Alexandra de Bavière, la princesse qui avait avalé un piano de verre

Elle est ravissante et figure à juste titre dans la « Galerie des Beautés » au château de Nymphenburg à Munich, cette galerie de portraits des femmes les plus belles, confiés, pour la plupart d’entre eux, par son père Louis 1er de Bavière au talent du peintre Joseph Karl Stieler. C’est la huitième enfant du roi et sa cinquième fille, baptisée Alexandra Amalia, née à la fin d’août 1826. Sa singularité éclate bientôt, elle est sujette à des obsessions et se croit en particulier habitée par… un piano de verre. Malgré cet errement qu’il est difficile de ne pas qualifier de grave, elle mènera une vie d’écrivain, racontant avec bonheur des histoires pour les enfants, traduisant des romans et contant ses souvenirs.

Atteinte de l’illusion de verre, la princesse Alexandra de Bavière pensait avoir avalé un piano de verre (Image : Wikimedia Commons/domaine public)

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Une maladie de sang royal ?

La maladie du piano de verre n’a pas été inventée par la malheureuse princesse. Plus ou moins fréquemment mais régulièrement, des nobles, des rois, à chaque époque et jusqu’au XIXe, semblent avoir été persuadés que leur corps était de verre.

Avoir avalé un piano enfant, ainsi qu’en était persuadée la princesse Alexandra à l’âge de 23 ans, demeure certes un cas exceptionnel mais « l’illusion de verre » traverse les siècles et semble une maladie caractéristique de l’aristocratie, même si des cas de roturiers atteints de ce délire sont avérés.

Le roi de France Charles VI se protégeait, dit-on, de cercles de fer pour éviter que son corps, qu’il croyait en verre, ne se brise. Nobles ou issus du peuple, ceux qui souffrent de cette infirmité ont un point commun : ce sont des êtres particulièrement sensibles, intelligents et… fragiles. Des êtres qui redoutent leurs semblables ou supposés tels, car ils se sentent si différents et si vulnérables que toute idée de contact leur répugne. Comme si, ainsi que le découvrira plus tard le siècle de Freud, un rapport, une équivalence s’établissait entre la fragilité intérieure, psychologique, et la conviction que le corps peut se briser à tout instant. 

La délicate Alexandra de Bavière (Image : domaine public)

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Une âme sensible 

Alexandra a bien des circonstances atténuantes pour se montrer aussi perturbée. Jeune fille isolée dans le palais de son père, on la dit délaissée par sa mère, la princesse Thérèse de Saxe-Hildburghausen, devenue reine de Bavière par son mariage. Un mariage qui donne lieu à des incartades répétées de la part du monarque, père d’Alexandra.

La reine Marie-Thérèse et la roi Louis 1e de Bavière vers 1826 en costumes de sacre (Images : Wikimedia Commons)

La reine est une femme bafouée, trompée au vu et au su de tous. Les nombreuses liaisons que son royal époux ne prend pas la peine de dissimuler l’humilient. La dernière en date déclenche un irrémédiable scandale : le roi est contraint d’abdiquer au profit de son fils aîné Maximilien, le 21 mars 1848.

C’est la liaison tragi-comique qu’il entretient avec la sulfureuse Lola Montez qui en est la cause, une liaison qui défraie la chronique et provoque le rejet des sujets bavarois. Voir son père sexagénaire fou des charmes d’une intrigante à peine plus âgée qu’elle a-t-il déstabilisé la jeune fille ?  Quoi qu’il en soit, c’est à cette même période qu’Alexandra se croit envahie par un piano de verre et qu’elle arpente, avec d’infinies précautions, le palais munichois afin de ne pas se cogner aux murs…

Une vestale en littérature

Alexandra, la princesse éprise de costumes indéfectiblement blancs, obsédée par l’hygiène, la pureté, ne se mariera pas ; un prétendant est évincé : il s’agit de Louis Lucien Bonaparte, fils de Lucien, prince de Canino et frère de Napoléon Ier mais il est divorcé et une princesse catholique n’épouse pas un divorcé. Il ne viendra pas d’autres partis.

Le prince divorcé Lucien-Louis Bonaparte, fils de Lucien Bonaparte et neveu de Napoléon 1e, demandera la main de la princesse Alexandra de Bavière à son père, Louis 1e de Bavière, qui refusera (Photo : domaine public)

Célibataire, seule, virginale, telle une vestale ayant fait vœu de chasteté, la princesse va se vouer corps et âme à la littérature, avec succès. Son œuvre littéraire est principalement tournée vers un public enfantin, les enfants dont la vie l’aura privée. Roses de Noël et Fleurs des champs, en allemand Weihnachtsrosen et Feldblumen sont des titres qui parlent d’eux-mêmes, révélant la douceur et la délicatesse de cette éternelle jeune fille. Mais elle est aussi traductrice, maîtrisant le français et l’anglais comme sa langue maternelle ; elle collaborera avec assiduité à un journal pour enfants.

Sa vie va se dérouler dorénavant dans un couvent pour femmes de l’aristocratie, le Chapitre Royal des Dames de Sainte-Anne à Munich et à Würzburg, dont elle deviendra l’abbesse. Elle mourra en 1875 à 49 ans. Son neveu Louis II de Bavière, fils de son frère le roi Maximilien II, accomplira dans la création de châteaux mythiques la vision d’un monde idéal dont sa tante Alexandra était peut-être le prélude. Mais ce sera avant de succomber aux troubles de la folie et à une fin tragique, qui auront épargné, malgré tout, la si particulière princesse de Bavière.

église de l’Abbaye-aux-Dames de Sainte-Anne à Munich où s’est retirée la princesse Alexandra de Bavière

En savoir plus ? La princesse Alexandra de Bavière est la sœur Maximilien II mais aussi d’Othon 1e, élu souverain grec, ainsi que du célèbre prince-régent Léopold de Bavière, lui-même père de Louis III, le dernier roi de Bavière.

Sources : Manice, Proantic, History

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Sylviane Lamant

Sylviane est diplômée en Littérature française. Biographe et professeur, elle partage avec Histoires Royales sa passion pour l'histoire.