dans sa ligne de mire

Cette année, l’Organisation des Nations unies fête ses 75 ans. À cause des conditions sanitaires actuelles liées à la pandémie mondiale de coronavirus, l’Assemblée générale, qui devait être en fête, ressemble à un hémicycle désertique. Quelques représentants assistent à l’assemblée, durant laquelle 193 chefs d’État prennent la parole… à distance. Pour cet anniversaire, il y a des discours que l’on retiendra plus que d’autres, comme la prise de parole historique du roi Salman d’Arabie saoudite.

Lire aussi : Message d’Alois de Liechtenstein à l’occasion des 75 ans de l’ONU

Le roi Salman profite des restrictions sanitaires pour envoyer son premier discours à l’Assemblée générale de l’ONU

Cette année, les dirigeants ont enregistré leurs messages vidéo et ceux-ci sont diffusés devant une assemblée presque vide à New York. Ces mesures ont ceci de positif que les chefs d’État les plus frileux ont osé pour une fois prendre la parole, en enregistrant simplement depuis chez eux un discours. Le roi d’Arabie saoudite, Salman ben Abdelaziz Al Saoud, 84 ans, de santé fragile n’a jamais pris la parole aux Nations unies, ne voulant pas prendre de risque en se déplaçant jusqu’au États-Unis. La configuration particulière de cette année, lui a permis de prononcer son premier discours, qui fut attendu et remarqué.

Après avoir commencé par les félicitations habituelles, le roi Salman, qui est monté sur le trône en 2015, et qui a laissé la gestion des affaires courantes à son fils, le prince héritier Mohammed ben Salman, est ensuite passé à l’auto-congratulation. Le souverain saoudien a rappelé que son pays avait fait des dons de plus de 86 milliards de dollars à des causes humanitaires dans 81 pays du monde en 30 ans.

Le message préenregistré du roi d’Arabie saoudite a été diffusé devant l’Assemblée générale des Nations unies à New York (Photo : capture YouTube/PBS)

Lire aussi : Discours du roi Felipe pour les 75 ans de l’ONU

Le roi d’Arabie saoudite dénonce le régime iranien

Il n’a pas fallu attendre longtemps pour que le roi Salman en vienne au point que tout le monde attendait, l’Iran. En un mois de temps, le président américain, à force de négociations, a réussi à rallier deux de ces alliés à sa cause, les Émirats arabes unis et Bahreïn, en leur faisant signer la reconnaissance de l’État d’Israël et à leur faire accepter la normalisation de leurs relations avec ce pays. Selon Donald Trump, il serait à présent en négociations avancées avec le roi d’Arabie saoudite afin qu’il devienne le prochain pays arabe à reconnaitre Israël. En échange de cette reconnaissance, les États-Unis promettent de former un front commun contre l’Iran.

« Les mains du Royaume ont été tendues pacifiquement vers l’Iran, avec une attitude positive et ouverte, au cours des dernières décennies, mais en vain », a déclaré le roi Salman avec déception. Le Roi a ensuite accusé le gouvernement iranien d’avoir exploité les efforts internationaux pour contenir ses activités nucléaires, en soutenant les rebelles houthis au Yémen voisin et en ciblant les installations pétrolières saoudiennes lors de frappes de missiles.

« Notre expérience avec le régime iranien nous a appris que les solutions partielles et l’apaisement n’ont pas mis fin à ses menaces à la paix et à la sécurité internationales», a déclaré le roi, en prononçant des mots qui rappellent ceux de l’administration Trump.

Les mots du roi Salman sont durs, quant on sait que la veille, le président iranien Hassan Rohani avait de son côté parlé positivement de l’Arabie saoudite dans son discours. Il avait dépeint le royaume saoudien comme une force pacifique, agissant pour le bien dans la région et dans le monde.

Le roi Salman a ensuite salué les États-Unis pour leurs efforts de réconciliation dans le conflit israélo-palestinien. Néanmoins, le Roi n’a fait aucune mention de la normalisation des relations diplomatiques entre le Bahrein, les Émirats arabes unis et Israël. Il n’a pas non plus évoqué si des négociations étaient bien en cours pour que son Royaume en fasse de même.

Pour la première fois, le roi Salman d’Arabie saoudite a prononcé un discours à l’ONU (Photo : capture YouTube/PBS)

Lire aussi : Le roi de Bahreïn reconnait Israël

Un message vidéo historique du roi Salman al Saoud

Il a conclu son message vidéo en exprimant sa sympathie pour le peuple libanais, aux prises avec un gouvernement dysfonctionnel et les conséquences de l’explosion dévastatrice du port le mois dernier qui a rasé une partie de Beyrouth. Le Roi a qualifié l’explosion de « résultat de l’hégémonie du Hezbollah », le groupe militant chiite libanais aligné sur l’Iran. Rappelons que le Hezbollah a nié tout rôle dans l’explosion du port, qui a été causée par un stock abandonné de nitrate d’ammonium.

Le discours aux Nations unies n’est évidemment pas le lieu où les chefs d’État aiment s’épancher sur les problèmes et dysfonctionnements de leur pays. Le discours du roi Salman est une première certes, mais il faut rappeler que l’Arabie saoudite joue un rôle militaire important dans le conflit au Yémen, ou encore, que le pays est l’un des pires au monde en ce qui concerne le respect des droits de l’Homme. Le prince héritier lui-même est surveillé par les services d’intelligence américains pour son implication dans l’exécution du journaliste Jamal Khashoggi.

Lire aussi : Discours des 75 ans de l’ONU du roi Willem-Alexander des Pays-Bas

Source : NY Times

Avatar
Nicolas Fontaine

Rédacteur en chef - Rédacteur sénior

Nicolas Fontaine est rédacteur web indépendant depuis 2014. Après avoir été copywriter et auteur pour de nombreuses marques et médias belges et français, il s'est spécialisé dans l'actualité des royautés. Il est aujourd'hui rédacteur en chef d'Histoires royales.