La lueur d’espoir de Frédéric 1e pour les Mapuches en Araucanie

En 2019, le prince Frédéric 1e d’Araucanie et de Patagonie, héritier de l’excentrique Antoine de Tounens, saisissait la Cour pénale internationale de La Haye, accusant le président du Chili de «crimes contre l’humanité» à l’encontre des Mapuches. Après des manifestations importantes et un référendum fin 2020 qui permet la réécriture de la Constitution, les Mapuches pourront enfin être entendus, 7 sièges leur seront réservés dans la prochaine Assemblée constituante.

Le prince Frédéric 1e aide à la médiation et à apporter de la visibilité à la cause des Mapuches (Photo : capture d’écran YouTube)

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Un juriste périgourdin devenu roi en Araucanie et Patagonie

On estime à environ 2 millions le nombre de Mapuches, répartis principalement au Chili et une autre partie en Argentine. Appelés Araucans par les colons espagnols, le territoire qu’ils occupaient traditionnellement correspond environ à la région actuelle d’Araucanie, en plein centre du Chili.

Vers les années 1850, un avoué périgourdin du nom d’Antoine de Tounens s’intéresse à la formation des nouveaux territoires américains et rêve de devenir le prochain grand dirigeant français d’un territoire en Amérique, nostalgique de la Louisiane et du Canada français. Certains le décrivent comme un illuminé, d’autres comme un visionnaire. Jean Raspail portera son nom à la connaissance du grand public en lui dédiant un ouvrage en 1981.

L’avoué Antoine de Tounens, un visionnaire excentrique, autoproclamé roi au Chili et en Argentine (Photo : domaine public)

Après s’être endetté pour effectuer son voyage, Antoine de Tounens débarque au Chili en 1858. Rapidement, cet Européen qui veut aider les peuples indigènes reçoit la confiance des Mapuches et de leurs chefs, d’autant plus qu’une prophétie parlait d’un roi blanc venus les sauver. Après leur avoir apporté son soutien lors d’attaques défensives contre les Chiliens, il est élu chef. Du 17 novembre au 20 novembre 1860, il rédige divers documents, comme une constitution pour son royaume et s’autoproclame Orllie-Antonie 1e, roi d’Araucanie et de Patagonie, reconnu par une partie des Mapuches qui l’entourent. L’Araucanie est la partie chilienne où sont installés les Mapuches et la Pataganonie est la partie argentine.

Représentation d’Orllie-Antoine 1e d’Araucanie et Patagonie, reconnu comme chef des Araucans (Image : Domaine public)

Après s’être constitué un gouvernement fantoche, il demande le soutien de la France, sans réponse, et est arrêté deux ans plus tard comme agitateur public. D’abord condamné à 10 ans de prison, il échappera à sa sentence, déclaré fou. La France se charge de son rapatriement et il rentre à Paris en 1863.

Le roi Orllie-Antoine 1e tentera plusieurs fois de retourner au Chili, y parviendra, ainsi qu’en Argentine, mais il rentrera chaque fois «en exil» en France, où il mourut sans le sou à 53 ans en 1878. Son acte de décès signé à la commune de Touroirac indique la mention «ex-roi d’Araucanie et de Pataganonie» à côté de son nom.

Depuis la mort d’Orllie-Antoine 1e, plusieurs rois et même une reine, Laure-Thérèse 1ère, se sont succédé. Depuis 2018, c’est l’héraldiste Frédéric Luz, connu sous le nom de Frédéric 1e, qui se bat pour les droits des Mapuches. Le prince d’Araucanie, qui ne parle qu’un peu l’espagnol et n’est jamais allé au Chili, est respecté par les Mapuches et certains le voient comme le digne successeur de leur roi éphémère.

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Les Mapuches auront enfin une place dans une assemblée

Le prince Frédéric 1e a envoyé une lettre au procureur général de la Cour pénale internationale de La Haye, fin 2018, puis une seconde en 2019, dans laquelle il accuse le président chilien Sebastián Piñera de «crimes contre l’humanité et de génocide». Si sa lettre n’est peut-être pas l’élément déclencheur du récent déblocage de la situation, l’un des dirigeants mapuches Pedro Cayuqueo, admet au Financial Times, que ses actions «symboliques» ont permis d’obtenir un intérêt international.

En 2019 et 2020, le Chili a connu de violents mouvements de protestation, ayant abouti à un référendum en octobre 2020. Les électeurs se sont prononcés à 78% pour l’écriture d’une nouvelle Constitution et 79% pour la formation d’un parlement élu. Cette toute première Assemblée constituante sera prochainement formée, à la suite d’élections qui se tiendront les 15 et 16 mai 2021.

Les manifestations ont mené au référendum au Chili en 2020 (Photo : Wikimedia Commons)

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L’Assemblée constituante sera composée de 155 députés. 138 sont élus au scrutin proportionnel, 28 proviennent de circonscriptions électorales locales et 17 sièges sont réservés aux indigènes. Le peuple mapuche étant le plus important, ils reçoivent à eux seuls sept sièges sur les dix-sept. Seuls les Aymaras reçoivent deux sièges, tous les autres peuples ne recevant qu’un siège chacun, détaille Open Democracy.

Cette Assemblée constituante provisoire aura neuf mois, et au maximum un an en cas de prolongation, pour rédiger la nouvelle Constitution. Avec la présence d’un-dixième des sièges occupés par des Mapuches, le peuple originaire d’Aracaunie espère pour la première fois avoir les clés nécessaires pour faire entendre leur voix.

Frédéric 1e, 8e prince d’Araucanie et de Patagonie a été élu comme héritier du royaume fondé par Antoine de Tounens, par des membres d’un conseil, à moitié composé de Mapuches. Aujourd’hui, certains Mapuches acceptent le rôle de porte-parole du prince, voyant en lui un moyen d’obtenir de l’attention à leur cause, d’autres rejettent cette idée. Le prince Frédéric expliquait au Petit Journal, il y a quelques jours, que son «rôle est d’être disponible comme témoin de l’histoire et aussi de remplir une fonction de médiation.»

Frédéric 1e accorde son haut-patronage et dirige l’association française Auspice Stella, qui depuis 2013 a obtenu un statut consultatif spécial accordé par le Conseil économique et social des Nations unies. Grâce à cette association, les Mapuches ont une voix supplémentaire pour se faire entendre à la Commission indigène de l’ONU. L’héritier du royaume, considéré par certains comme fantaisiste, décerne aussi des récompenses de plusieurs ordres dynastiques à ceux qui ont aidé la cause mapuche.

Nicolas Fontaine

Rédacteur en chef

Nicolas Fontaine est rédacteur web indépendant depuis 2014. Après avoir été copywriter et auteur pour de nombreuses marques et médias belges et français, il s'est spécialisé dans l'actualité des royautés. Nicolas est aujourd'hui rédacteur en chef d'Histoires royales. nicolas@histoiresroyales.fr