Le prince Charles-Édouard, le préféré d’Hitler

Le prince Charles-Édouard, cousin des plus grands de son époque, petit-fils préféré de la reine Victoria, est passé de chouchou de Sa Majesté à persona non grata. Pire, si la famille royale britannique pouvait l’effacer des livres d’histoire, elle le ferait. Jugé comme ennemi de la nation, ce prince déchu se tourna vers le seul qui lui tendit la main, Adolf Hitler. Comment ce petit prince britannique discret s’est-il transformé en nazi, en ami d’Hitler et en est-il venu à combattre son propre peuple ? Récit peu connu d’un prince britannique déchu, devenu duc germanique, grand-père de l’actuel roi de Suède, dont le destin bascula à cause de sa bien-aimée grand-mère, la reine Victoria.

Le prince Charles-Edouard, duc de Saxe-Cobourg et Gotha avec Adolf Hitler (Capture Youtube)

La naissance de celui qui ne contrôla jamais son destin

Le prince Leopold Charles Edward (ou Charles-Édouard) est né le 19 juillet 1884, dans la propriété familiale de Claremont House, dans le Surrey. On pourrait déjà ironiser sur sa naissance, en faisant remarquer qu’avant même de naître, le sort avait décidé de lui jouer un mauvais tour.

Deuxième enfant de la princesse Hélène de Waldeck-Pyrmont, (sœur d’Emma de Waldeck-Pyrmont devenue reine des Pays-Bas par son mariage avec Guillaume III), le prince Charles-Édouard ne connut jamais son père, Léopold. Celui-ci était mort quatre mois avant sa naissance. L’hémophile courait dans la famille et le prince Léopold, duc d’Albany, huitième enfant de la reine Victoria, est mort des suites d’une chute dans l’escalier. À sa mort, son épouse était enceinte. Le prince Charles-Édouard naquit sans père, et ne connut de lui que ses titres dont il hérita, à savoir 2e duc d’Albany, comte de Clarence, baron Arklow.

La reine Victoria se prendra d’affection pour sa belle-fille, la duchesse douairière d’Albany, et pour son jeune fils, Charles-Édouard, qui vient de naitre sans père. Elle qui aimait tant son fils Léopold, transféra tout son amour pour lui vers ses héritiers, à savoir le prince Charles-Édouard, et sa sœur ainée, la princesse Alice. Alice et Charles-Édouard étaient très proches, on les surnommait « les Siamois ».

La princesse Alice et son petit frère, le prince Charles-Edouard, inséparables et surnommés « les Siamois »

Né dans la plus prestigieuse famille de Grande-Bretagne, membre de la cour la plus respectée d’Europe, le prince Charles-Édouard a peu de choses à devoir se préoccuper. Pourtant, le peu d’engagements qu’il doit assurer, lui semblent déjà être insurmontables. Vu sa position dans l’ordre de succession, ce jeune prince n’avait pourtant que les avantages à devoir profiter. Il n’était pas destiné à monter sur le trône, ni à devoir assurer trop de responsabilités. La famille royale vivait à l’époque dans l’insouciance. La reine Victoria était sur le trône depuis une éternité, la politique était stable et la famille n’avait à se soucier que de la merveilleuse éducation qu’elle comptait offrir à ses enfants.

Le prince Charles-Edouard, duc d’Albany, était un enfant discret, à l’aise dans sa position de membre de la famille royale ayant peu de responsabilités

La décision de la reine Victoria qui fit tout basculer

Le destin du jeune prince Charles-Édouard bascula en 1899. À des centaines de kilomètres de là, bien loin de l’empire britannique, se trouve une toute petite monarchie germanique, le duché de Saxe-Cobourg et Gotha. Bien que minuscule, de nombreuses familles royales descendent de cette dynastie, dont le nom est encore célèbre aujourd’hui. Jusqu’en 1844, le duc régnant sur ce territoire était le duc Ernest 1e, frère de Léopold 1e, roi des Belges. Ernest eut deux fils, le prince Ernest, qui fut son héritier et lui succéda sur le trône du duché en tant qu’Ernest II, et le prince Albert. Le prince Albert épousa la reine Victoria et devint prince consort de Grande-Bretagne.

Ernest II n’avait pas d’enfants, et à sa mort, le titre de duc de Saxe-Cobourg-Gotha devait revenir au mâle le plus proche. Son frère, le prince consort Albert était déjà mort, donc le titre revenait de fait à son fils aîné. Le fils aîné du prince Albert et de la reine Victoria, Edward, convoitait évidemment le trône britannique dont il allait hériter un jour. Il préféra donc renoncer au duché de Cobourg et c’est son frère, le prince Alfred, qui devint Alfred 1er de Saxe-Cobourg-Gotha.

Alfred 1e n’eut malheureusement qu’un seul descendant mâle, qui mourut en 1899, à 24 ans. C’est ici que la reine Victoria décida de s’immiscer dans la ligne successorale des Cobourg, dont son fils était le chef. Elle proposa à son fils Alfred 1e, de désigner comme héritier son jeune petit-fils chouchou de presque 15 ans, le prince Charles-Édouard. L’ordre de succession prévoyait normalement que ce soit le prince Arthur, duc de Connaught, frère d’Alfred 1e, qui soit son héritier. Mais le duc de Connaught avait fait savoir à sa mère et à son frère que l’idée de partir à Cobourg avec sa famille ne l’enchantait guère. C’est ainsi que la reine Victoria demanda à Alfred d’offrir ce privilège à Charles-Édouard. Ce cadeau empoisonné fut un véritable bouleversement pour ce jeune adolescent, vite perturbé, qui aimait sa tranquillité à laquelle il aspirait en restant à jamais un membre de second rang de la famille royale.

À 15 ans, la « famille d’Albany » quitta donc l’Angleterre pour rejoindre l’Allemagne, là où le jeune Charles-Édouard serait un jour appelé à régner maintenant qu’il fut désigné de force héritier du duché. Ce jour ne tarda pas à arriver. Seulement un an après ce changement de règle successorale, le duc Alfred 1e mourut et le jeune Charles-Édouard, 16 ans lui succéda, en 1900. L’adolescent allait devoir régner sur environ 1977 km2, habités par environ 60 000 habitants. Mais cette riche famille possédait 13 châteaux, de nombreux domaines, territoires agricoles, forêts, en Autriche et en Bavière. De grandes responsabilités pour un enfant qui vivait dans les jupons de sa mère.

Charles-Edouard, nouveau duc de Saxe-Cobourg et Gotha, peu de temps après son ascension sur le trône, en 1900, âgé d’environ 16 ans (Bundesarchiv/Domaine public)

Le règne de Charles-Édouard de Saxe-Cobourg-Gotha

Étant encore un enfant, Charles-Édouard doit parfaire son éducation. C’est au château de Stuttgart, auprès de son oncle par alliance, le roi Guillaume II de Wurtemberg, époux de sa tante Marie de Waldeck-Pyrmont, que l’ancienne famille d’Albany vécut dans un premier temps. La famille déménagea ensuite à Potsdam puis à Bonn. Il entreprit des études de sciences politiques et suivit sa formation militaire. Charles-Édouard fut relativement secoué par la rudesse de l’apprentissage militaire allemand à la prestigieuse académie militaire Lichterfelde.

Le jeune duc de Saxe-Cobourg-Gotha entreprend sa formation militaire à l’académie militaire des cadets de Lichterfelde

En janvier 1901, sa grand-mère, la reine Victoria décède et c’est le roi Édouard VII qui lui succède, oncle de Charles-Édouard. Son tout premier devoir en tant que duc régnant, fut d’assister aux funérailles de sa grand-mère, représentant à présent une délégation étrangère.

En 1905, Charles-Édouard devient majeur et une fois adulte, la régence assurée par l’époux de sa cousine prend fin. Afin d’assurer les cousinages et les alliances politiques, l’empereur allemand Guillaume II choisit l’épouse de Charles-Édouard. Ce dernier n’eut d’autre choix que d’épouser celle que l’empereur lui eut désignée, à savoir l’une de ses nièces, la princesse Victoria-Adélaïde de Schleswig-Holstein-Sonderbourg-Glücksbourg.

Le duc et la duchesse de Saxe-Cobourg-Gotha, Charles-Édouard et Victoria-Adélaïde à leur mariage en 1905, âgés de 21 et 19 ans (Crédits : Deutsches Bundesarchiv/Domaine public)

Faut-il rappeler que l’empereur Guillaume II (Kaiser Wilhelm II) était également le cousin germain de Charles-Édouard. En effet, lui aussi était le petit-fils de la reine Victoria. La mère du Kaiser n’était autre que la fille aînée de la reine Victoria. Ce mariage arrangé s’avéra être une réussite et ils eurent quatre enfants, permettant à Charles-Édouard de construire sa propre famille. Neuf ans après la naissance de leur dernier enfant, après la guerre, le couple eut encore un cinquième enfant.

Le duc et la duchesse de Saxe-Cobourg et Gotha avec leurs 4 premiers enfants nés avant la guerre : Jean-Léopold, Sibylle, Hubert et Caroline

Malheureusement, il prit aussi ses distances avec sa sœur adorée, la princesse Alice qui l’avait suivi jusqu’ici. La princesse Alice épousa Alexander de Teck, qui n’était autre que le frère de Mary de Teck, épouse du futur George V. Par conséquent, dans les années qui suivirent, Alice fut considérée comme la belle-sœur de la reine consort. Une position qui lui permit de faire partie des membres les plus importants de la famille royale, et par conséquent, l’éloigna de son frère envoyé en Allemagne.

Étonnamment, le duc de Saxe-Cobourg-Gotha prit les choses en main dans son duché. Il s’avéra être doué pour les finances, pour promouvoir l’art, la culture et gérer le patrimoine.

La Première guerre mondiale le prive de ses liens familiaux

En 1914, la situation est tendue et dorénavant, Charles-Édouard est un dirigeant allemand. Une fois de plus, c’est la volonté de l’empereur allemand qui décidera de son sort. Il est en visite chez sa mère et sa sœur, en Angleterre, quand toute l’Europe est sous le choc, en apprenant l’assassinat de l’héritier du trône d’Autriche. Ce casus belli bien connu déclencha la Première Guerre mondiale.

Obligé à prendre position auprès de son peuple d’adoption, il demanda néanmoins au Kaiser l’autorisation de ne jamais devoir affronter son peuple de naissance. Il fut donc envoyé au front de l’Est, pour combattre l’armée russe en Prusse et en Pologne. De par son statut royal, il obtint des hauts-grades militaires, bien que peu expérimenté.

Car Eduard a combattu au front de l’Est contre les Russes

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En 1917, le roi George V, cousin de Charles-Édouard, fit changer le nom de famille de la famille royale. Depuis le mariage de la reine Victoria avec le prince Albert Saxe-Cobourg-Gotha, ses descendants portaient tous le nom de leur père, un nom d’origine allemande qui dorénavant faisait honte à la famille. Tous les membres de la famille royale adoptèrent alors le nom de Windsor, du nom du domaine où ils vivaient. Malheureusement pour Charles-Édouard, ce dernier étant le chef de la famille Saxe-Cobourg-Gotha ne put évidemment pas renoncer à son nom et à son titre. À partir de 1917, il est symboliquement exclu de la famille, ne partageant plus le même nom que ses cousins, que sa sœur, ses oncles et ses tantes. Le voilà seul, devenu un monarque allemand sur son petit duché, alors qu’il n’avait rien demandé.

Le duc allemand qui connut la fin de la monarchie

Au lendemain de la guerre, l’immense empire allemand, mais aussi les révolutions de l’empire russe plongent l’Europe des monarchies dans un climat de peur pour tous les souverains. Un mécontentement général, ainsi que des pensées populistes émergent, remettant en cause les nombreux monarques qui observaient leur peuple depuis leurs châteaux. Pour Charles-Édouard, ce mouvement fut difficile à digérer, lui qui avait fait une croix sur sa famille par devoir pour son nouveau peuple. Il se considérait également comme un monarque proche de son peuple et il avait effectivement plutôt bien géré ses territoires avant la guerre.

En novembre 1918, le Kaiser abdique, les monarchies germaniques sont abolies. Tous les princes, ducs, margraves, comtes ou rois devinrent de simples citoyens, y compris le duc de Saxe-Cobourg-Gotha. Bien que ne partageant plus le même nom que sa famille britannique, jusqu’alors, Charles-Edward bénéficiait toujours du titre de prince de Grande-Bretagne et d’Irlande, aisni que de ses titres de 2e duc d’Albany, comte de Clarence et baron Arklow. Mais en mars 1919, le couperet tombe. Lui et trois autres princes britanniques sont jugés comme des traitres pour avoir servi auprès de l’Allemagne pendant la guerre. Par conséquent, George V leur retira tous leurs titres de noblesse britanniques.

En quelques mois, le duc de Saxe-Cobourg-Gotha perdit son duché, son titre germanique et enfin, ses titres britanniques. Le voilà simple citoyen Carl Eduard von Sachsen-Coburg und Gotha. Notons que la privation de ses titres britanniques ne concerne que son titre de noblesse, à savoir duc d’Albany. Officiellement, il ne fut pas privé de celui de prince.

Hitler est le premier à lui tendre la main et le valoriser

Charles-Édouard est traumatisé par les mouvements contestataires, révolutionnaires de gauche et notamment par les Bolcheviks, qui exécutèrent le tsar Nicolas II et sa famille. La tsarine Alexandra était sa cousine germaine et il craint les mouvements révolutionnaires et antimonarchiques qui lui avaient déjà valu son trône. Il s’intéresse alors au mouvement de droite, qui semble plus favorable aux conditions de vie des nobles et anciens monarques déchus. Comme une grande partie de l’aristocratie allemande, qui avait perdu tout privilège, argent, pouvoir, il s’intéressa à l’extrême droite et aux courants radicaux.

Un homme émerge rapidement dans le principal parti antimarxiste, le DAP puis NSDAP. Il harangue la foule et se trouve une vocation. Il s’agit du caporal Adolf Hitler qui prit rapidement de l’importance dans le parti. Charles-Édouard suit l’évolution et la montée d’Hitler et son parti. Il se rapproche de certains hauts placés et se considère comme un adhérant à leurs idées. Il se rend bien compte que ces idées sont controversées et peuvent choquer. Dans une lettre écrite à sa sœur, celui-ci lui fait savoir qu’il sait qu’elle n’apprécierait certainement pas les idées auxquelles il adhérait à présent.

En 1922, sa sœur et sa mère acceptent de venir lui rendre visite en Allemagne, lui qui est interdit de rentrer sur le territoire britannique. Ces retrouvailles furent l’objet d’un drame. Leur mère meurt en Allemagne, au bout de quelques jours. Trois semaines après ce tragique événement, à présent totalement orphelin, sa sœur rentrée en Angleterre, le voilà livré à lui-même.

Photo prise en 1922, lors du dernier voyage de la princesse Hélène, quelques jours avant sa mort. Au centre, le duc de Saxe-Cobourg-Gotha et à droite, la princesse Alice

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À peine trois semaines plus tard, le destin lui joue un nouveau tour, lorsque fin septembre 1922, Hitler décide de visiter Cobourg. Il est reçu par l’ancien duc, fier de lui faire découvrir sa ville, son château. Hitler avait l’intention d’utiliser les forces de chacun. Il voulait transformer les médecins en super médecins, les techniciens en super ingénieurs, et les anciens aristocrates en de compétents diplomates, faisant travailler leurs anciennes relations. La force d’Hitler fut de comprendre que ces anciens monarques ne demandaient qu’une chose, se sentir utiles et retrouver un certain pouvoir. Charles-Édouard fut le premier ancien souverain à accueillir chez lui Hitler et lui serrer la main.

Charles-Edouard rencontre Hitler pour la première fois et l’invite dans son château de Cobourg

Pour l’ancien duc, c’est un coup de communication extraordinaire. Hitler commence à devenir populaire et c’est un honneur de pouvoir s’afficher si complice avec cet homme qui l’écoute et lui laisse même entrevoir un avenir. Charles-Édouard est totalement séduit par la puissance de cet homme, son charisme, sa force et son autorité. Dans une lettre à sa sœur Alice, l’ancien duc confirmera ce ressenti en expliquant qu’il était bon de se sentir encore utile après cette période difficile.

Cette visite à Cobourg eut des conséquences historiques importantes. Cette visite symbolique a permis au parti d’Hitler d’être apprécié par la population. C’est d’ailleurs à Cobourg que fut élu le premier maire de toute l’Allemagne issu du NSDAP.

Charles-Édouard retrouve Londres grâce au prince de Galles

En 1933, Adolf Hitler devient chancelier allemand et promet de rendre toute sa splendeur au pays. Entretemps, Charles-Édouard a continué son travail au sein du parti et a notamment organisé un événement de grande importance dans son château de Cobourg. La presse internationale s’est empressée de couvrir l’événement, intriguée par l’invitation d’un ancien prince britannique qui vantait à présent les mérites de l’Allemagne. La presse est visiblement séduite et les articles des journaux britanniques ou danois font état des merveilles dont ils ont pu être témoins sur place. Hitler comprend alors que le duc peut devenir un instrument de taille.

Charles-Edouard est le premier prince à accorder sa confiance en Hitler

Hitler désigne Charles-Édouard comme président de la Confrérie anglo-germanique (Anglo-German Fellowship). Cette association fondée par le parti nazi a pour vocation de soutenir et développer la collaboration anglo-britannique. Hommes d’affaires, députés, aristocrates, hommes de presse, certains britanniques, d’autres allemands font partie de cette association. Cette association servira de vrai lobby pour vanter les mérites de la politique d’Hitler. Charles-Édouard joue son rôle à merveille et le prend très au sérieux. Grâce à son poste de président de la confrérie, il peut dorénavant prétexter des visites en Angleterre, agissant comme un ambassadeur.

Les allers-retours entre les deux pays sont de plus en plus fréquents. Charles-Édouard retourne dans son pays natal la tête haute, narguant presque son cousin, le roi George V, qui l’avait répudié et privé de tous ses titres des années plus tôt. Lors de ses visites, l’ancien duc se lie d’amitié avec le prince de Galles, futur roi Édouard VIII. Il sent que son petit-cousin pourrait faire un allié parfait. Il rapportera notamment au Führer qu’une fois sur le trône, il n’y aura plus à s’en faire pour la paix entre les deux pays. Le prince de Galles fait savoir au duc que lui aussi a de l’admiration pour Hitler et ainsi commence à s’établir un lien de confiance entre le futur roi et son grand-cousin déchu.

Rapidement, le roi Edouard VII a fait savoir qu’il maintiendrait la paix avec l’Allemagne, soutenant les actions d’Adolf Hitler (Crédits : Getty)

En 1936, alors qu’il se trouve en voyage à Londres, le roi George V meurt. Charles-Édouard, lui qui avait été répudié et banni de la famille, est invité dans le cortège funéraire. Il marche aux côtés des anciens membres de sa famille, sans aucune distinction britannique. Il est le seul à porter l’unique uniforme qu’il a le droit de porter, celui de soldat allemand. L’image de cet Allemand, courbé, déjà atteint d’arthrite, portant un casque militaire bombé, parmi les membres britanniques portant leurs grands chapeaux à plumes, restera dans les annales, de quoi le ridiculiser et le marginaliser, une fois de plus.

Charles-Edouard est le seul a porter son costume militaire allemand lors de la procession funéraires du roi George V

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Son plus grand allié britannique devient roi et Charles-Édouard se sent pousser des ailes. Quand il rentre en Allemagne, il est acclamé, perçu comme celui qui rend possible la collaboration avec les Britanniques. Quelques mois plus tard, le roi Édouard VIII est contraint d’abdiquer par amour. Le moment de gloire de Charles-Édouard fut aussi fulgurant que bref. L’abdication d’Édouard mit fin brutalement à la bonne entente entre l’Allemagne et la Grande-Bretagne. Le nouveau roi George VI ne semble pas vouloir s’acoquiner avec le parti nazi ni plus qu’avec son cousin déchu.

Les heures les plus sombres de Carl Eduard au sein du régime

Hitler fera un nouveau cadeau à son ami. Alors que la Confrérie anglo-britannique semble compromise, Charles-Édouard se voit confier une nouvelle mission. Hitler s’empare de la Croix-Rouge et désigne Charles-Édouard comme son nouveau président. La Croix-Rouge est une institution très importante, dont des centaines de milliers de femmes sont membres en tant qu’infirmières. Des médecins et des scientifiques y travaillent.

Charles-Édouard a pour associé, nommé directeur adjoint de la Croix-Rouge, Ernst-Robert Grawitz. Ce SS est à l’origine des expériences médicales menées sur les handicapés et les prisonniers. C’est sous les hospices de la Croix-Rouge que sera mené le tristement célèbre programme T4. Plus de 80 000 personnes mourront des expériences d’extermination du programme Aktion T4. Ici naitront les fondations de l’idéologie d’une politique eugéniste. C’est Grawitz, qui plus tard, informera Himmler sur les travaux menés et les résultats obtenus par l’Aktion T4. Inspiré par le programme, les travaux seront ensuite testés sur les déportés dès 1942.

Jusqu’ici, l’implication ou la connaissance réelle qu’avait Charles-Édouard des atrocités commises par le régime est encore discutable. Bien que président de la Croix-Rouge, il semblerait que son rôle soit surtout honorifique. Ce qui est par contre totalement impossible d’ignorer, est la politique clairement antisémite que mènera le parti nazi dès 1938. Dans la nuit du 9 au 10 novembre 1938, connue comme la nuit de Cristal, une rafle d’ampleur nationale a lieu dans toutes les villes et villages allemands. En une nuit tous les commerces juifs sont pillés, les synagogues brulées ou démolies et commencèrent les premières déportations vers des camps. Cobourg ne sera pas une exception et Charles-Édouard ne semble pas s’émouvoir du sort réservé aux juifs de son fief.

Charles-Édouard est indéniablement complice et assiste à ce pogrom. Dans sa ville de Cobourg, on dénombrait 233 juifs avant la nuit de Crisal. La ville put se targuer, quelques temps plus tard, qu’elle n’en comptait définitivement plus aucun. En 1939, Hitler envahit différents territoires et lorsqu’il arrive en Pologne, la Grande-Bretagne lui déclare la guerre. Une fois de plus, Charles-Édouard allait devoir se battre contre son pays d’origine, choisissant clairement cette fois-ci son camp.

Charles-Édouard n’est plus tout jeune et sa santé ne lui permet pas de s’engager dans cette guerre. On préfère alors lui confier un poste administratif dans un bureau, alors que ses trois fils aînés s’engagent dans les forces armées. Durant cette période, il est assez discret. Il est impossible de savoir avec quelle précision il était au courant des atrocités des camps, ni s’il gardait des contacts fréquents avec Hitler ou des hauts placés du régime. Durant cette guerre, son fils Hubert décède dans un accident d’avion.

Le procès du prince nazi

À présent, les alliés prennent du territoire, Hitler est retranché dans son bunker et Charles-Édouard a quitté son poste à Berlin, pour se réfugier dans château de Cobourg. Fait troublant et jusqu’ici encore inexpliqué, on retrouvera un télégraphe envoyé par Hitler, depuis son bunker, 2 jours avant son suicide, à Charles-Edward. Pourquoi se souciait-il autant de son vieil ami ? Pourquoi avoir autant de considération envers Charles-Édouard, un ami qu’il avait presqu’oublié pendant la guerre ? Dans ce télégraphe Hitler lui demande de faire attention et de ne pas se rendre.

Lorsque les Américains arrivèrent à Cobourg, ils se dirigèrent vers le château. La famille observe le cortège approcher, cachée depuis une fenêtre du grenier. Les Américains demandent à en voir le propriétaire et Charles-Édouard s’apprête à recevoir ses « invités ». Il enfile un costume de chasse, le seul costume d’apparat qui lui restait et qui lui permettrait d’apparaitre digne devant les Américains. Bien entendu, ceux-ci n’avaient aucune idée à qui ils avaient affaire et le prirent avec eux.

Forteresse surplombant Cobourg, où vivait le duc de Saxe-Cobourg et Gotha avec sa famille, jusqu’à la confiscation du château après la guerre (Crédits : WikiCommons)

Sans médicament, sans vêtements de rechange, Charles-Édouard fut envoyé dans un camp de détention. Finalement, les Américains ont été avertis de son identité et de sa parenté avec la famille royale. Sa sœur, la princesse Alice tenta même de négocier. Elle vint lui rendre visite en prison, le trouvant alors mal en point, fatigué, affamé. Malgré la position importante d’Alice, les Américains ne céderont pas et ne libéreront pas Charles-Édouard.

Vint ensuite le procès de Charles-Édouard. Il plaida non coupable, argumentant qu’il avait agi pour son pays et qu’il n’avait aucune connaissance des horreurs du régime. Son épouse, Victoria-Adélaïde, qui n’avait jamais voulu s’impliquer dans la politique ni auprès du régime, fut appelée à témoigner. Elle protégea son mari, et affirma qu’il disait la vérité. Selon elle, lorsqu’ils avaient entendu parler des camps de concentration, elle et son mari n’avaient jamais cru que ces rumeurs étaient vraies. À l’issu du procès, il est reconnu coupable pour son implication dans le régime mais pas pour crime de guerre. Tous ses biens et propriétés furent confisqués. L’amende à payer l’a presque ruiné. Vu son âge et sa très faible santé, il ne fut pas condamné à de la prison.

Après son procès, lui et sa femme vécurent dans un petit cottage. Jamais il ne se plaindra de sa condition, bien qu’il fût un jour l’un des hommes les plus fortunés, ayant possédé jusqu’à 13 châteaux. Aveugle d’un œil, ravagé par l’arthrite et atteint d’un cancer, il passera les dernières années de sa vie paisible auprès de sa femme. Le dernier acte mémorable qu’on lui connut, fut de se déplacer péniblement jusqu’au cinéma de Cobourg, en 1953. Dans ce cinéma, devait être projeté le film du couronnement de sa cousine éloignée, la reine Elizabeth II. Sur cet écran, il pouvait voir ceux avec qui il avait grandi. Sa sœur, la princesse Elizabeth était là, ainsi que de nombreux cousins. Lui aussi, aurait pu y assister, si sa vie d’adolescent n’avait pas été terriblement bouleversée par la décision de sa grand-mère adorée.

Charles-Édouard mourut dans son lit, le 6 mars 1954, ce même lit dans lequel il dormait en Angleterre. Il s’agissait du seul meuble qu’il avait pu faire venir de la Claremont House, la résidence dans laquelle il avait grandi.

La postérité de l’ancien duc d’Albany

La princesse Alice continua à apparaitre auprès de la famille royale. On l’aperçut même une dernière fois au balcon de Buckingham, juste à côté de la reine Elizabeth II en 1977. Elle mourut en 1983, à l’âge de 96 ans. Elle fut la dernière des petits-enfants de la reine Victoria à mourir.

La princesse Alice (gauche) lors de sa dernière apparition au balcon, en 1977, à côté de la reine Elizabeth II et du prince Philip, duc d’Édimbourg

Ses 4 enfants encore vivants à sa mort, se sont tous mariés et ont tous eu une descendance. Son fils aîné Jean-Léopold perdit son titre de prince héritier à cause de son mariage morganatique. C’est donc le fils cadet de Charles-Edouard, Frédéric-Josias qui hérita du titre de prétendant au trône du duché. Depuis la mort de Frédéric-Josias, en 1998, c’est son propre fils, Andreas qui est dorénavant le chef de famille. Aujourd’hui, Andreas est le chef de cette prestigieuse maison mère de nombreuses familles royales européennes. Son héritier est Hubertus, né en 1975, qui a déjà lui-même son propre héritier, Philipp, né en 2015.

Le prince Charles-Edouard a parmi ses descendants un petit-fils très célèbre. Sibylle de Saxe-Cobourg-Gotha, fille aînée de Charles-Edouard, épousa le prince Gustave Adolphe de Suède, en 1932. Ensemble, ils auront 4 fille et 1 garçon… qui n’est autre que l’actuel roi Carl XVI Gustaf de Suède. Carl XVI Gustaf est né au lendemain de la guerre, en 1946.

Cet article a été écrit suite au visionnage du documentaire Hitler’s Favourite Royal, produit par Timeline et diffusé en 2007 en français sur la chaine Planète sous le titre Le favori d’Hitler :

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Nicolas Fontaine

Rédacteur en chef

Nicolas Fontaine est rédacteur web indépendant depuis 2014. Après avoir été copywriter et auteur pour de nombreuses marques et médias belges et français, il s'est spécialisé dans l'actualité des royautés. Nicolas est aujourd'hui rédacteur en chef d'Histoires royales. nicolas@histoiresroyales.fr