Le discours du roi Charles III à Antigua-et-Barbuda était le moment fort le plus attendu de sa tournée d’automne dans les Caraïbes. Bien que ce ne soit pas la première fois que le roi Charles dénonce les actions commises dans les colonies de l’Empire britannique, ce discours était l’un des plus forts sur le sujet.
Lire aussi : Le roi Charles III et la reine Camilla à la rencontre de la population antiguaise
Le roi Charles III ouvre la 28e Réunion des chefs de gouvernement du Commonwealth
Le roi Charles III poursuit son voyage de neuf jours au cours duquel il visite les Bahamas, le Guyana et Antigua-et-Barbuda. C’est dans ce pays antillais que le roi Charles III a ouvert, ce 3 novembre 2026, la 28e Réunion des chefs de gouvernement du Commonwealth. La réunion a lieu tous les deux ans dans un des pays membres de cette organisation intergouvernementale dont le roi Charles est le chef symbolique. Le Commonwealth des Nations est dirigé par la secrétaire générale Shirley Botchway.

Lire aussi : Le roi Charles III d’Antigua-et-Barbuda fête l’indépendance du pays sous une pluie torrentielle
La réunion a été ouverte solennellement au cours d’une cérémonie présidée par le roi Charles III à St John’s, la capitale d’Antigua-et-Barbuda. Tous les deux ans, cette réunion ravive aussi certaines tensions en raison du passé qui lit la plupart des pays membres. Après la chute de l’Empire britannique, les anciennes colonies ont adhéré à l’organisation du Commonwealth des Nations créée par la Déclaration de Londres de 1949. L’adhésion n’est pas obligatoire et depuis quelques années des pays n’ayant aucun lien avec l’Empire britannique y adhère aussi. C’est le cas du Rwanda, du Mozambique ou encore du Gabon.




Lire aussi : Le roi Charles III visite le site de révolte des esclaves du Guyana
Le Commonwealth de Nations compte aujourd’hui 56 pays membres. Quinze sont des républiques, six sont des monarchies avec leur propre monarque et 15 pays sont des royaumes du Commonwealth, donc des monarchies où le chef de l’État est aussi le roi Charles III. Le roi porte un titre distinctif dans chacun de ces pays et chaque monarchie est souveraine, indépendamment du Royaume-Uni. Les anciennes colonies, qu’elles aient maintenu le roi Charles comme monarque ou qu’elles aient à présent leur propre président, demandent des réparations et des excuses pour les exactions de l’époque coloniale. L’implication de la Grande-Bretagne dans la traite transatlantique des esclaves a commencé en 1562, et le pays est devenu la première nation négrière au monde au 18e siècle. Selon la BBC, entre 1500 et 1800, environ 12 à 15 millions de personnes furent capturées en Afrique et emmenées aux Amériques où elles furent réduites en esclavage. On estime que plus de deux millions de personnes périrent durant la traversée.

Lire aussi : Charles III endosse son rôle de roi d’Antigua-et-Barbuda pour la première fois
Le roi Charles III assure que le passé esclavagiste « remplit son cœur d’horreur »
Ce mardi, le roi Charles a franchi une étape symbolique en prononçant un discours fort, dans lequel il admet les souffrances ressenties dans les anciennes colonies. Ce n’est pas la première fois qu’il aborde ce thème, que ce soit autrefois en tant que prince de Galles ou en tant que roi. Par exemple, lors de la réunion de 2022 au Rwanda, quelques semaines avant le décès de sa mère, Charles avait déclaré : « Je ne peux pas décrire la profondeur de ma tristesse personnelle face à la souffrance de tant de personnes, alors que je continue à approfondir ma compréhension des effets durables de l’esclavage ».

Lire aussi : La deuxième journée du roi Charles III aux Bahamas
Ce mardi à Antigua-et-Barbuda, le roi Charles a déclaré : « Ce chapitre honteux remplit mon cœur d’horreur et mon âme d’une profonde tristesse personnelle ». Selon le souverain, le prisme du temps peut être « à la fois éclairant et déformant », mais ses conséquences « résonnent avec une force contemporaine. Notre histoire nous inspire, peut nous horrifier, mais elle peut toujours nous apprendre quelque chose. » Le monarque a affirmé que le commerce transatlantique des personnes réduites en esclavage « continue de jeter une ombre » sur les îles des Caraïbes et les autres membres du Commonwealth.
Le roi Charles a aussi fait savoir que plus on s’informe sur le sujet plus on peut s’engager à « réparer les injustices du passé par des actions concrètes pour l’avenir ». Cela comprend, dit-il, l’amélioration de l’accès à l’éducation, l’investissement dans l’emploi et les opportunités, l’encouragement du « commerce intercommunautaire » et la lutte contre le changement climatique. « J’ai toujours pensé qu’il y avait beaucoup à faire pour aider ceux qui luttent contre l’adversité », dit-il, ajoutant qu’il a « toujours essayé de jouer son rôle en ce sens ». Dans la suite de son discours, le souverain a également listé tous les avantages à faire partie d’une organisation comme le Commonwealth et en particulier dans le contexte des conflits mondiaux qui ont lieu en ce moment.
Antigua-et-Barbuda est un archipel des Caraïbes, composé de plusieurs îlots et principalement de deux plus grandes îles, Antigua au sud et Barbuda au nord. La capitale, St John’s, est située sur Antigua. Le pays compte près de 100 000 habitants. L’île d’Antigua a été colonisée par les Britanniques en 1678. La population actuelle descend principalement d’esclaves qui travaillaient dans les cultures de tabac et de canne à sucre, comme c’est le cas pour d’autres royaumes sur lesquels règne toujours Charles III.
La réunion des dirigeants (CHOGM) a lieu alors que de nombreux pays remettent actuellement en cause le comportement des Britanniques lors de la période coloniale. Plusieurs royaumes du Commonwealth ont aussi fait savoir qu’ils entamaient une procédure de transition républicaine. Lors de la précédente réunion du Commonwealth, en 2024, Charles III avait déjà rappelé que tous les royaumes étaient souverains et étaient donc libres d’abolir la monarchie. . « Je tiens à dire clairement, comme je l’ai déjà dit, que le régime constitutionnel de chaque membre, en tant que république ou monarchie, relève uniquement de la décision de chaque État membre », avait-il déclaré il y a deux ans. Quant à l’organisation du Commonwealth des Nations, Charles en est le chef symbolique, comme il en avait été décidé du vivant d’Elizabeth II au cours d’un sommet des pays membres. Le prince William pourrait ne pas être le prochain chef.